ACTE PREailER
par excmplo, et Dieu sait quo je n'y pensais pas, ah! il m'aurait tuée.
SÉVERIMÎ, sexiiltiint.
Il considérait donc qu'en matière d'amour la trahison mérite la mort.
MADAME DE PKRIGNY.
Si c'est la femme qui trahit, oui; si c'est l'homme, jamais, jamais! Ces messieurs ont profité de ce que nous les avons laissés faire les lois, ils les ont faites en faveur du masculin. Crois-moi donc, chère mignonne, ne te fais pas de chagrin. Le monde, et surtout le nôtre, est organisé comme ça, nous n'y pouvons rien changer ni toi ni moi. Se tuer, c'est un crime d'abord, que les gens bien élevés ne commettent pas, -et, de plus, c'est une absurdité indigne des gens d'esprit. Quant à le tuer, lui, c'est une bien grosse affaire! Te représentes-tu une femme comme il faut ayant tué son mari par jalousie? C'est comme si elle mettait des manches à gigots et un oiseau de paradis pour jouer de la guitare sur un canapé à griffes de lion. Laissons là les Roxane et les Hermione. Yengeons-nous en vraies femmes, ça dure plus longtemps et c'est aussi sûr. Je ne te conseille, bien entendu, que ce qu'une mère peut conseiller à sa fille. La vie n'est possible, vois-tu, qu'avec beaucoup d'indifférence et encore plus d'oubli.
SÉVERINE
C'est pour cela que vous vous êtes retiiariée.
MADAME DE PÉRIGNY
J'étais incapable de vivre seule, et puis mon second mariage ressemble peu au premier. Ce n'est pas que Ion beau-père n'ait des qualités, il a toutes celles qu'il faut au second mari d'une femme de mon âge, qui n'ont aucun rapport avec celles qu'on exige du premier. Et puis il a six millions, ce qui facilite les relations en équilibrant les caractères. C'est aussi grâce à ce second mariage que j'ai pu, en te donnant toute la fortune de ton père, te permettre de devenir princesse de Birac, ce qui est quelque chose.
SÉVERINE
Croyez-vous que c'est pour être princesse que j'ai épousé mon mari? Je l'ai épousé parce que je l'aimais.
MADAME DE PÉRIGNV.
H n'y a pas de mal à commencer par là, mais on sait bien que ça ne peut pas durer toujours. On ne s'aime pas éternellement de la même manière. Il viendra un moment où toi-même...
SÉVERINE
C'est fait, ma mère. Non-seulement je n'aime plus mon mari, mais je le hais. Vous raisonnez les choses avec votre âge, je les sens avec le mien. L'homme qui trompe une femme comme moi ne peut être qu'un misérable 1 Vous me connaissez, n'est-ce pas? Vous savez si j'ai jamais été capable d'une duplicité ou d'une hypocrisie; vous êtes donc bien convaincue que, le jour où j'ai déclaré devant Dieu, devant les hommes et devant ma conscience, que je prenais un homme pour époux, je me donnais tout entière à cet homme, corps et àme, mais à la condition que cet époux volontaire que rien ne força't à me prendre se donnerait tout entier, lui aussi, et qu'il tiendrait ses serments, comme j'étais, comme je suis décidée à tenir les miens, quoi qu'il arrive. J'avais dix-neuf ans lorsque je me suis unie à cet homme sous la protection de la loi, sous la garantie de son honneur, sous la bénédiction d'un prêtre, sous le regard de Dieu, J'étais jeune, j'étais confiante, je l'aimais. Tous mes rêves, toutes mes innocences, toutes mes pudeurs, je lui ai tout donné. Et il lui faut une autre femme que moi! Il manque à la foi jurée! C'est un faussaire, c'est un renégat. Je le méprise et je le hais. Je me reprends, je me rends à moi-même et je récbme mes droits et ma liberté. La loi, qui doit tout prévoir, doit avoir prévu cela. Quant à vous, ma mère, vous êtes remariée, vous êtes tranquille, vous ne demandez plus rien à la vie, mais enfin vous m'avez mise au monde du temps où vous croyiez à autre chose ; à cette heure je n'ai plus que vous pour me secourir ; sauvez-moi, emmenez-moi, faisons casser le mariage et n'en parlons plus.
ACTH PUIIMinR. M
MADAMK lui l>lil\lGXV.
Ta ta la la la! Comme lu y va>, loi ! Cst-cc qu'on casse un maiiage ?
SlîVEUINli:.
Alors que me reslc-t-il ? Car je n'ai môme pas un enfant. La malernité, non-seulement il me la refuse, mais il me la vole! Oui, il me reste la fortune. Et que m'importe l'argent! Il me reste la résignation et la prière, ou la galanterie et le déshonneur. Merci! Je ne me sens capable ni de monter si haut ni de descendre si bas. Je ne suis ni un ange ni une courtisane. Je suis une femme, et je veux rester femme avec tous mes devoirs, mais avec tous mes droits. Vous ne pouvez rien pour moi, décidément?
MADAME DE PÉniGNV.
Si! si! Je puis parler à ton mari, lui faire entendre raison.
SÉVERINE
De l'hypocrisie ou de la pitié. Merci. (Un temps.) Je vous demande pardon, chère maman, de vous avoir dérangée au milieu de vos habitudes et de votre bien-être pour si peu de chose. Vous avez raison, absolument raison ; le seul service que je réclamerai de vous sera de ne parler à personne, pas même à M. de Birac, de tout ce que je viens de vous dire.
MADAME DE PÉRIGNV.
Jo t'assure que si je lui disais deux mots seulement...
Je vous.en supplie, ne lui dites rien.
MADAME DE PÉRIGNV.
Soit; mais à propos où est-il, ton mari ?
SÉVERINE
11 est sorti, ou plutôt il n'est pas encore rentré. Il est allé, hier au soir, voir son frère qui est malade à Versailles, et il n'est pas encore revenu. Il avait prévu le cas d'ailleurs, et il m'avait dit: Je resterai peut-être chez Adrien. Chez Adrien! Ah! ali ! Est-il
possible qu'on menle de la sorte! Un grand seigneur avec huit cents ans de noblesse derrière soi, et à qui on ne demande plus rien que d'être un honnête homme ! Et il ne peut pas ! Et il ment! Et je savais qu'il mentait! On m'avait prévenue; on me l'avait écrit. Une lettre anonyme, une autre femme sans doute qui est jalouse, elle aussi. Ah! miséricorde! Si c'est ça la vie! J'aurais dû le retenii-. Pourquoi l'ai-je laissé aller? Non, je voulais savoir la vérité. On veut savoir, et puis quand on sait on veut mourir. Et votre mère vous dit : Patience, mignonne, ça passera, (changeant de ton.) Il va rentrer, il faut qu'il rentre, nous avons du monde à dîner. Vous ne vous cnnuicjez pas trop. Elle sera parmi les convives. Vous la verrez. Ah! elle est belle!
MADAME DE PÉRIGNV.
Je serais curieuse de la voir cette gaillarde-là. J'ai apporté justement une toilette. Ne te tourmente pas, il y en a de plus malheureuses que nous, va, et ça vaut mieux qu'une jambe
cassée, comme on dit. [vMe va parier encore quand le vnlet entre.) LK DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur Galanson.