‹ La princesse des UrsinsChapitre 165 sur 278 · ARRESTATION DE RENAUT · texte numérisé non relu

ARRESTATION DE RENAUT

« pensait à iouty dit l'auteur espagnol des Mémoires sur « l^Espagne, avait fait intercepter une lettre de cet agent, « qu'indiquait au duc d'Orléans, dans la crise présente, « les mesures qu'il devait prendre pour avoir une partie au « moins des dépouilles du roi d'Espagne ^ » C'était assez; elle continua, par un second acte de vigueur, à jeter le gant aux ennemis de Philippe V comme aux siens, et principalement au duc d'Orléans. Renaut avait quitté Madrid, disant qu'il allait visiter l'Escurial, ce sombre et orgueilleux monument d'une victoire sur la France, fort négligé naturellement par le prince français qui régnait aujourd'hui sur les fils des vainqueurs. Une curiosité légitime était donnée pour motif à cette excursion, dont le but réel était de présenter Renaut comme un voyageur inoifensif, et de tromper la police espagnole. Mais la princesse des Ursins ne le perdait pas de vue. Ayant su qu'en sortant de ce pompeux palais de Philippe II il avait pris un autre chemin que celui de Madrid, elle envoya à sa poursuite un exempt des gardes, Connock, qui l'atteignit à Olmedo, et le ramena, le 10 juillet, captif à la capitale. Le but de la princesse des Ursins était atteint : elle tenait Flotte et Renaut, ainsi que leurs papiers.

a Je vous l'avais toujours dit, écrivit le chevalier du « Bourk à Yoysin, que la maison du duc d'Orléans était a mal composée. Je le répète encore, par intérêt pour ce c< prince et pour la vérité, bien qu'on m'ait desservi au- 0 près de lui à cause de cela ; et j'ajoute qu'tiw fripon fait « plus de tort à ïunion que cent honnêtes gens n'y feront c( de bien. L'arrestation de Renaut augmente la méfiance « entre les deux nations *. »

Elle eut aussi un autre résultat : ce fut un coup de

> Mém. iur t Espagne dans FilU-MoriU, livre VU, p. 288, ^289- * DépM de la guerre. Lettre du chevalier du Bourk à Yofsio, 15 juillet 1700, LXI* lettre, t. II, n* 2178.

LE DUC DE MÉDINA-GŒLl ANNULÉ. 369

foudre pour tout le parti en Espagne, et il y eut une agitalion extrême dans Madrid. Mais on ne pouvait espérer d'intimider le gouvernement; le due de Médina-Cœli, cet ami ardent du duc d'Orléans, ce protecteur zélé de ses agents, et particulièrement de Renaut, cet homme si puissant, si fier, mais si vain, n'était plus à sion poste, dans Topposition, à côté de Montellano. Le Despacho et le ministère venaient d'être renouvelés par la princesse des Ursins, et, pendant que Montellano était enfin exclu de l'un, le duc de Médina-(.'œli entrait dans l'autre, en qualité de ministre des afTaires étrangères. Il ne devait pas assister au Despacho, où tout se faisait ; mais il se trouvait assez ilatté d'avoir le département réputé en tout temps le plus important. Ce changement avait eu lieu douze jours avant l'arrestation de Renaut, le 28 juin, d'après une lettre d'Amelot à Voysin ^ Ainsi madame des Ursins, par un trait profond d'habileté politique, avait perdu d'avance le duc de Médina-Cœli; elle l'avait rendu l'ennemi officiel de tous ses amis, et elle devait le faire assister, sinon participer lui-même, à la chute de tous les siens.

Poussé par un furieux dépit, Yiltaroêl accourut aussitôt de l'Aragon, et, au risque de se compromettre par cette démarche hardie, il vint plaider, auprès de madame des Ursins, la cause des deux prisonniers. Madame des Ursins ne l'écouta point. Bien plus, elle l'engagea à révéler tout ce qu'il savait sur le duc d'Orléans, et lui fit de ces dénonciations, à ce qu'on prétond, le seul moyen de conserver sa liberté, en recouvrant même les bonnes grâces du roi '. C'était le narguer ou Tinsulter. Villaroèl repoussa cette condition, qui l'obligeait à accuser celui dont il avait toujours été lami ; il sortit, indigné, de la cour, et, sachant

* Dépôt de la guerre. Amelot k Voyviii. i" juillet, V lettre. — * Mém, êttr r Espagne dans Fillz-Horils, livre Vil, p. 306.

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bien qu*on ne lui pardonnerait pas un refus, qui trahissait d'ailleurs davantage ses secrets sentiments, il alla se cacher dans les montagnes de la Galice * . 11 ne fut donc pas arrêté, comme le dit Saint-Philippe, ni remis en liberté comme innocent, ainsi que le veut encore cet historien \ ^]e\^ n'arriva qu'au marquis de Fuente-Hermosa, qui semble avoir été, non le marquis de Saint-Philippe lui-même, alors h Paris pour les affaires de la Sardaigne, sa patrie, et qui était seulement vicomte de Fuente-Hermosa', mais peut-être un de ses pai^nts.

Ces liens de sang, s*ils existaient, avec un noble détenu politique nous expliqueraient la partialité peu véridique et la rigueur d'appréciation que nous trouvons dans son récit des actes de la cour de Madrid, à cette époque. Que dit-il en eflet ? « Ces deux seigneurs et un troisième, appelé don « Manrique-Lara, tous trois étroitement unis avec le duc « d'Orléans, furent remis en liberté comme innocents et « parfaitement ignorants de cette intrigue. . . d Et plus loin : « Celui qui était innocent dans les fers devint cn- « minel en recouvrant sa liberté *. » Or quels noms dtet-il après cette phrase à la Tacite? Ceux de Manrique Lara et de Villaroël, pour nous bien montrer que c'est à l'occasion du traitement de ces deux généraux qu'il bit cette remarque sévère. Mais ViUaroêl , nous l'avons dit d'après l'auteur des Mémoires sur VEspagne, qui est très-explicite là- dessus et qui était en parfaite communauté de sentiments et d'idées avec lui, Villaroêl ne fut pas arrêté en ce moment ; il aurait pu l'être seulement^ s'il ne se fût réfugié dans le nord de l'Espagne. Il trahit le roi plus tard, en 1710; mais alors, au milieu des assolions contradictoires de ses propres amis ou de ses

< Mém. Bur t Espagne, dans Fillz-Moriu, livre VU. p. 306. —*Mém.ée Saint-PhUippe, i. Il, p. 302. -- » Ibid., i. U, p. 294. — * /«rf.. p. 3W el381.

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