PHILIPPE Y DÉSIRAIT-IL LE RETOUR
a leur, si la reine en pouvait jamais avoir la moindre con- « naissance\.. » Car, dit-il ailleurs, en faisant le portrait des principaux personnages de TEspagne, c< la reine n'aime a ni la musique, ni la comédie, ni la conversation, ni la a promenade, ni la chasse, à seize ans I... elle ne veut que a gouverner le roi et la nation... Et quant à Philippe V. « esprit juste, mais paresseux, faible, irrésolu, il la craint c( à 1 excès, et tant qu'il Taura, il sera un^nfant de six « ans et jamais un homme ^ »
Mais ce portrait, qu'il en traçait lui-même, pouvait lui donner, s'il en avait eu besoin, une idée du peu de fermeté de vues de Philippe V et de l'instabilité de ses déterminations. Ce prince n'avait de constance dans ses desseins que quand il était soutenu; seul et ne s'inspirant que de lui-même, il était timide, hésitant, sans décision véritable. La persistance éclairée de sa volonté ne pouvait être chez lui qu'une vertu d'emprunt, et Louis XIV, pour répondre à cette communication confidentielle du duc de Gramont, à cette objection contre la mesure réparatrice qui concernait madame des Ui^ins, n'avait qu'à répéter à son inquiet ambassadeur ce qu'il lui avait dit déjà à ce sujet : a Ne connaissez-vous pas mon petit-fils?... Dans lo « temps même où il semble fermement résolu à s'affranc< chir de toute domination, il me fait prier par le Dau- « phin de lui accorder le retour de la princesse des Ursins « à Madrid, où il regarde la présence de cette dame comme « indispensable au bien des affaires'. i>
Que conclure de cela? C'est que Philippe V, comme tous les esprits qui sont au-dessous de leur tdche, ne savait trop ce qu'il fallait vouloir; il avait la majesté du commandement, il n'en avait pas la résolution. Jaloux de sa
* Manntc. NoailleSt 21* vol., IX' IcUrc, 22 jnn\'. 1705, le duc de Gramont à Louis XIV. — « /«rf., 2i- vol, XXIX* Icllro. — ' MM, de NoailifS. Lctire du roi on duc de Gramont, 6 jnnv. 1705, t. III.