G A L AN SON
lAI. de Terrenionde est le plus honnête homme de la terre. Seulement il est amoureux fou de sa femme. Il s'est ruiné pour elle comme d'autres se ruinent pour une fille galante, et comme elle est de la race de-, filles galantes, maintenant qu'elle l'a ruiné, elle passe ii un autre qui a ce dont elle a le plus besoin
pour vivre, l'argent. Et cela sans souci de sa position dans le monde, de son honneur, du bonheur, de l'honneur et de la vie des autres. Elle accomplit sa destinée qui est de briller coûte que coûte. Ajoutez à cela qu'elle cherche l'amour qui lui échappe et qui lui échappera éternellement. 11 n'y a donc à lui faire ni raisonnement ni morale, elle ne comprendrait pas, elle est sourde et elle est implacable; c'est l'Instinct. Si, parmi les hommes qui l'entourent et qu'elle entraîne dans son orbite, il s'en trouvait un plus riche que le prince, elle prendrait celui-là, fût-il laid, ivrogne comme le père à qui elle doit la vie, vieux et déshonoré comme le père à qui elle doit un nom. Si M. de Fondette, joli garçon, célibataire, complètement libre, eût été aussi riche que votre mari, princesse, elle lui eût donné la préférence, car il lui plaît autant qu'un homme peut plaire à cette créature; mais que voulez-vous qu'elle fasse des trois ou quatre cent mille francs de ce pauvre enfant? C'est un encas pour une morte saison. Oh! je l'ai regardée travailler ce soir, je la connais, sans compter qu'elle m'a fait l'honneur d'être presque franche. Elle a donc jeté son dévolu sur le prince qui a quatre millions, les vôtres. Il vous en a déjèi ^emprunté deux pour partir demain avec elle, elle compte bien qu'il vous empruntera le reste. Que vous mouriez de chagrin et de misère, cela ne la regarde pas. Quand le prince n'aura plus rien et ne pourra plus servir à rien, elle le remplacera par un autre, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle couche sur un trône comme la Dubarry ou qu'elle pourrisse sur un grabat comme la duchesse Ilamilton. Elle est née courtisane, elle mourra courtisane. Ah! j'en ai vu de ces monstruosités-là dans ma carrière de notaire ! Il n'y a pas beaucoup de confessionnaux qui en sachent aussi long que mon étude. On ne soupçonne pas ce que le choc d'un appétit et d'une passion peut produire de catastrophes. J'ai dit, moi, au prince tout ce que je pouvais et devais lui dire en raison de l'estime que j'ai pour vous et de l'intérêt que je vous porte. Il ne faut pas songer à lui faire entendre raison, il est complètement fou; elle l'a ensorcelé. Il la regarde comme la plus honnête femme du monde et je crois qu'il tuerait qui lui dirait le con-