‹ La Princesse MaleineChapitre 27 sur 35 · VOIX · texte numérisé non relu

VOIX

dans le corridor.

De profundis clanuwi ad te, Domine ; Domine, exaudi vocem meam !

ANNE

Ce sont les sept béguines qui vont à la chapelle.

VOIX. Dans le corridor.

Fiant auras lux intendentes, in vocem deprecationis meœ!

Le Roi laisse tomber le verre et la carafe.

ANNE

Qu'avez-vous fait ?

LE ROI

Ce n'est pas ma faute...

ANNE

Elles auront entendu le bruit. Elles vont entrer...

VOIX s'éloignant dans le corridor.

Si iniquitates observaveris, Domine : Domine, quis sustinebit ?

ANNE

Elles sont passées; elles vont à la chapelle.

LE ROI

Je veux m'en aller ! Je veux m'en aller ! Je veux aller avec elles ! Ouvrez-moi la porte !

Il va vers la porte.

ANNE

le retenant.

Qu'est-ce que vous faites ? Où allez-vous ? Vous devenez fou ?

LE ROI

Je veux aller avec elles ! Elles sont déjà sur la pelouse... Elles vont au bord de l'étang... Il y a du vent ; il pleut ; il y a de l'eau; il y a de l'air! — Si du moins vous l'aviez fait mourir en plein air ! Mais ici dans une petite chambre ! Dans une pauvre petite chambre ! — Je vais ouvrir les fenêtres...

ANNE

Mais il tonne ! Vous devenez fou ? J'aurais mieux fait de venir seule...

LE ROI

Oui ! oui !

ANNE

Vous vous en seriez lavé les mains, n'est-ce pas ? Mais maintenant...

LE ROI

Je ne l'ai pas tuée ! Je n'y ai pas touché ! C'est vous qui l'avez tuée ! C'est vous ! c'est vous ! c'est vous !

ANNE

Bien, bien; taisez-vous. — Nous verrons après. Mais ne criez pas ainsi.

Ne dites plus que c'est moi ou je vous tue aussi ! C'est vous ! c'est vous !

ANNE

Mais ne criez pas comme un possédé! On va vous entendre au bout du corridor.

LE ROI

On m'a entendu ?

On frappe à la porte.

ANNE

On frappe ! Ne bougez pas !

On frappe.

LE ROI

Que va-t-il arriver ? Que va-t-il arriver maintenant ?

On frappe.

ANNE

Éteignez la lumière.

LE ROI

Oh!

ANNE

Je vous dis d'éteindre la lumière.

LE ROI

Non.

Je réteindrai moi-même.

Elle éteint la lumière. On frappe.

LA NOURRICE, dans le corridor.

Maleine ! Maleine !

ANNE

dans la chambre.

C'est la nourrice...

LE ROI

Oh ! oh ! la nourrice ! la bonne, la bonne nourrice ! Je veux voir la nourrice ! Ouvrons ! Ouvrons !

ANNE

Mais taisez-vous donc; pour Dieu, taisezvous !

LA NOURRICE

dans le corridor.

Maleine ! Maleine ! Est-ce que vous dormez ?

LE ROI

dans la chambre.

Oui ; oui; oui; oh !

ANNE

Taisez-vous.

dans le corridor.

Maleine... ma pauvre petite Maleine... Vous ne répondez plus ? Vous ne voulez plus me répondre? — Je crois qu'elle dort profondément.

LE ROI, dans la chambre.

Oh ! oh ! profondément !

On frappe.

ANNE

Taisez-vous!

LA NOURRICE

dans le corridor.

Maleine! — Ma pauvre petite Maleine ! Je vous apporte de beaux raisins blancs et un peu de bouillon. Ils disent que vous ne pouvez pas manger ; mais je sais que vous êtes très faible ;

J74 LA PRINCESSE MALEIHE - —

je sais bien que vous avez faim. — Maleine, Maleine ! Ouvrez-moi !

LE ROI

dans la chambre.

Oh ! oh ! oh !

ANNE

Ne pleurez pas ! elle s'en ira.

dans le corridor.

Mon Dieu ! voilà Hjalmar qui arrive avec le petit Allan. Il va voir que je lui apporte des fruits. Je vais les cacher sous ma mante.

LE ROI

dans la chambre.

Hjalmar arrive !

ANNE

Oui.

LE ROI

Et le petit Allan...

ANNE

Je sais bien ; taisez-vous..

HJALMAR, dans le corridor.

Qui est là ?

LA NOURRICE

C'est moi, Seigneur.

HJALMAR.

Ah ! c'est vous, nourrice. Il fait si noir dans ce corridor... Je ne vous reconnaissais pas. Que faites-vous ici ?

J'allais à la cuisine; et j'ai vu le chien devant la porte...

HJALMAR.

Ah ! c'est Pluton ! — Ici Pluton !

ANNE

dans la chambre.

C'était le chien !

LE ROI

Quoi?

ANNE

C'était le chien qui grattait...

LA NOURRICE, dans le corridor.

Il était dans la chambre de Maleine. Je ne sais pas comment il est sorti...

HJALMAR.

Elle n'est plus dans sa chambre ?

LA NOURRICE

Je ne sais; elle ne répond pas.

HJALMAR.

Elle dort.

LA NOURRICE

Il ne veut pas s'éloigner de la porte.

Laissez-le; les chiens ont d'étranges idées. Mais quelle tempête, nourrice ! quelle tempête !...

LA NOURRICE

Et le petit Allan n'est pas encore couché ?

HJALMAR.

Il cherche sa mère ; il ne trouve plus sa mère.

LE PETIT ALLAN

Petite mère est pe-erdue !

HJALMAR.

Il veut absolument la voir avant de s'endormir. Vous ne savez pas où elle est?

LA NOURRICE

Non.

LE PETIT ALLAN

Petite mère est pe-erdue !

HJALMAR,

dans le corridor.

On ne la trouve plus.

LE PETIT ALLAN

Petite mère est pe-erdue ! pe-erdue ! pe-erdue ! oh ! oh ! oh !

dans la chambre.

Oh!

ANNE

Il sanglote !

LA NOURRICE

dans le corridor.

Voyons, ne pleure pas; voici ta balle. Je Tai trouvée dans le jardin.

LE PETIT ALLAN

Ah! ah! ah!

On entend des coups sourds contre la porte.

LE ROI

dans la chambre.

Écoutez! Écoutez!

ANNE

C'est le petit Allan qui joue à la balle contre la porte !

LE ROI

Ils vont entrer. — Je vais la fermer !

ANNE

Elle est fermée.

allant à la porte.

Les verrous ! les verrous !

ANNE

Doucement, doucement !

H J A L M A R , dans le corridor.

Mais pourquoi le chien renifle-t-il ainsi sous la porte?

LA NOURRICE

Il voudrait entrer; il est toujours près de Maleine.

HJALMAR.

Croyez-vous qu'elle puisse sortir demain ?

LA NOURRICE

Oui, oui. Elle est guérie. — Eh bien, Allan, que fais-tu là ! — Tu ne joues plus ? Tu écoutes aux portes ! Fi ! le vilain petit qui écoute aux portes !

LE PETIT ALLAN

Il y a un petit ga-arçon derrière la porte !...

Que dit-il ?

dans la chambre.

HJALMAR, dans le corridor.

Il ne faut jamais écouter aux portes. Il arrive malheur quand on écoute aux portes.

LE PETIT ALLAN

Il y a un petit ga-arçon derrière la porte.

ANNE, dans la chambre.

Il vous a entendu !

LE ROI

Oui! oui! Je crois que oui !

ANNE

Il entend votre cœur ou vos dents !

LE ROI

On entend mes dents ?

ANNE

Je les entends jusqu'ici ! Fermez la bouche !

LE ROI

Moi?

ANNE

Mais ne vous couchez pas contre la porte! Allez-vous-en !

LE ROI

Où? Où?

ANNE

Ici! Ici!

LE PETIT ALLAN, dans le corridor.

Il y a un petit ga-arçon derrière la porte.

HJALMAR.

Viens ; tu as sommeil.

LA NOURRICE

Viens ; c'est un méchant petit garçon.

LE PETIT ALLAN

Je veux voir le petit ga-arçon ! . . .

LA NOURRICE

Oui, tu le verras demain. Viens, nous allons chercher petite mère. Ne pleure pas, viens !

LE PETIT ALLAN

Je veux voir le petit ga-arçon ! oh ! oh ! Je dirai à petite mère ! oh ! oh !

LA NOURRICE

Et moi, je dirai à petite mère que tu as éveillé Maleine. Viens, Maleine est malade.

LE PETIT ALLAN

Ma-aleine est plus ma-alade.

LA NOURRICE

Viens; tu vas éveiller Maleine.

LE PETIT ALLAN, s'éloignant.

Non, non, j'éveillerai pas Ma-aleine ! j'éveillerai pas Ma-aleine !

ANNE, dans la chambre.

Ils sont partis ?

LE ROI

Oui ! oui ! Allons-nous-en. Je vais ouvrir la porte ! la clef! la clef! où est la clef !

ANNE

Ici. — Attendez un peu. — Nous allons la porter sur son lit.

LE ROI

Qui?

ANNE

Elle...

LE ROI

Je n'y touche plus!

Mais on verra qu'on Ta étranglée ! Aidezmoi!

LE ROI

Je n'y touche plus! Venez ! venez ! venez !

ANNE

Aidez-moi à ôter le lacet !

LE ROI

Venez ! venez !

ANNE

Je ne puis pas ôter le lacet! un couteau! un couteau !

LE ROI

Oh ! qu'est-ce qu'elle a autour du cou? Qu'estce qui brille autour de son cou? Venez avec moi ! venez avec moi !

ANNE

Mais ce n'est rien ! C'est un collier de rubis ! votre couteau !

LE ROI

Je n'y touche plus ! je n'y touche plus, vous dis-je ! Mais le bon Dieu serait à genoux devant moi!... je le renverserais! je le renverserais! Je n'y touche plus ! Oh ! il y a !.. , Il y a ici !.. .

ANNE

Quoi? quoi?

Il y a ici!... Oh! oh! oh!

Il ouvre la porte en tâtonnant et s'enfuit.

ANNE

OÙ est-ii? Il s'est enfui... Qu'a-t-il vu?... Je ne vois rien... Il chancelle le long des murs du corridor... Il tombe au bout du corridor... — Je ne reste pas seule ici.

Elle sort.

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