ET L'ATICHÇVÊQUE DON ARIAS
qu'on lui reproche « l'adresse qu'elle met à persuader en « France que Porlocarrero ne peut vivre avec les ambas- « sadeurs français, tandis que bien certainement on ne a pouvait gouverner l'Espagne sans les lumières de ce « prélat ^ »
On ne peut donc se fier aux jugements trop variables de Louville, et, dans les personnages qu'il peint, on doit, ainsi que pour les appréciations d'un autre historien non moins caustique et partial, le duc de Saint-Simon, séparer soigneusement l'homme public de l'homme privé. Celui-là n'a leur approbation qu'autant que celui-ci leur plaît, et ce n'est qu'avec peine qu'on peut démêler les vrais motifs politiques de Télévation ou de la chute de l'un, à travers les mille intrigues, les actes bas ou scandaleux qu'ils révèlent sur l'aulre. Pour don Arias, nous l'avons dit, la grande cause de la disgrâce qu'on lui préparaît, c'était le tort que faisait à Philippe V, dans l'esprit de l'aristocratie espagnole, l'excessive prédilection de ce ministre pour les Français*. L'ambition de la princesse des Ursins s'çmpara de ce grief; elle put en aggraver le danger, elle put aussi exagérer l'importance du parti dont elle était l'organe, parti mixte, où les uns désiraient être quelque chose dans l'État, et les autres trouvaient que les prélats étaient souvent mieux dans leur diocèse qu'à la tête du gouvernement : mais, qu'on le croie bien, ayant à compter aussi, pour arriver à son but, avec la cour de Versailles, qui n'était pas, comme celle de Madrid, facile à tromper ou à dominer, et ne se payait que de solides raisons, elle n'aurait certainement pu réussir sans ce grand et sérieux motif. En conséquence, elle demanda ù Philippe V le renvoi de don Arias. Et ici il ne faut pas adopter la version de Saint-Simon, qui prétend que
' Mém. de lA)Uville^ t. H, cb. siv, p. 45. ~ * Mém. de NoaUieêf t. Il, p. 335
128 LA PRLNCfeiSSE DES URSINS
don Arias se retira à Séville de son propre mouvement, et pour imiter, dit-il, Portocarrcro * , puisque celui-ci resta quelque temps encore au pouvoir. Cette retraite fut toujours en lui à l'état de velléité; effet momentané de quelque accès de mauvaise humeur, que le plaisir de gouverner empêchait de devenir une résolution réelle. Il était si loin, dans tous les cas, de vouloir suivre Portocarrero dans des projets plus ou moins vrais de retraite, qu'il soupirait après la démission de ce cardinal, pour dominer seul à sa place, et que, le jour où le bruit en courut, on ne le vit jamais si gai, parce que, dit Louville, toujours avec sa malice habituelle, « le saint homme n*at- « tendait que d'être au faite du pouvoir, où il prétendait « songer à son salut, sans craindre Tapoplexie*. » Croyonsen plutôt le marquis de Saint-Philippe, plus grave que ces historiens, et mieux placé alors que le duc de Saint-Simon pour être bien informé. 11 nous dit que le roi invita don Arias à retourner dans son évêché, en adoucissant l'amertume de cette injonction déguisée, par la promesse du chapeau de cardinal, et que, bientôt après, un bref du pape, demandé par ce prince à Pinstigation de madame des Ursins, lui interdit de s'absenter à l'avenir de son diocèse". Les lettres del^iltz-Moritz et une note très-explicite du savant traducteur du marquis de Saint-Phihppe, M. de Naudave, nous mettent sur la voie d'une cause moins connue, mais plus ancienne et non moins puissante, de la disgrâce de don Arias. Avant la mort de Charles II, le cardinal Porlocarrero, voyant ce prince toujours irrésolu, avait réuni chez lui plusieurs grands d'Espagne, membres du conseil d'État, afin de discuter ensemble les droits de la maison d'Autriche et ceux du Dauphin de France. Le marquis de Saint-Philippe dit qu'ils se pro-
' Mém. de Saint-Simon, t. IV, p 72. — * LcUre do 5 août, dans les Mém. de Noaillei, p. 128, t. H. — ' Mém. de Saint-PhiUppe, t. I, p. 290.