‹ La princesse Georges; pièce en trois actesChapitre 51 sur 58 · SÉVERINE, VICTOR · texte numérisé non relu

SÉVERINE, VICTOR

VICTOR

Madiune la princesse veut-elle me faire l'honneur de m'écouter el de me croire?

C'est vous qui m'avez écrit une lette anonyme que j'ai reçua iiier matin?

VICTOR

Oui, madame.

SEVERINE, s'éloignant avec un sentiment de dégoût.

Qu'avez-vous à me dire?

VICTOR

Je regrette ce que j'ai fait, je viens en demander pardon à madame, car, à force d'écouter aux portes, j'ai fini par comprendre tout le mal que j'ai pu causer, et je voudrais éviter des malheurs bien autrement grands qui se préparent.

SÉVEKINE.

Combien vous faut-il pour ce nouveau renseignement ?

VICTOR

Rien.

SÉVERINE

C'était pourtant pour de l'argent que vous faisiez ces choseslà?

VICTOR

Que voulez-vous, madame, on est laquais.

SÉVERINE

Et maintenant vous avez des remords?

VICTOR

On est tout de môme un homme. Maintenant, madame, il

faut que vous sachiez tout. C'est un de mes amis qui est le valet de chambre du comte. Le comte o en lui une confiance absolue, et c'est par lui que moi...

SÉVERINE

Eh bien?

VICTOR

Eh bien, je ne sais pas ce qui s'est passé tout à l'heure entre madame la princesse et le comte, je n'ai pas voulu entendre, mais j'ai vu le comte sortir d'ici comme un fou. Je l'ai surveillé. II a traversé le jardin, il a passé par la porte de communication, puisqu'il y en a une entre sa maison et la vôtre, mais une fois chez lui il s'est arrêté tout à coup. Je ne sais quelle réflexion lui a traversé l'esprit, il a fait deux ou trois tours à petits pas, et il a passé dans sa chambre. Il a appelé Eugène, c'est le nom de mon ami, il a fait préparer sa valise, et il a envoyé chercher une voiture de place. Puis, il est entré dans la chambre de madame, et, devant la femme de chambre, il a pris congé d'elle, il l'a embrassée sur le front et lui a dit qu'il serait de retour demain soir. Au lieu d'emmener avec lui Eugène jusqu'au chemin de fer, comme il fait ordinairement, il l'a envoyé se coucher, en lui disant qu'il n'avait pas besoin de lui; mais en passant devant la loge du concierge, qui habite seul cette loge, il lui a dit : «Au fait, prenez cette voiture étaliez m'attendre au chemin de fer de l'Ouest. Ne revenez que quand vous m'aurez vu. — Mais ma loge va rester vide, a dit le père Laroche. — Cela ne fait rien, a répondu le comte. Tout le monde est rentré et couché ; à cette heure il ne viendra plus personne. » Et il a pris une autre voiture qui passait, après avoir vu Laroche s'éloigner dans la première. Eugène qui se méfiait de quelque chose a écoulé et attendu. Il est resté aux aguets dans l'obscurité, et il a vu M. le comte revenir à pied, dix minutes à peine après son départ, ouvrir tout doucement la petite porte de service qui donne du côté des écuries et se glisser dans la loge du concierge dont il a refermé la porte sur lui. C'est un malin, Eugène. Il est descendu nu-pieds dans la ehambre du comte et il a vu que le comte avait emporté les

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