SCENE RRTRI FRÈRE TROPHIME, ÉRASME, LES MARINIERS, au fond
FRÈRE TROPHIME, allant vers Érasme.
Maître Érasme, le mal?
ÉRASME
Va toujours empirant.
Le prince dort, veillé par messire Bertrand.
Regardant l'horizon.
Eh bien, frère Trophime, eh bien, on ne discerne Que du brouillard!
Furieux.
Moi, moi, médecin de Salerne, Je vous demande un peu, que fais-je en ces périls? Ma cathèdre, mon feu, mes livres, où sont-ils? Hélas! le vent de mer, qui mit ma robe en loques, M'a successivement ravi toutes mes toques!
FRÈRE TROPHIME
FeNprimces:
HR EMMEIPE RON ASC" TE
ÉRASME
Eh! mais, pourquoi ce musard des musards, Ce. poète, vint-il se mettre en ces hasards?
Lorsque j’entrai chez lui, prince doux et débile, C'était pour vivoter sous son toit, bien tranquille, C'était pour le soigner sur terre, et non sur mer. Je trouve ce voyage extrêmement amer!
Se promenant avec une fureur croissante.
Ah! que l'enfer rôtisse et que le diable embroche Ces maudits pèlerins arrivant d’Antioche,
Qui sont venus parler les premiers, au château,
Un soir, comme on soupait, à l'heure où le couteau De l’écuyer tranchant attaquait une dinde,
Sont venus les premiers parler de Mélissinde!
Ils chantèrent, — avec quel zèle inopportun! — La fille d'Hodierne et du grand Raymond Un.
Ils déliraient, parlant de cette fleur d'Asie!
J'en vois encore un gros dont l’œil rond s’extasie… Ils en parlèrent tant que soudain, se levant,
Le prince, ce poète épris d'ombre et de vent,
La proclama sa Dame, et, depuis lors, fidèle,
Ne rêva plus que d’Elle, et ne rima que d’Elle, Et s’exalta si bien pendant deux ans, qu’enfin,
De plus en plus malade et pressentant sa fin,
Vers sa chère inconnue il tenta ce voyage,
Ne voulant pas ne pas avoir vu son visage!
FRÈRE TROPHIME
Maître Érasme.….
ÉRASME
Il aura l’écume pour linceul!
= Et ce sire Bertrand d’Allamanon, qui, seul, Lorsque tous à Rudel faisaient des remontrances, Louangea son amour, approuva ses souffrances, Déclara ce départ admirablement beau, Et voulut s'embarquer aussi sur le bateau!
Mais c'est absurde! — Et vous, un prêtre, en cette affaire! On peut comprendre encor ce que moi j'y viens faire! Mais vous! le chapelain du prince! comme si Vous aviez une excuse à vous trouver ici!
PT ER EUREMN QE EES SRE LO TINTTEATENRE
Votre maître, lui seul de la chevalerie,
Sans avoir pris la croix vogue vers la Syrie,
Et, pèlerin d'amour, il chante sur son luth s
Que le Tombeau Divin n'est pas du tout son but: FRÈRE TROPHIME
Sait-on le but secret à quoi Dieu nous destine?
ÉRASME Nous allons pour des veux de femme en Palestine: FRÈRE TROPHIME Crovez que le Seigneur le trouve de son goût. ÉRASME Ah! vraiment? Le Seigneur? Qu’'y peut-il gagner? FRÈRE TROPHIME Tout.
ÉRASME On!
FRÈRE TROPHIME
Car 1] gagne tout, C'est dumoins#mawpensée, A toute chose grande et désintéressée.
Presque autant qu'aux exploits des Croisés, je suis sûr Qu'il trouvera son compte à ce bel amour pur!
ÉRASME
Il ne peut comparer une tendre aventure Au dessein d’affranchir la Sainte Sépulture!
FRÈRE TROPHIME
Ce qu'il veut, ce n’est pas cet affranchissement. Croyez que s’il se fût soucié seulement
De chasser du Tombeau l’essaim des infidèles,
Un seul ange l’eût fait, du seul vent de sès ailes: Mais non. Ce qu'il voulut, c’est arracher tous ceux Qui vivaient engourdis, orgueilleux, paresseux,
À l'égoïsme obscur, aux mornes nonchalances, Pour les jeter, chantants et fiers, parmi les lances, Ivres de dévouement, épris de mourir loin,
Dans cet oubli de soi dont tous avaient besoin!
cpl 10 —— "|"
PERCELMOIRESR AGTE
ÉRASME. — Ah! que l'enfer rôtisse et que Le diable embroche Ces mawudits pèlerins arrivant d'Antioche.
et PAR TENeCTEESISTE L'OMENCTPATIENEE
ÉRASME
Alors, ce que le Prince-accomplit pour sa Dame?"
FRÈRE TROPHIME
De même me paraît excellent pour son âme.
Elle était morte en lui, gai, futile, indolent;
Elle revit en lui, souffrant, aimant, voulant.
Que selon ses moyens chacun de nous s'efforce. L'important, c’est qu’un cœur nous batte dans le torse! Le Prince est hors du vice, et des vains jeux d'amour, Etedesainstjeuxedésprit de salpetite cour, Doutez-vous que bien mieux ces sentiments ne vaillent? C'est pour le ciel que les grandes amours travaillent.
ÉRASME
Soit!
FRÈRE TROPHIME, baissant la voix.
Remarquez encor. Ces rameurs, sur leurs bancs, Ces mariniers, jadis, qu'étaient-ils? — Des forbans. Rêve-t-on cargaison d’âmes plus scélérates Que celles de la nef, jadis? — nef de pirates! — Mais ils se sont loués, comme le font souvent Les Corsaires à ceux qui vont dans le Levant, Pour porter monseigneur vers sa Dame lointaine! Quand on signa le pacte avec leur capitaine, La Princesse, à coup sûr, n'existait pas pour eux. Or, voyez, maintenant, tous en sont amoureux.
ÉRASME
Vous en êtes content?
FRÈRE TROPHIME
Enchanté! — La galère S'élance vers un but plus noble qu'un salaire! Tous rêvent la Princesse, aspirent à la voir, Et ces férocités se laissent émouvoir Fa Dame du ‘poëte, ils en ont fait leur Dame: On finit par aimer tout ce vers quoi l’on rame! Ils voudraient que le prince atteignit aux chers yeux! Son amour leur a plu, vague, mystérieux, Parce que les petits aiment les grandes choses Et sentent les beautés poétiques sans gloses!
Le