‹ La princesse des UrsinsChapitre 166 sur 278 · VILLAKOEL ET MANRIQUE-LARA · texte numérisé non relu

VILLAKOEL ET MANRIQUE-LARA

imitaieurs, on esl forcé d'admettre qu'il ne suivit en cela, comme tant d'autres, que son propre mouvement, indépendamment de tous les désagréments qu'il pouvait avoir eus précédemment à la cour. S'il faut en croire ce dernier auteur, il offrit plusieurs fois ses services à Philippe V, qui, à l'instigation de madame des Ursins, toujours et peut-être trop prévenue contre lui, les refusa*; si, au contraire, nous ouvrons les Mémoires de Saint-Philippe, qui ne lui était pas hostile, nous trouvons que Yillaroêl passa du côté de l'archiduc, au moment où le roi, acceptant sincèrement ses offres, comme il agréa celles du duc de l'Infantado, également suspect, venait de lui donner une gratification, pour se rendre auprès de sa personne et combattre pour lui*.

Quant à Manrique-Lara, que la princesse des Ui'sins fit arrêter aussi en même temps que Renaut, il ne fut ni relaxé, ni déclaré innocent, ni poussé par un emprisonnement injuste et momentané à la rébellion, comme l'avance le marquis de Saint-Philippe^. 11 était encore, d après lui-même, en prison en 1710, lorsque les Autrichiens reprirent Madrid, et c'est par eux qu'il fut délivré *. Loin d'être regardé comme innocent et étranger à la conspiration, on le tenait, au contraire, pour un des plus zélés complices de Flotte et de Renaut. Une lettre d'Amelol à Ijouis XI Y nous dit que Boniface-Manrique-Lara fut arrêté, a parce qu'on avait trouvé, parmi les papiers de Flotte, c( un mémoire, dans lequel ce général promettait d'enga- « ger plusieurs personnes de distinction dans le complot, « et d aller catéchiser les populations dans les provinces « de lAndalcfusie et de l'Eslramadure, où il avait des con- « naissances et des amis *. » L'auteur des Mémoires sur

* Mém. sur l'Espagne dans Fiitz MoriU, livre VII, p. 308. — * Mém. de Sainl'PftUippe, l. H. p. 381. — » Ibid., p. 294 cl 381 — * Ibid., p. 380. — * Manuscrits de la coUecUon Noaillcs, au Ix)uvre, t. XXVI, lettre XLl*, 1709.

37t2 THAHISON DES GÉNÉRAUX VIMJinOEL ET BIANRIQtE-LARA.

Œspagne^ dans Fiitz-Moritz, vient corroborer ce ^moignage d'Amelol, en nous rapportant textuellement Tinterrogatoire de Boniface-Manrique, dans sa prison, devanl dom Blas de Loya, aide-major des gardes. Ce seigneur répondit fièrement qu'en effet il s'était concerté avec Renaut pour procurer le trône d'Espagne au duc d'Orléans, supposé toujours le cas où Philippe V abandonnerait l'Fispagne ; qu'il avait même écrit de sa main un mémoire, contenant les mesures à prendre pour atteindre à ce but^ et qu'il n'avait agi ainsi que pour en fermer plus sûrement la porte à l'archiduc. Il ajouta en conséquence que la seule faute qu'on eût à lui imputer, si toutefois c'en était une, consistait dans le blâme qu'avaient rencontré sans cesse auprès de lui l'ambition et les travers de madame des Ursins, sans que cela pût en rien préjudicier à la fidélité qu'il avait jurée à Philippe V, et dont ce roi recevrait la preuve nouvelle au moment du danger *. Belles paroles d'un accusé, pris en quelque sorte en flagrant délit, et qui, par des protestations plutôt déclamatoires qu'éloquentes, cherchait à se blanchir 1

Le moment du danger arriva l'année suivante, lorsque les alliés s'emparèrent pour la seconde fois de Madrid, et Boniface-Manrique avait là une occasion éclatante de donner suite à ces magnifiques assurances. Mais il oublia tout, à la vue des Autrichiens, et cette prison, témoin de ses engagements, et la gratification donnée à Villaroël, et dont il n'eut pas été privé lui-même, et enfin la cause même du duc d'Orléans, pour laquelle il s'était compromis l'année précédente V 11 trahit son roi et ses serments, et ne craignit pas d'alléguer pour excuse qu'il allait demander du pain à l'archiduc pour ses nombreux enfants '. « C'est ce

* Mëm. sur f Espagne dans FiItz-Moritz, livre VH, p. 300, SOI, 502 — • Mëm. de Saint-Philippe, t. Il, p. 581. — * Dans FUlz-Morili, livre VII, p. 510.

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