‹ La princesse des UrsinsChapitre 37 sur 278 · ET LE MARQUIS DE LEGAMEZ · texte numérisé non relu

ET LE MARQUIS DE LEGAMEZ

sîn, digne successeur du duc d'Harcourl à Madrid, dans une de ses dépêches au roi de France.

Néritait-il cette haute faveur? Le marquis de Saint- Philippe, rapportant ultérieurement son arrestation, après le ministère de ce prélat, ne dit pas un mot de ses antécédents et ne cite que quelques prapos inquiétants qui lui étaient attribués. Mais nous avons trouvé tout le détail de sa conduite antérieure, aux archives historiques du Dépôt de la guerre. D'après ces documents, le marquis de Léganez était, sous Charles II, gouverneur amovible de l'Andalousie, directeur perpétuel de Tartillerie. Il voulait, sous Philippe V, conserver ces charges et rester grand fonclionBaire deTÉtat. Néanmoins il avait refusé de jurer lidélité à ce roi, comme plus tard il refusera, ainsi que nous le verrons, dé prendre les armes pour lui. Madame des Ursins avait vu là, non la susceptibilité d'un cœur loyal, qui ne croyait pas nécessaire de renouveler un serment déjà prêté à Charles II, mais un signe de mauvais desseins. Louis XIV aussi le tenait pour suspect ; il croyait même qu'il avait des liaisons secrètes avec l'empereur et avec le roi d'Angleterre \ et, pour cette raison, il voulait que, à la place de TAmirante, qui s'était enfui en Portugal, on renvoyât en France , pendant le voyage de Phi- Lippe V en Italie. Néanmoins Portocarrero le couvrait de sa protection, à tel point que c'est à ce ministre que le comte de Marsin conseilla à Louis XIV d'écrire pour amener le marquis de Léganez à accepter le poste qui lui était oflert à Paris *. Il l'accepta en effet, à la prière de Portocarrero, et il n'en revint qu'au moment où le roi d'Espagne allait lui-même rentrer de sa tournée à Naples et dans le Milanais.

C'était en 1703. Son séjour en France l'avait irrité plu-

' I.cUrc citée du comte de Marsin. — ' Ib'd.

iSO lA PRINCESSE DES URSINS

tôt qu*adouci : il ne s'était pas dissimulé que c*était une mesure de suspicion , d*autant plus que Torcy, avec une franchise parfaite, ne lui avait caché ni l'inquiétude qu'on avait sur ses intentions, ni les motifs sur lesquels elle était fondée. Aussi, en Espagne , quand on lui réitéra la demande du serment, il se refusa de nouveau à le prêter, sous prétexte que, s'il l'accordait maintenant, on l'accuserait avec raison de manquer de caractère, d'être un homme inconséquent et léger. On ne savait comment le prendre; car lui laisser en temps de guerre, et au moment surtout où TAndalousie était menacée, ses charges an* ciennes, c'était un bien grand danger, et, d'un autre côté, on n'osait les lui ôter. On l'empêcha du moins de les exercer : on le retint à la cour, et Orry donna l'idée de lui offrir, à la place de ces dignités, la présidence des Ordres, position très-belle, mais exclusivement politique, et qui, tenue uniquement de Philippe V^ ne lui laisserait aucune objection contre la prestation d'un nouveau serments Mais le marquis de Léganez n'en voulut pas. Il déclara qu'il était né ^our le métier des armes, qu'il ne pouvait échanger ses charges actuelles que contre un emploi militaire, et qu'il demandait l'Italie ou les Pays-Bas. Il sembla en effet avoir l'intention d'aller remplir, dans Tune ou l'autre de ces contrées, ce qu'on lui proposerait; il en parla aussitôt à madame des Ursins, pour avoir son appui auprès du roi, et, sur la recommandation de cette dame, Philippe V se décida à l'envoyer dans les provinces belges. Madame des Ursins pensait peut-être qu'il souscrirait ainsi à la formalité nécessaire du serment, et qu'on aurait, en outre, un double bénéfice dans cette mesure, celui d'éloigner le marquis de Léganez de l'Espagne et

* Dt^pôl de la guerre, Orry à ChamtUard 1« scplembrc 1703, n* i696, XXVJIl- Icllrc.

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