‹ La princesse Georges; pièce en trois actesChapitre 3 sur 58 · VI AU PUBLIC · texte numérisé non relu

VI AU PUBLIC

et, comme on insistait, tu y as com'u, avec tes amis, avec ta femme, avec ton fils. Tu n'y as pas mené ta fille ; tu as eu raison. Il ne faut jamais mener sa fille au théâtre, disons-le une fois pour toutes. Ce n'est pas seulement l'œuvre qui est immorale, c'est le lieu. Partout où l'on constate l'homme, il y a une nudité qu'il ne faut pas mettre devant tous les regards, et le théâtre ne vit, plus il est élevé et loyal, que de cette constatation. Nous avons à nous dire là, entre grandes personnes, à qui la vie réelle en a déjà appris long, nous avons à nous dire des choses que les vierges ne doivent pas entendre. Finissons-en donc avec l'hypoc:risie de ce mot : h C'est immoral, » qui ne saurait s'adressera nous, et sachons bien que, le théâtre étant la peinture ou la satire des passions et des mœurs, il ne peut jamais être qu'immoral, les passions et les mœurs moyennes étant toujours immorales elles-mêmes.

Je m'étais promis tôt ou tard de t'offrir un hommage et un remercîment. Accepte-les aujourd'hui, avec la dédicace de cet ouvrage, auquel tu donnes un si grand retentissement, accepte-les en échange de tout ce que je te dois. Je resterai encore, je resterai toujours ton débiteur.

Mais si tu n'es pas vierge, tu es homme, tu es femme y et tu es foule; c'est-à-dire que tu es tout

AU PUBLIC, vil

ce qu'il y a de plus impressionnable et de premier mouvement. Voilà ce qu'il faut savoir, voilà ce qui cause quelquefois, entre nous, des apparences de malentendus. Je commence par te dire que nous devons nous rendre loyalement aux indications que tu donnes, car si nous nous glorifions de tes applaudissements, c'est bien le moins que nous tenions compte de tes murmures, et nous devons trèshumblement supprimer aussitôt ce qui te choque sans profit pour toi, mais nous devons maintenir et t'imposer, avec le temps, ce qui te trouble, quand il faut que cela soit ainsi.

Rappelle- toi, malheureux, que tu as sifflé Phàlrc, le Cid, le Mariage de Figaro^ Guillamne-Tcll et le Barbier de Séville. Tu en es bien revenu! Aussi, aujourd'hui, tu es moins prompt, ton éducation est à peu près faite, tu laisses bien encore, par-ci par-là, partir des : Oh ! oh ! qui n'ont pas grande raison d'être, mais enfin il y a progrès, et puis qu'y faire? C'est ce diable de premier mouvement! C'est l'électricité des foules. On ne t'en guérira jamais complètement, et tant mieux puisque c'est le principe d3 ton enthousiasme, et que, par là, nous t'entraînons, à notre tour, dans notre mouvement à nous,

Il n'en est pas moins vrai qu'en face du dénoûment de la Princesse Georges tu as failli te fâcher.

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