‹ La princesse des UrsinsChapitre 38 sur 278 · ET LE MARQUIS DE LEGANEZ · texte numérisé non relu

ET LE MARQUIS DE LEGANEZ

spécialement de TAndalousie, où il aurait voulu aller, pour favoriser les ennemis, et celui de le placer assez près de rœil pénétrant de la cour de Versailles.. Un autre avantage, c est que, dans les Pays-Bas, il serait sous les ordres de rélecteur de Bavière, à qui Louis XIV avait fait donner ce gouvernement, et qui était très-intéressé à veiller à la conservation d'une province qu'il espérait pour lui-même. Quel ne fut pas Tétonnement de la princesse des Ursins, lorsque le marquis de Léganez vint lui dire que, d'abord, il ne consentirait pas au serment, et que, en second lieu, il voulait le gouvernement gé{iéral de ce pays ! I.a réponse de madame des Ursins, quant à cette prétention inattendue, fut aussi prompte qu'elle était facile. « Si « vous étiez à la place du roi, lui dit-elle, en dépossède- •« riez-\ous Fèlecteur de Bavière , un allié si utile, pour « en doter un sujet? Trouveriez-vous cela politique? Dans a tous les cas, ajouta-t-elle, pour un gouvernement où « Louis XIV a de si grands intérêts, la chose ne peut se « traiter qu'en France *. » Orry vint ensuite, qui, adroitement et en ami, parut lui donner à entendre que, s'il se soumettait à la loi commune du serment, il ôterait aux «nvieux une arme puissante, dont ils se servaient auprès du roi contre l'objet de ses désirs. Il touchait la corde sensible ; le marquis de Léganez ne voulait pas en quelque sorte prendre d'engagement avec la nouvelle dynastie, et c'eût été en contracter un que d'acquiescer à la formalité exigée. Il prétexta toujours la crainte du qu'en dirat-on pour maintenir son refus. Que devait-il faire en ce cas? Il devait se démettre de toutes ses fonctions. Orry voulut l'amener à cela, mais en lui faisant offrir de nouveau, par un reste d'égard, la présidence des Ordres, qu'il avait déjà refusée; car jusqu'ici, ou il avait refusé

* Ucmc leUre cTOrry â Chamillard. Dépôt de la Guerre.

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ce qu'on ne voulait lui donner qu'à la condition du serment, ou il formulait sa demande pour une position nouvelle, de manière qu'elle ne pût pas être agréée.

Quel sujet incommode et étrange «que ce marquis de Léganez, qui n'accordait môme pas à un nouveau roi le droit de lui confirmer ses pouvoirs, moyennant la prestation préalable du serment d'usage I Ce n'est pas, nous l'avons dit, l'historien Saint-Philippe qui raconte toutes ces particularités, si peu à l'avantage de ce seigneur; non, il ne parle rapidement de lui qu'au moment de son arrestation, qui eut lieu plus tard, beaucoup trop tard, et encore n'est-ce que pour blâmer le gouvernement de sa sévérité, loi'squ'il n'eût fallu le blâmer que de sa trop longue patience ^ Nous n'avons pu les connaître que par trois rapports consécutifs, adressés par Orry à Chamillard, sur la situation de TEspagne à cette époque. Là nous avons vu que la patience abandonna enfin Philippe V, et qu'après avoir consulté la princesse des Ursins et Orry, il chargea l'abbé d'Estrées, secrétaire et neveu du cardinal d'Estrées, nouvel ambassadeur de France, d'aller, à titre d'ami, dire au marquis de Léganez, que le roi avait disposé de ses charges, qu'ainsi il donnât sa démission sur l'heure, et qu'il optât entre la présidence des Ordres avec le serment, ou la privation complète de toute dignité *. Mais, avant que l'abbé d'Estrées lui eût transmis cette sorte d'ultimatum, le marquis de Léganez sut conjurer l'orage. Il était toujours sûr du cardinal Portocarrero, en dehors duquel madame des Ursins et Orry poussaient le roi contre lui -, il gagna aussi le cardinal d'Estrées, dont nous parlerons plus longuement bientôt. Que fit ce dernier? il contre-carra en tout madame des Ursins, et empè-

* Mém. de Saint-Philippe, t. I, p. 361. — > Dépôt de la guerre, 1705,. n* 1G96, 2 sept., XXIX' lettre, Orry à Chamill.

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