‹ La princesse des UrsinsChapitre 47 sur 278 · ET LE (L\I\DINAL D'ESTRÉES · texte numérisé non relu

ET LE (L\I\DINAL D'ESTRÉES

passer par ses mains. Jamais ambassadeur français n'avait agi avec cette arrogance et pris un ton aussi impérieux. Pliilippe V lui-même, malgré tout le prix qu'il devait attacher à Testune particulière de son aïeul pour ce prélat, s'en tourmentait et en était offusqué. Les Français, comme Louviiie et les siens, étaient ravis; les Espapagnols au contraire, surtout ceux du parti de Montellano, frémissaient d'indignation et de courroux.

Évidemment, h qui voulait conquérir quelque popularité en Espagne, loccasion était facile et belle. 11 suftisait de se poser avec courage et avec éclat comme lantagoniste d'un si outrecuidant étranger. C'est le rôle que saisit Portocarrero ; c'est là qu'il vit sa planche de salut, et il y embarqua aussitôt les débris de sa fortune à moitié naufragée- Tout autre peut-être aurait préféré se joindre à lui avec tous les Français, afin de culbuter ensemble la cabale de madame des Ursins, qui lui avait déjà fait tant de mal, et de rester ainsi toujours fidèle à lui-même. 11 aima mieux, hasardant le tout pour le tout, essayer de regagner la faveur publique par un acte qui pouvait être attribué uniquement à la jalousie, et qui, s'il ne réussissait pas, devait lelaissersans appui aucun, honni de tout le monde, et dans l'impossibilité de figurer, plus longtemps, ailleurs que dans son diocèse et dans ses fonctions de prélat. 11 combattit donc ouvertement le cardinal d'Estrécs, et il s*opposa de toutes ses forces à ce qu'on l'admit dans le Despaclw. Cette conduite surprit d'abord de la part d'un homme qui avait tant insisté, deux ans auparavant, pour y introduire le duc d'Harcourt; mais sa persistance ayant fait croire à sa sincérité, elle causa un émoi de plus en plus grand, et il l'accrut davantage encore par une résolution extrême. « Le 17 janvier 1703, il alla trouver le roi, et, après l'a- « voir salué, il le supplia de le dispenser du DesiuichOj « alléguant ses incommodités, qui ne lui permettaient plu

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n d'en soutenir la sujétion. Rien ne fut capable de le faire « clianger d'avis. Il protesta de son zèle pour le service du « monarque; mais il assura que sa résolution était bien « prise de ne plus rentrer dans ce conseil, qu'il était trop c< mécontent de ceux avec qui il s y trouverait, qu'il était un a vrai caballero, et qu'il n'en démordrait pas. Il offrit, si « on voulait, d'aller chez le cardinal d'Estrées, quand les « affaires le demanderaient; mais, quant à se trouver au « Despacho avec lui, ni avec Montellano, ni avec le secré- « taire, marquis de Rivas, jamais^ »

On comprend à quel degré cette démarche aggravait la situation. Les Espagnols, particulièrement les grands, désiraient vivement que le cardinal d'Estrées ne fût pas du Despacho; mais la démission de Portocarrero allait peut-être lui en ouvrir les portes à deux battants, elle allait lui permettre d'y régner seul, en dépit de tous les opposants, et de gouverner de là toute l'Espagne. Cette perspective épouvantait et échauffait toutes les tètes : les grands tenaient des réunions dangereuses ; le corrégidor de Madrid, Ronquillo, homme énergique, d'un dévouement éprouvé, avertissait qu'il y avait tout à craindre, si le cardinal d'Estrées remportait un telle victoire*. Quelques jours se passèrent ainsi, sans qu'aucune affaire s'expédiât. La princesse des Ursins suggéra enfin un moyen, qui devait couper court à toute discussion, et sur lequel elle prit l'avis du sage premier magistrat de la capitale : elle engagea le roi à tenir seul le Despacho avec le secrétaire Rivas. Ce conseil parut un trait de lumière; il fut adopté, et Ton en fit part au cardinal d'Estrées. Mais alors on eut à se débattre avec cet ambassadeur : il était furieux de ce qu'il était frustré de l'avantage qu'il poursuivait , au moment où il croyait le tenir, et il se

« Ww de yoailies, l. UI, p. 5, 11. — * Ibid., p. 11.

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plaignait vivement au roi qu*étant Thomme de confiance de son grand-pére, il n'eût pas été au moins consulté sur cette étrange résolutions Louville, de son côté, écrivit en toute hâte à Torcy que c'était là un complot de la part des grands; qu'en flattant le roi, ils lui avaient donné la plus funeste idée de sa capacité, afin de le faire tomber sous leur perfide tutelle; que, dans le nouveau Despacho, la reine avait dit à ses dames : a Enfin, voilà le roi qui gou- K veme par lui-même; il en est très-capable et n'a plus « besoin de secours*. »

Portocarrero avait lieu de se réjouir des effets de sa délerminalion. Son importance personnelle était évidente, puisqu'on n'osait pas tenir le Despacho avec ceux qu'il n'y voulait pas voir; il s'était tout d'un coup grandi jusqu'à son premier niveau. Mais il ne fallait pas faiblir, il fallait se cuirasser en quelque sorte contre les sollicitations qu'on ne manquerait pas de provoquer de haut lieu, pour le compromettre en l'amenant à transiger. La conservation de tous ses avantages était à ce prix. 11 ne sut pas être ferme jusqu'au bout. Madame de Maintenon, qui était l'amie de madame des Ursins et avait l'œil sur tout ce qui se passait au delà des Pyrénées, vit Louis XIV, parla à Torcy, et bientôt arrivèrent à Madrid, de la part du gouvernement français, des dépêches, qui terminèrent la querelle de la manière la plus inattendue. Dans une de ces dépèches, le roi grondait son petit-fils, et accx^rdait cette satisfaction à ceux qui avaient pu souffrir de sa détermination dernière. Dans une autre, écrite de sa propre main, il s'adressait à Portocarrero lui-même, l'appelait mon cousin, parlait de ses immenses services et de la reconnaissance qu'on lui devait, tenait compte des motifs qui avaient pu lui faire quitter le Despacho, mais le priait d'y rentrer sans condition,

• Mém. de NoaiUrt, 1. HI, p. 5. — • iWrf., p 9, el Meut, de iMniNe, t. Il, cb. un et iiv.

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