DES VOIX AUX FENÊTRES
Allons voir ça !
sa LA PRII^CESSE MALEINE >-
LES BUVEURS
OÙ sont-ils ?
LA VIEILLE FEMME
Derrière « V Etoile d'or », il se bat avec le forgeron, à cause de cette fille qui est venue au village aujourd'hui, ils saignent déjà tous les deux !
LES BUVEURS
Ils saignent déjà tous les deux?
LA VIEILLE FEMME
Il y a déjà du sang sur les murs !
LES UNS
Il y a déjà du sang sur les murs ?
LES AUTRES
Allons voir ! Où sont-ils ?
LA VIEILLE FEMME
Derrière * l Etoile d'or », on peut les voir d'ici.
LES BUVEURS
On peut les voir d'ici? — avec de grands
couteaux de cuisine ? — comme ils doivent saigner ! — Attention, le prince !
Ils rentrent tous dans l'auberge du « Lion bleu »,
entraînant la vieille femme qui crie et se débat. — Entrent le
prince Hjalmar et Angus.
MALEINE, A la Nourrice.
LA NOURRICE
Cachez-vous !
Elles sortent.
ANGUS
Avez-vous vu cette petite paysanne ?
HJALMAR.
Entrevue... entrevue...
ANGUS
Elle est étrange.
HJALMAR.
Je ne l'aime pas.
ANGUS
Moi, je la trouve admirable; et je vais en parler à la princesse Uglyane. Il lui faut une suivante. Oh, comme vous êtes pâle ?
eo LA PRINCESSE MALEINE '
HJALMAR.
Je suis pâle ?
AN G us.
Extraordinairement pâle ! Êtes-vous malade ?
HJALMAR.
Non ; c'est cette journée d'automne si étrangement chaude ; j'ai cru vivre tout le jour dans une salle pleine de fiévreux ; et maintenant, cette nuit froide comme une cave ! Je ne suis pas sorti du château aujourd'hui et cette humidité du soir m'a saisi dans l'avenue.
ANGUS
Prenez garde ! Il y a beaucoup de malades au village.
HJALMAR.
Oui, ce sont les marais ; et voilà que je suis au milieu des marais, moi aussi !
ANGUS
Quoi?
HJALMAR.
J'ai entrevu aujourd'hui les flammes de
péchés auxquels je n'ose pas encore donner un nom!
ANGUS
Je ne comprends pas.
• HJALMAR.
Je n'ai pas compris non plus certains mots de la reine Anne, mais j'ai peur de comprendre !
Mais qu'est-il arrivé ?
HJALMAR.
Peu de chose ; mais j'ai peur de ce que je verrai de l'autre côté de mes noces... Oh ! oh ! regardez donc, Angus !
Ici l'on voit le Roi et la reine Anne qui s'embrassent à une fenêtre du château.
Attention ! ne regardez pas, ils vont nous voir.
HJALMAR.
Non, nous sommes dans l'obscurité et leur chambre est éclairée. Mais voyez donc comme le ciel devient rouge au-dessus du château !
ANGUS
Il y aura une tempête demain.
HJALMAR.
Elle ne l'aime pas cependant...
ANGUS
Allons-nous-en !
HJALMAR.
Je n'ose plus regarder ce ciel-là ; et Dieu sait quelles couleurs il a pris au-dessus de nous aujourd'hui ! Vous ne savez pas ce que j'ai entrevu cette après-midi dans ce château que je crois vénéneux, et où les mains de la reine Anne m'ont mis en sueur plus que ce soleil de septembre sur les murs !
ANGUS
Mais qu'est-il donc arrivé ?
N'en parlons plus ! — où est-elle cette petite paysanne ?
Cris dans l'auberge du " Lion bleu >'■ ANGUS.
Qu'est-ce que c'est?
HJALMAR.
Je ne sais; il y a eu toute l'après-midi une
étrange agitation dans le village. Allons-nous-en, vous comprendrez un jour ce que j'ai dit.
Ils sortent.
UN BUVEUR, ouvrant la porte de l'auberge.
Il est parti !
TOUS LES BUVEURS, sur le seuil.
Il est parti ? — Maintenant nous pouvons voir ! — Comme ils doivent saigner ! — Ils sont peut-être morts !
ils sortent tous.