‹ La princesse des UrsinsChapitre 96 sur 278 · APRÈS LA PRISE DE MADRID · texte numérisé non relu

APRÈS LA PRISE DE MADRID

bles contre leurs personnes ou contre leur autorité seigneuriale. Près de Cogeludo, Philippe V, se rendant au camp du maréchal deBenvick, vit arriver à sa rencontre les habitants de ce village, qui le supplièrent à genoux de les délivrer du joug de leur seigneur, le duc de Médina- Cœli, ne voulant plus, dit le chevalier du Bourk, témoin oculaire de ce fait, être les vassaux d un homme qui avait mis si peu d'empressement à suivre la reine à Burgos, et lui donnant les noms les plus injurieux. A Alhalla, oii le comte de Lemos et la comtesse, sa femme, furent arrêtés dans leur fuite, on eut toute la peine du monde à empocher les paysans de lapider ce perfide seigneur. A Colmenara enfin, ils s*attroupèrent autour d'une maison qui servait d'asile à des grands, soupçonnés de trahison : elle renfermait aussi leur propre seigneur, le jeune comte de Fuensa- Ihla, dont le père, dans la réunion tenue par Portocan*ero à la fin du règne de Charles II, n'avait pas voulu se prononcer pour les droits du duc d'Anjou ^ Ils voulaient à tout prix y mettre le feu *.

Que faisait, de son côté, madame des Ursins, à la vue de cet élan des populations en faveur de Philippe V? Par ses discours, par ses lettres, par ses démarches, elle obtenait des dons volontaires, destinés à Tentretien des troupes du roi, 8,000 pistoles de la province de Burgos, avancés sur sa parole, 15,000 d'ailleurs, et une plus grande quantité encore des cités, plus riches, de l'Andalousie *. L'argent, le pain, les vêtements, an^ivèrent en abondance au camp de Berwick, Philippe V put nourrir, payer et habiller ses soldats, et il fut tellement ravi de ce bonheur inattendu, qu'il écrivit aussitôt une lettre de vifs

* Mém. de Saini-Philippe, t. I, p. 34. — « Dépôt de la guerre, t. Hl, de l'année 1706, 10 août, XIX* lettre. Le chevalier du Bourk i Gbamillard. — ^ Lettres de madame de Mainlenon et de madame des Ursins, t. UI, p. 322,

260 ACTIVITÉ DE LA PRINCESSE DES (JRSINS A fiCJRGOS.

remerciments à la femme dévouée, qui, dans un moment où la monarchie était dans les camps, avait, en entretenant ses troupes, prévenu leur désertion et conservé à la monarchie elle-même son principal soutien *. Ainsi que la reine, elle donnait en même temps au peuple et à la petite cour de Burgos l'exemple d*une fermeté, d'autant plus confiante qu elle agissait davantage et qu'elle s'abandonnait moins elle-même. Ses lettres à madame de Maintenon, datées de Burgos, peignaient cette tranquillité prévoyante de son esprit. « Pour vous égayer, lui dit-elle, « il faut que je vous fasse la description de mon appartec( ment. 11 consiste en une seule pièce, qui peut avoir « douze ou treize pieds de tous sens. Une grande fenêtre, c( qui ne ferme point, exposée au midi, occupe presque « toute une face. Une porte assez basse me sert pour a entrer dans la chambre de la reine, et une autre plus a étroite me conduit dans un passage tortu, où je n'ose « aller, quoiqu'il y ait toujours deux ou trois lampes « allumées, parce qu'il est si mal pavéy que je me rora- (( prais le cou. Je ne saurais dire que les murailles soient « blanches, car elles sont très-sales. Mon lit de voyage est « le seul meuble que j'y aie, avec un siège ployant et une « table de sapin, qui me sert alternativement, pour « mettre ma toilette, pour écrire et pour manger la « desserte de la reine^ n'ayant ni cuisine, ni argent^ pour a en tenir une. Je ris de tout cela..., et, au milieu de a tous les fâcheux événements qui nous ont frappés, les c< réflexions que je fais me consolent. Je pense que la for- « tune peut nous redevenir favorable ; qu'il en est de ses « faveurs comme du trop de santé, c'est-à-dire qu'on n'est « jamais si près d'être malade que lorsqu'on se porte trop a bien, ni si proche d'être malheureux que quand on est

* Lettre de madame des Ursins à madame de Main tenon, dans les Uf'^de NoailleSj p. 376, t. III, 10 décembre 1706.

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