UN APPARTEMENT DU CHATEAU
On découvre la reine Anne, la princesse Uglyane, la princesse Maleine, vêtue comme une suivante et une suivante.
ANNE
ppoRTEZ un autre manteau. — Je crois que le vert siéra mieux.
64 — - LA PRINCESSE MALEJNE "
UGLYANE.
Je n'en veux pas; — un manteau de velours vert paon, sur une robe vert d'eau !
ANNE
Je ne sais pas,..
UGLYANE.
* Je ne sais pas! je ne sais pas! » Vous ne savez jamais quand il s'agit des autres !
ANNE
Voyons, ne te fâche pas ! J'ai cru bien faire en te disant cela ; tu vas arriver toute rouge au rendez-vous.
UGLYANE.
Je vais arriver toute rouge au rendez-vous ! Ah ! c'est à se jeter par les fenêtres ! Vous ne savez plus qu'imaginer pour me faire souffrir !
ANNE
Uglyane ! Uglyane ! Voyons, voyons. — Apportez un autre manteau.
LA SUIVANTE
Celui-ci, Madame ?
UGLYANE
Oui ? — oh, oui !
ANNE
Oui ; — tourne-toi ; — oui, oui, cela vaut infiniment mieux.
UGLYANE.
Et mes cheveux ? — ainsi ?
ANNE
Il faudrait les lisser un peu sur le front.
UGLYANE.
OiJ est mon miroir ?
ANNE
Où est son miroir ?
A Maleine.
Vous ne faites rien, vous? Apportez son miroir! — Elle est ici depuis huit jours et elle ne saura jamais rien! — Est-ce que vous venez de la lune ? — Allons ! arrivez donc ! Où êtesvous ?
MALEINE
Ici, Madame.
UGLYANE.
Mais ne penchez pas ainsi ce miroir ! — J'y vois tous les saules pleureurs du jardin, ils ont l'air de pleurer sur votre visage.
ANNE
Oui, ainsi ! — mais laisse-les s'étaler sur le dos. — Malheureusement il fera trop noir dans le bois...
UGLYANE.
Il fera noir ?
ANNE
Il ne te verra pas, — il y a de gros nuages sur la lune.
UGLYANE.
Mais pourquoi veut-il que je vienne au jardin ? Si c'était au mois de juillet, ou bien pendant le jour ; mais le soir, en automne ! il fait froid ! il pleut ! il y a du vent ! Mettrai-je des bijoux ?
ANNE
Évidemment. — Mais nous allons...
Elle lui parle à l'oreille.
UGLYANE.
Oui.
A Maleine et à la suivante.
Allez-vous-en, et ne revenez pas avant qu'on vous appelle.
Sortent la princesse Maleine et la suivante.