‹ La princesse des UrsinsChapitre 276 sur 278 · APPRÉCIATION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION GÉNÉRALE

« La perte qu'elle fit, en janvier 1720, du cardinal de « la Trémoille ne laissa pas , sans amitié de part ni « d'autre, de lui faire un vide. Elle lui survécut de trois a ans, conserva toute sa santé, sa force, son esprit, jusqu'à « la mort *. Fraîche encore, droite, de la grâce et des « agréments % elle fut emportée, à plus de quatre-vingts c< ans, par une fort courte maladie, à Rome, le 5 décembre a 1722. I/état de madame de Maintcnon, oubliée et a anéantie à Saint-Gyr, fut peut-être un plaisir pour elle. c( à cause du froid de sa réception, bien couvert pourtant a des meilleures formes ; dans tous les cas, elle eut celui « de la survivre et la joie de voir, l'un après l'autre, à (( Rome, ses deux ennemis, aussi profondément disgrâce ciés qu'elle, dont l'un tombait de si haut, les cardinaux a del Giudice et Albéroni, et de jouir de la parfaite incon- « sidération, pour ne pas dire mépris, où ils tombèrent « tous les deux. Cette mort, qui, quelques années plus c( tùt, eût retenti par toute l'Europe, ne fit pas la plus « légère sensation. La petite cour d'Angleterre la rea gretta; quelques amis particuliers aussi, dont je fus du a nombre et ne m'en cachai point, quoique, à cause dn a dnc d Orléans, demeuré sans commerce avec elle. Du « reste, personne ne sembla s'être aperçu qu'elle fût « disparue *. »

Madame des Ursins, comme on voit, eut le sort de Portocarrero, de Médina-Cœli, de tous ceux dont elle avait brisé le pouvoir ou déjoué les desseins, et qui, après leur trépas, furent aussitôt ensevelis dans le silence et l'oubli. Divisée en deux parties par la mort de Marie-Louise de Savoie, sa vie politique en Espagne n'avait pas eu toujours le même caractère, le même aspect. La première avait été

« M/m. ile Saini-Shnmi, t. XXII, p. 157. - « Ibid,, t. XXXVJH, p 111. 'Ibiâ, I. XXîr. p. 2r»7. 25S.

DE Sa vie politique. 50Ô

reiiiplie d'actes utiles ou glorieux, et lui avait valu une véritable grandeur; la seconde fut plus mêlée de faiblesses. A côté d'une entreprise hardie et honorable, quoique interapestive, vinrent se placer des prétentions ridicules el exorbitantes : se voyant seule auprès de Philippe V, elle s enorgueillit de son influence exclusive, de son nouveau titre et de son rang; elle s*exagéra son importance personnelle; elle eut le secret désir, d'être en Espagne, avec un souverain jeune, el, au mariage près, ce que madame de Maintenon était en France, avec un monarque vieux, et elle atteignit quelque temps ce but, aussi doux pour son amour-propre de femme que pour son ambition. 11 n'y eut à cela qu'une difTérence, provenant du caractère respectif de ces deux dames et de ces deux rois, c'est que l'ascendant de l'une, prenant la forme de l'amitié la plus discrète, dura toujours, tandis que l'autre, exerçant une domination directe, immédiate, trop à découvert, devait finir tôt ou tard par fatiguer un ix)i, infiniment moins capable que . Louis XIV, mais tout aussi jaloux. Madame des IJrsins, alors, eut plutôt l'air d'une intrigante, comme on le disait, (|ue d'une femme sérieuse, à larges vues, d*une volonté aussi droite que ferme, d'un espritë éclairé et, en un certain sens, libéral, d'une abnégation parfaite el qui ne cherche que le bien de TËtat, que Tintérêt de deux grands pays. Excepté ceux qu'eUe servait ou qui l'avaient envoyée, peu de gens avaient approuvé ses actes à aucune époque de sa faveur. Les travers et les abus qui maniuèrent sa puissance, parvenue à son apogée, les confirmèrent dans leur opinion, surtout quand ils virent, en France, le blâme le plus sévère, lancé contre elle des lieux mêmes d'où jusque-là avait descendu la louange. D'autres, pour qui sa conduite antérieure était moins connue, ne la jugèrent que par les ridicules ou les fautes de cette période de sa vie, et In dernière impression reçue fut celle qui leur

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