LES CASTILLANS PLUS MALTRAITÉS
traités avec la même indulgence, et il n'y eut pas d'exception pour le cardinal Portocarrero lui-même, quelque funeste qu'eût été Texemple qu'il avait donné. Ses infidélités présentes ne pouvaient effacer le dévouement de son passé, et Philippe V, qui avait la mémoire du cœur, fit céder son mécontentement à la voix de la reconnaissance et aux égards que méritait un vieillard. Remarquons aussi que les représailles tombèrent principalement sur les Castillans, et non sur les habitants des autres provinces. Ainsi le voulait madame des Ursins, et l'explication de cette partialité dans le châtiment nous est fournie par le marquis de Saint-Philippe, quand il dit : « On ne peut « nier que la valeur et la constance des Castillans ne « fussent soutenues par la vanité naturelle de n'être pas « conquis par les Aragonais et les Catalans^ qui auraient « été tout avec l'archiduc, ni outragés par les Portugais, « quils détestaient. Ce sont là les raisons qu'alléguait la « princesse des Ursins à Amelot, pour lui prouver qu'on « pouvait ne pas ménager les Castillans ^ » Du reste, la ténacité des haines politiques entre particuliers, toujours terrible en Espagne, au milieu même de Tindulgence des lois, fit autant de victimes que les rigueurs partielles de l'État. Elle fut cause aussi que plusieurs ne profitèrent point du pardon accordé par Philippe V, craignant le'* coups inévitables et furtifs de stylet plus peut-être que la corde fatale du bourreau.
* Hém. de Saint-PhUippe, t. H, p. 69 et 94.