‹ La princesse des UrsinsChapitre 40 sur 278 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LA PRINCESSE DES VRSIN'S RENVKRSE ARIAS, PR£sIDE!IT DE CASTIILE ]

ET ARCHEVÊQUE DE SUnLLB.

Il est certain que, si Porlocarrcro, dans cette circonstance, avait secondé la princesse des Ursin» et Orry comme il le devait et comme l'aurait désiré le comte de Marsin, le marquis de Léganez en serait venu à ne pouvoir offrir d'autre ressource à son ambition que la présidence des Ordres, et on Taurait forcé par là à se déclarer traître ou fidèle, ce' quil importait^ écrivait Orry à Chamillard, de reconnaître. Que produisit cette indulgence inconcevable de Portocarrero pour un si outrecuidant personnage? C'est que ce même grand seigneur, qui alors ne voulait que des fonctions militaires, invité quelque temps après à s'armer contre les Alliés, à. faire en un mot accorder ses goûts de prédilection avec son devoir, finit par avouer publiquement le vrai mobile de sa conduite, qui était son attachement à la maison d'Autriche, et se laissa arrêter plutôt que de subir une obligation qu'aucun nouveau prétexte ne lui permettait de décliner. Au surplus, cette arrestation était une mesure inévitable, et mieux eût valu l'ordonner en 1703 qu'en 1705, après qu'on avait donné le temps au marquis de Léganez de nouer mille intrigues secrètes avec les étrangers.

11 s'en fallait que Louis XIV et Philippe V fussent con-

ET L'ARCHEVÊQUE DON ARIAS. i25

tents de Porlocarrero, et d*Ârias aussi, dont la sévérité, molle envers ceux qui savaient les prendre et les gagner, trop dure envers les autres, n'était ni assez prévoyante ni assez égale. C'est de ce moment favorable que voulut profiter madame des LVsins, pour les renverser Tun après Tautre, avec le secours d'Orry et du duc de Montellano, de plus en plus aimés de la reine et du roi. Elle commença par Ârias , dont les antécédents commandaient moins d'égards, et dont le caractère, plus extraordinaire, inspirait moins de sympathie. Nous ne dirons pas tout (i fait pourtant, avec le trop satirique Louville, «qu il était d'une humeur horrible; que, tremblant « au seul nom d'apoplexie, il était, dans ces moments de « frayeur, inabordable, intraitable, voulait tout rompre, « tout tuer, sortir, se retirer du gouvernement de Castille; t< mais que, quand deux ou trois siestes lui avaient calmé a le sang, l'ambition reprenait le dessus, et il était prêt à « se faire acheter ; qu'enfin le meilleur moyen de le guérir « de ces paniques et de ces terribles accès d'humeur eût « été de lui donner en titre la présidence de Castille, qu'il « n'exerçait que par commission, puis la charge de grand « inquisiteur , le chapeau de cardinal , rarchevèché de «( Tolède, et que sais-je encore? Après quoi il n'aurait pas « été fâché d'aller en paradis, pourvu que ce fût bien a tard *. » Louville connaît très-bien l'Espagne et les Espagnols, il les peint en traits pittoresques et saisissants; mais il est personnel, passionné, changeant. U fustige tous ceux qui froissent sa petite ambition ou sea idées, et qui ne sont pas de son bord. Tombent-ils? si leur chute n'amène pas son triomphe, si d'autres personnescl d'autres opinions recueillent le fruit de ses attaques, si enfin on ne le satisfait pas, il se rétracte sur-le-champ, il

* Lettres de Louville à Torcy, i, 6 et 10 août, dans les Mém. de ^'oailles i M p. 12G.

adore ce qu'il a naguère voulu brûler, et brûle les nouvelles idoles du jour, parce qu'il n'a pas pu lui-même en régler le choix. C'est un esprit chagrin, plein de luimême, engoué de son poste auprès de Philippe V, et qui n'est jamais content. Que ne dit-il pas de Portocarrero, aussi bien que de don Arias, dans sa dépêche du 5 août à Torcy, d'où le portrait d'Arias est extrait, et qu'il commence ainsi : « Nos deux prêtres se sont raccommodés... « L'un se mourait hier d'apoplexie, ce matin il est gai c( comme un pinson... L'autre domine toujours dans le « Despacho, où personne ne peut s^opposer à ses violents « desseins... Le bon roi Charles II, en le faisant cardinal <K et croyant qu'il en ferait ce qu'il voudrait, se trompa « bien en son endroit... Il aurait bien mieux fait de lui « préférer le cardinal de Borgia, qui n'a pas le sens com- « mun, est cardinal aussi, théologien, docteur de Sala- « manque, bien qu'il ne sache pas son catéchisme, de « bonnes mœurs, et se serait laisser mener... Quant à « gouverner Poftocarrcro, c'est impossible... Il est terrî- « ble. . , il se venge à outrance. . . , et souvent, comme arche- « vêque de Tolède, il ordonne des procédures qu'il ne «pourrait faire comme ministre... Oh! que l'autre eût « été mieux ^ I » Voilà quel est son langage en 1701; mais, en 1704, c'est différent. f>a domination de Portocarrero, à cette époque, menace ruine, et ses dépouilles paraissent devoir passer, non pas à lui et à la coterie dont il est le seigneur et maître, mais à madame des Ursins et aux amis d'une femme qui attire à elle toute la confiance du roi : oh ! alors, il s'exprime tout autrement, parce qu'il ne voit plus les choses des mêmes yeux, et il ne craint pas de dire h la grande camériste, dans un entretien particulier,

' Lettres de Louvillc à Torcy, dans les Méni, de Noaillet, t. II, p. 128 I29-Io0-I51.

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