ET SES FONCTIONS
u patriarche ne lui eût pas obéi^ Je rencontrai, quelques « moments après, ce prélat, et je lui dis que tout le res- « pect que je lui devais ne pouvait pas m'empêcher de lui « marquer Tétonnement où j'étais qu'il ne fit pas ce que « le roi lui commandait, et qu'il m'eût privée de faire un « service qu'il m'avait dit lui-même élre de ma charge. «< On en parla le soir, dans le conseil, où il fut résolu « que j'écrirais le fait à M. le cardinal Porlocarrero, « le roi n'ayant voulu prendre aucune résolution, sans c( avoir auparavant son avis.
« Le patriarche m'a envoyé, depuis, le père Daubenton, « pour se justifier sur ce qui me regarde ; mais, outre « que ce père approuve mon sentiment, je lui ai fait re- « marquer que je suis pour peu de chose dans cette afiaire, « et que c'est la désobéissance aux ordres du roi qu'il « faut considérer. Cette journée fut celle des incidents, « car il en est arrivé un autre, où je n'eus d'autre part que « celle de servir de témoin.
« Quand il fallut approcher le fauteuil du roi plus près c< du prie-Dieu sur lequel Leurs Majestés étaient à genoux, « le comte del Priego, majordome, le prit ; le duc d'Ossone « courut pour le lui ôter. Cela fit un petit combat jusqu'au « pied de l'autel ; car le premier ne voulait point le lâcher, « et le second voulait l'avoir, croyant l'un et l'autre que rt ce service regardait leur charge. Le dernier enfin l'em- « porta, à force de coups de coude et par la complaisance it de l'autre. Pendant qu'ils se tourmentaient ainsi, je vis « le moment que le duc d'Ossone, que vous savez, mon- « sieur, n'être pas plus gros qu'un rat, allait être cul- « buté avec le fauteuil sur la personne du roi, et le roi « sur la reine. Leurs Majestés ne s'aperçurent pourtant « point de cette scène, étant l'un et l'autre attentifs à ff prier Dieu, et le bruit que l'on fait ordinairement dans « les églises en ce pays-ci les ayant empêchés d'y faire
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« attention. Avant que de sortir, je crus à propos d'en « avertir le roi, afin qu'il empêchât que ces messieurs c( n'en vinssent aux voies de fait. Le roi les accorda, tout (( en jugeant que le duc d'Ossoue avait tort. Du reste, ^ ces messieurs, de cœur et d'esprit pacifiques, avaient « peu' d'envie, je crois, de se battre ailleurs que dans « l'église.
« Autre chose : Leurs Majestés assistèrent aux offices, « le matin et Taprès-diner, sans cortinasj sans rideaux: a il n'y en avait point dans cette église : nouveau sujet de « plainte de la part des Espagnols, qui disaient que cela « ne pouvait se faire. Mais nous fûmes bien aises de donner « cette atteinte à l'étiquette, et, quand il y en aurait eu, « nous ne nous en serions pa^ servis, la fantaisie de ca- « cher un roi aimable au peuple me paraissant une des « moins sages de Philippe H ^ »
* Mêm. de Noailies, pièces jusliiic, t. II, p. 401.