APPRÉCIATION GÉNÉRALE
resta, qui se transmit d âge en âge, qui fut ingéniée comme la plus fondée, et que la lecture, presque exclusive, de Saint-Simon, loin de modiQer en rien, ne fit que corroborer. Saint-Simon disait bien, dans ses Mémoires, que son histoire méritait d*ètre écrite, montrant par là qu'elle ne serait pas sans intérêt ; mais ce vœu, si peu suspect de sa part, demeurait toujours stérile, et par la faute même de celui qui l'avait émis. La manière dont il en parle constamment, avant sa chute, ne donnant d'elle en effet que Tidée d'une femme artificieuse, remuante, passionnée, ambitieuse, d'une intrigante en un mot, pourquoi aurait-on pris la peine d'étudier à fond cette singulière existence? On en savait bien assez là-dessus avec Saint-Simon, et Ton s'en tenait là.
La comparaison de ses Mémoires avec les autres sources françaises, surtout avec les historiens espagnols et avec de nombreux documents inédits, dont beaucoup sont officiels, nous ont révélé autre chose sur la vie et le caractère politique de la princesse des Ursins. Car, h la fois juges et parties, examinant les événements de leur siècle à travers leurs opinions, leurs préjugés, leurs préventions, à travers le rôle qu'ils ont joué eux-mêmes, les contemporains sont rarement impartiaux. L'histoire, plus étrangère aux faits du passé, plus indépendante, plus calme, et ne prononçant ses arrêts qu'après Taudition du plus grand nombre possible de témoins, confrontés entre eux, est plus juste que les Mémoires. Nous avons donc essayé, avec les Mémoires et d'après leurs assertions vérifiées, de faire une histoire de madame des Ursins. Puissent nos conclusions, résultant du rapprochement des divers témoignages, être adoptées par ceux qui, par hasard, afiront voulu, de la même façon que nous, instmiiX' son procès, ou qui, n'ayant pu lire que Saint- Simon, ont contumo do s'incliner dexant sa «grande aulo-
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rite 1 Ceux-ci du moins ne récuseront pas le jugement par lequel nous voulons clore les débals; il est de Saint-Simon lui-même, qui l'accompagne du vœu que nous avons mentionné plus haut, et il est conçu en ces termes : « Oui, a dit-il, madame des Ursins mourut obscure; mais ce « fut néanmoins une personne si. extraordinaire, dans « tout le cours de sa vie, et qui a partout si grandement « et si singulièrement figuré, quoique en diverses ma- « nières; dont l'esprit, le courage, l'industrie et les res« c( sources ont été si rares, enfin le règne si absolu en c( Espagne et si à découvert, et le caractère (politique) c( si soutenu et si unique, que sa vie mériterait d'être « écrite, et tiendrait place parmi les plus curieux morcc ceaux d'histoire des temps où elle a vécu ^ »
* MéM. de SainiSinmj t. XXXVJll, p. 5.