ACTE TROISIEME
pistolets. Alors il est venu me prévenir, et moi je suis venu prévenir madame, pour...
SÉVERl.NE.
l*our ?...
VICTOR
Pour qu'elle em|)ôclie monseigneur d'aller cette nuit chez la comtesse, comme il est possible qu'il veuille y aller, la sachant seule. Il n'en reviendrait pas. M. de Terremonde est un homme si jaloux et si résolu !
SÉVERINE
Et pourquoi venez-vous me dire cela, à moi, au lieu d'aller le dire à votre maître ?
VICTOR
Farce que mon maître est brave, et que pour le prouver, même à un domestique, il irait au-devant du danger, tandis que madame la princesse — qui aime son mari tout de môme — trouvera le moyen de l'empêcher de sortir.
SÉVERINE, à part.
Ainsi mon amour, ma jalousie, les plus secrètes pensées de mon âme, sont livrées aux laquais, objet de spéculation, de moquerie ou de pitié. (Haut.) Merci, monsieur, merci. Je n'oublierai pas ce service. Gardez-moi le secret, si vous pouvez, et faites prier le prince de descendre ici. (victor s'inciioe.) Allez, merci.
VICTOR, sortant.
Ouf! c'était dur ! mais me voilà tranquille, (ii son.) SCÈNE IV.
SÉVERINE, seule.
Eh bien, ma conscience, vous voilà juge comme vous vouliez l'être, comme vous aviez le droit de l'être. Je n'ai qu'un mot à dire pour que cet homme meure. Il dépendra de lui que je le dise. Pourquoi est-ce que je tremble? Est-ce que ce que j'ai
fait est mal ? N'avais-je pas le droit de disposer de la vie de cette femme et de cet homme ? Ceux-là mêmes qui ont ('onné la vie n'ont pas le droit de donner la mort! Je suis peut-être une criminelle. D'ailleurs, qui suis-je pour être si sévère? Qu'est-ce que je connais de la vie ? Quelles luttes ai-je soutenues? Quel bien ai-je fait ? Car c'est la mort, la mort, comprends, malheureuse, c'pst la mort que tu veux donner; car? si tu le laisses franchir le seuil de cette porte, il est mort. Et cet autre homme qui est là, caché dans l'ombre, qui souffre autant que moi, guettant cet inconnu qui lui a volé son honneur, cet homme sera impitoyable. Il est dans son droit, lui. Que pensera-t-il de moi quand il saura que je l'ai fait servir à ma vengeance ? 11 médira: Il fallait vous venger vous-même. Pourquoi m'avez-vous désespé.ré? Pourquoi m'avez-vous rendu meurtrier? moi qui ne vous avais rien fait, moi qui vous respectais. Tant pis pour lui. Il n'avait qu'à surveiller cette femme! Il n'avait qu'à ne pas l'épouser, c'est son honneur qu'il venge, ce n'est pas le mien. Qu'est-ce que c'est que la mort, d'ailleurs? Ne suis-je pas prête à mourir, moi aussi? Est-ce que je survivrai à celui que je tue ? Ce qu'il ne faut pas tuer, c'est une foi ! c'est une croyance! c'est une âme ! Et cet homme a tué tout cela en moi. Sa voix m'a menti, ses baisers même m'ont menti. Hier, à cette heure, il était dans les bras d'une autre. Si je le sauve ce soir, il y retournera demain. C'est lui !
SGÈiNE V.