CHAPITRE XV
tlkl OB l' ESPAGNE PENOAKT LA PEEHIÈBE DISGRACE DE MADAME DES URSIB8.
— HOPTELUHO ET LE DUC DB GBAMOXT.
Ainsi, d'aucune manière elle n'était dégoûtée de ses fonctions au point de n'en vouloir plus. Tout au contraire, sans Jamais pourtant le donner à connaître, elle soupirait après rinstantoù elle irait les reprendre. L'accueil qu'elle avait reçu à Paris, à Versailles, était fait pour lui en donner lespoir. Mais un changement imprévu était arrivé en Espagne et constituait un obstacle à l'accomplissemeot de ses vœux. Le duc de Gramont et Montellano, quoique peu d'accord ensemble sur ce qui touchait à la position des Français en Espagne, s'entendaient parfaitement sur Tarticle de madame des Ursins. Le premier lui préférait la nouvelle camerera mayor, duchesse de Béjar, qui, suivant sa railleuse expression dans une lettre à Torcy, n'était pas en état de déchiffrer r Apocalypse K Le second, se voyant seul maître du terrain, depuis le rappel ou la chute de tous ses rivaux, français ou espagnols, les d'Estrées, les Portocarrero, était bien aise de amserver l'allure moins gênée de cette situation, et il craignait d'en compromettre les avantages et les charmes par le retour de madame des Ursins. Une fois seul et au faite du pou-
* Mém. de NoaiUes, t. Uf , 1705.
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voir, il était devenu Thomme des Conseils ; il se laissait dominer par eux ; au milieu des périls de la guerre et malgré l'esprit anarchique des grands, il ne faisait que consulter, quand il eût fallu décider et agir ; en un mot, il ne réalisait pas ce qu'on croyait pouvoir attendre de lui, je veux dire un pouvoir fort, absolu, exercé dans l'intérêt des deux rois par un Espagnol. Le comte de Cifuentès pourtant, seigneur infidèle, fut arrêté par ses ordres; mais un autre seigneur, André Pinto de Lara, le fit évader ^ Montellano n*était guère occupé que de la guerre aux Français. Il ne voulait pas qu'ils dominassent en Espagne, et il avait raison ; mais il ne fallait pas pour cela leur ôter toute influence sur des affaires liées de si près aux leurs, et les empêcher de veiller au salut d*une dynastie que repoussaient les classes les plus puissantes, les moines et les grands. Or c'est là ce que voulait à présent Montellano. Les Français n'étaient plus rien pour lui, et, nous dit le marquis de Saint-Philippe, « il se a brouilla presque, à ce sujet, avec le duc de Gramont, a dont il avait jusque-là été Tami *. » 11 semblait s'être fait de ses opinions conciliatrices un marchepied pour arriver aux honneurs, un beau masque pour en imposer sur ses vrais sentiments, qui, au fond, n'étaient pas plus bienveillants pour les Français que ceux des Espagnols le plus franchement hostiles. Le marquis de Rivas, chef de la secrétairerie du Despacho univef'salef suivait son exemple, ainsi que plusieurs autres dignitaires de l'État. La plupart, en l'absence de madame des Ursins, avaient laissé tomber le voile dont une dissimulation ambitieuse les avait engagés à se couvrir. Qu'était-il résulté de cette défection presque générale? C'est que la toute-puissance tumultueuse des Conseils anéantissait l'autorité du roi,
* Mém, de Saini-Philippe, l. I, i705. — » Wid.y t. I, p. 299.