‹ La princesse des UrsinsChapitre 177 sur 278 · SITUATION DE PHILIPPE V · texte numérisé non relu

SITUATION DE PHILIPPE V

tenaient plutôt prêtes à quitter ce pays qu'à y prolonger leur séjour. Ses généraux les plus renommés, le marquis de Bay, Yiliadarias, le marquis de Bedmar, et le prince de Sterclaês ne dépassaient pas le niveau du maréchal de Tessé. Le marquis de Bay, quoique le plus fort des quatre, quoique ayant vaincu, au mois de mai dernier, Gailoway à Badajoz, était regardé par la princesse des IJrsins, dont Fopinion était celle du colonel du Bourk, comme peu capable; dans tous les cas, ses talents furent depuis presque toiîjom's malheureux. Le comte d'Aguilar avait du mérite; mais il était meilleur comme conseil que comme direction, parce qu*il n'avait jamais commandé en chef : c'est pour cela que le chevalier du Bourk blâmait la cour de Madrid de l'avoir mis à la tête de l'armée espagnole, outre qu'il était grand d'Espagne, ce qui, à raison du peu de confiance qu'inspiraient à cet Irlandais tous les grands sans exception, aurait dû être, à ses yeux du moins, une cause d'exclusion. Pour surcroît d'embarras, il était brouillé avec le maréchal de Besons, qui était généralissime, et sans l'agrément duquel il ne pouvait rien entreprendre ; en sorte que tout concourait à restreindre les avantages qu'on pouvait tirer des talents, d'ailleurs très-ordinaires, de ces divers généraux. Aussi, dans l'ancien royaume d'Aragon, les Autrichiens, ayant à leur tète un homme habile, le général Stahremberg, étaient-ils à redouter, soit en Catalogne, soit en Aragon, presque autant qu'avant la bataille d'Almanza, bien qu'ils n'y eussent pas le même nombre de positions. La prise de Port-Mahon, causée par la lâcheté du gouverneur du fort Saint-Philippe, dom Diego d'Avila, et par une panique de la garnison française, était venue assurer leur ravitaillement, en les rendant complètement maîtres de la Mèdi-

* Dépôt de la Guerre. Ghev. Hu Bourk & Voysin, 15 jnillel 1709, I. II, f JI* lettre, pour tous ces détails sur les généraux espagnols.

terranée, par où leur arrivaient les vivres et les munitions K Le royaume de Valence était moins entame que les contrées précédentes; mais là, dans la capitale même de ce pays, un moine cordelier, nommé Cardona, fils naturel d'un homme de la maison du duc de Médina-Cœli, et archevêque de cette ville, exerçait la plus fâcheuse influence sur l'esprit public. Il entretenait des liaisons avec les rebelles de Barcelone, et, sous la protection de ce seigneur ainsi que du comte d'Aguilar luimême, se permettait des tracasseries continuelles, et jusqu'à des excommunications contre les employés du fisc. Le nonce et la cour romaine n'avaient pas de plus fanatique partisan dans toute celte province, et la cour de Madrid de sujet plus incommode et plus dangereux*.

Le secours de la France était donc nécessaire autant que jamais, et on en demandait instamment la continuation à Louis XIV. Madame des Ursins, qui ne fut pas la dernière à écrire pour l'obtenir, et qui toujours accompagnait ses requêtes de solides raisons, donnait deux motifs qui devaient l'y déterminer. Elle disait en premier lieu que le roi d'Espagne, comptant sur les 51 bataillons français qui se trouvaient dans les provinces de l'Est, n'y avait pas mis d'infanterie, et qu'en conséquence la retraite des troupes de France ne laisserait dans ces contrées qu'un peu de cavalerie espagnole, insufGsante à leur défense. En second lieu, elle signalait le mépris dans lequel étaient tombés depuis longtemps les soldats espagnols aux yeux des ennemis, qui ne faisaient cas que du soldat français. Les Espagnols en étaient très-piqués, ajoutait-elle, et, pour son compte, elle souhaitait que le ressentiment produisit en eux plus d'efficacité encore que le devoir pour la gloire de leur roi et pour celle de leur nation; mais c'était incertain,

' Mém, de Saml-Philippe, t. Il p. 205. — * Dépôt de la guerre. Lettre au chcT. du Bourk, 1709, CGLXXXIV* leUrc, t. II.

388 CAUSE DE lA CHUTE DE CHAMILLARD.

et, par suite, le secours des renforts français était indispensable K A quoi servira, disait de son côté le chevalier du Bourk, dans ses rapports hebdomadaires , de retirer les troupes françaises d'Espagne? Si ce pays, après leur rappel, tombe au pouvoir des ennemis, la France aura besoin de plus de monde, pour défendre les frontières des Pyrénées, qu'il ne lui en faudrait à présent pour continuer la guerre*?

Ces raisons étaient puissantes; mais Louis XIV, n'ayant plus en France que des recrues, et se voyant serré de près par les alliés, avait besoin de ses vieilles troupes d'Espagne et persistait à les vouloir rappeler. Le danger que couraient ses États lui tenait naturellement plus au cœur que celui de l'Espagne. Chamillard, d'ailleurs, était encore ministre, dans les premiers jours de juin, quand madame des Ursins développait la nécessité de nouveaux renforts, et il plaidait toujours assez faiblement la cause de la cour de Madrid. Mais il tomba du pouvoir dans le courant de ce mois, 1709. « Louis XIV, dit le marquis « de Saint-Philippe, ayant, à la sollicitation du duc de « Bourgogne, cherché la source de ses revers multipliés, <c surtout de la prise* de tant de villes, en Flandre, par « les alliés, reconnut qu'il était trompé par Chamillard, ce qui lui faisait entendre que toutes les places étaient « munies, quoiqu'il n'en fût rien, et qui ne lui rendait pas a un compte exact de l'emploi des fonds dans son dépar- « tement, où il manquait 8 millions, pour lesquels ce mi- « nistre se trouvait débiteur du Trésor. Il est certain, <x par exemple, ajoute>t-il, que, par la faute de Chamil- (i lard, M. de Surville, gouverneur de Tournai, manquait (( de vivres, tandis que Louis XIV pensait qu'il en avait

* Dépôt de la guerre. Lettre du cher, du Bourk, 1709. 1. 1, n' 2i77,CCILV* lettre, 12 juin. Madame des Ursins à GhamilUrd. — * Ibid. Chef, do Beu^ à Chamillard, X* leUre, t. n, n* 2178.

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