‹ La princesse Georges; pièce en trois actesChapitre 30 sur 58 · ACTI-: DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTI-: DEUXIÈME

mil le cachet à Londres. Lord Ilallierbrok, qui buvait trop d'ai)sinllie avant ses repas, trop de I)Ourgoi;nc pendant, et trop de cognac après, ayant absolument voulu rentrer chez lui à travers le mur do soii parc au lieu de passer par la grille et s'étant cassé la tête contre celte difficulté, laissa 10,000 livres sterling à la maman du baby. Devenue veu'.e de la main gauche, la jolie personne épousa, de !a main droite, un vieux gentilhomme ruiné de santé, d'argent et de réputation, le sire de Latour-Lagneau, lequel légitima la petite orpheline et lui donna un nom, la seule chose qui lui manquât pour l'emploi qu'elle était appelée à tenir dans la société. Au bout de dixhuit mois de mariage, le sire en question mourait d'un accès de goutte comme il s'y était probablement engagé par contrat. La veuve inconsolable se jeta dans la désotion, celle qui peut servir, jusqu'à ce que sa fille fût en âge de faire son entrée dans le monde. On n'avait rien négligé pour l'éducation et l'instruction de la belle enfant, qui parle quatre ou cinq langues, ce qui est indispensable quand on peut avoir à demander son chemin, dans l'ancien comme dans le nouveau monde, au premier passant venu. Les deux dames vinrent alors s'installer à Paris. La mère tint maison, très-bien, ma foi; seulement elle dit et elle crut peut-être qu'elle avait en revenus ce qu'elle n'avait qu'en capital , et elle s'acheminait assez vite ■vers la ruine et tout ce qui s'ensuit pour des aventurières de celle espèce, quand Agrnor de Terremonde vint débucher comme un sanglier en vue de ces Dianes chasseresses. Elles l'ont bien visé, elles l'ont démonté sans le tuer, et elles en ont fait l'animal domestique que vous avez pu voir. Pour l'heure , il est absolument ruiné par l'épouse de son choix, comme dit Berlhe. Toutes ses propriétés sont hypothéquées. 11 est allé voir ces jours derniers s'il était possible d'hypothéquer encore , mais c'a été si bien fait dès le commencement qu'il n'y a pas m.oyen de recommencer. Il est même revenu plus tôt qu'on ne croyait. Quant à Sylvanie qui redoute la famine, je suis sûre qu'elle a déjà remis le nez au vent et qu'elle flaire un nouveau gibier, poil ou plume. Je crains fort qu'elle n'ait jeté les yeux sur le prince, pour commencer par

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le plus voisin, puisqu'elle demeure porte à porte avec lui. Mais qu'on se méfie. As;;énor est là, c'est un imbécile, soit, mais c'est un honnôle homme, et il y a toujours de la fauve dans ce ragot enguirlandé. Vous n'ignorez pas, mesdames, que le sanglier est monogame, c'est-à-dire qu'il s'en tient à une seule compagne, ce qui le fait supérieur ou inférieur aux; hommes, selon la manière de voir. Si on lui prend sa moitié, il devient furieux. Le jour oiî Agénor verra clair, il donnera de rudes coups de boutoir à travers le taillis, il reviendra sur la meute, et la comédie finira en drame, en tragédie peut-être. Bref, il fera comme Othello, il retournera l'oreiller.

Le cas échéant, Agénor pardonnerait. Le pardon est la conséquence inévitable de l'amour. Celui qui n'a jamais rien eu à pardonner à celle qu'il aime ne peut pas dire qu'il l'aime.

VALENTIMÎ.

C'est égal , s'il savait ce que je sais !

TA BARONNE

Il y a encore autre chose?

VALENTINE

Il va tout ce ([ue je sais, il y a tout ce que vous savez, et puis il ya tout ce que nous ne savons pas, etil paraît que c'est le plus fort. Et tous les hommes l'adorcnc. Quand ils passent à côté d'elle ils deviennent fous. Elle les grise.

BERTIIE.

Je comprends ça. Ce n'est pas pour rien que la nature lui a donné ces cheveux couleur des blés et ces lèvres couleur du sang. Résignons-nous, mesdames, nous ne pouvons pas lutter avec ces femmes-là. Ce sont des accapareuïes d'amour. Leurs granges sont pleines et nos huches sont vides. Qu'y faire? Sommes-nous même sûres que ce soient des femmes? Elles ne sont ni épouses, ni filles, ni mères, ni amantes. Elles n'ont ni nos vertus ni nos faiblesse.*, ni nos chagrins, ni nos joies. Elles sont d'un sexe à part. On les aime, elles n'aiment pas.

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Ce sont les Anges du mal. 11 mo semble, quand je vois la comtesse avec son regard impassible, son sourire fixe et ses éternels diamants, voir une de ces divinités de glace des régions polaires sur lesquelles le soleil darde et retlèle ses rayonà sans pouvoir jamais les fondre. Ces femmes-là sont sur la terre pour le désespoir des femmes et le cliàtiment des hommes. Elles nous humilient, c'est vrai, mais elles nous vengent. C'est une consolation.

LA baroxnf:.

Voulez-vous que je vous donne un détail, qu'on m'a assuré être vrai?

BERTM t:.

Voyons?

LA BARONNE, hésitant.

C'est trop difficile à dire.

YALENTINE.

Puisqu'on vous l'a dit.

LA BARONNE

C'est que c'est mon mari qui m'a conté cela, et encore je n'ai compris qu'après.

BERTin^.

Dites donc, nous sommes entre femmes, nous comprendrons tout de suite.

LA BARONNE

Èli bien, il paraît que la comtesse considère en effet sa personne comme une divinité, équatoriale ou polaire, je n'en sais rien, et le lieu où elle repose comme un temple. Elle s'y enferme à clef, et quand le grand prêtre, son époux, veut faire ses dévotions, il faut qu'il commence par desoffiande

BERTHE

Le mari aussi? c'est sévère.

LA BARONNE

Et c'est ainsi qu'il s'est ruiné! Quelle piété!

MADAME DE 1' É RICNY , à part.

Oh! oh! Il faut que je parle à maître Galanson. Si le mari s'y ruine, que deviendra mon gendre?

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