‹ La Princesse MaleineChapitre 35 sur 35 · UNE DAME · texte numérisé non relu

UNE DAME

— s'évanouissant. —

Oh! oh! oh! '

LA NOURRICE

Aidez-moi à soulever Maleine! Aidez-moi! mon Dieu, mon Dieu, aidez-moi donc!

LE DOMESTIQUE

Elle ne pèse pas plus qu'un oiseau!

On entend de grands cris dans le corridor.

LE ROI, dans le corridor.

Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! Ils l'ont vu ! ils Tont vu ! Je viens ! je viens ! je viens !

ANNE

dans le corridor.

Arrêtez ! arrêtez ! Vous êtes fou !

LE ROI

Venez ! venez ! Avec moi ! avec moi ! Mordez ! mordez! mordez!

Entre le Roi entraînant la reine Anne.

Elle et moi ! Je préfère le dire à la fin ! Nous Tavons fait à deux!

ANNE

Il est fou! Aidez-moi!

LE ROI

Non, je ne suis pas fou! Elle a tué IMaleine.

ANNE

Il est fou ! Emmenez-le ! Il me fait mal ! Il arrivera malheur!

LE ROI

C'est elle! c'est elle! Et moi! moi! moi! j'y étais aussi!...

HJALMAR.

Quoi? quoi?

LE ROI

Elle l'a étranglée ! Ainsi ! ainsi ! Voyez ! voyez ! voyez ! On frappait aux fenêtres ! Ah ! ah ! ah ! ah! ah! Je vois là son manteau rouge sur Haleine ! Voyez ! voyez ! voyez !

HJALMAR.

Comment ce manteau rouge est-il ici ?

Mais qu'est-il arrivé?

HJALMAR.

Comment ce manteau rouge est-il ici ?

ANNE

Mais vous voyez bien qu'il est fou!...

HJALMAR.

Répondez-moi! comment est-il ici?...

ANNE

Est-ce que c'est le mien ?

HJALMAR.

Oui, le vôtre ! le vôtre ! le vôtre ! le vôtre !

ANNE

Lâchez-moi donc ! Vous me faites mal!

HJALMAR.

Comment est-il ici? ici? ici? — Vous l'avez?...

ANNE

Et après?..,

HJALMAR.

Oh! la putain! putain! putain! monstru... monstrueuse putain!... Voilà! voilà! voilà! voilà ! voilà !

Il la frappe de plusieurs coups de poignard.

Oh ! oh ! oh !

— Elle meurt. — LES UNS.

Il a frappé la reine!

LES AUTRES

Arrêtez-le!

HJALMAR.

Vous empoisonnerez les corbeaux et les vers.

TOUS

Elle est morte !

ANGUS

Hjalmar! Hjalmar!

HJALMAR.

Allez-vous-en! Voilà! voilà! voilà.

Il se frappe de son poignard.

Maleine ! Maleine ! Maleine ! — Oh ! mon père ! mon père.

— Il tombe. — LE ROI.

Ah! ah! ah!

HJALMAR.

Maleine! Maleine! Donnez-moi, donnez-moi sa petite main. — Oh ! oh ! ouvrez les fenêtres ! Oui! oui! oh ! oh!

Il meurt.

LA NOURRICE

Un mouchoir! un mouchoir! Il va mourir!

ANGUS

Il est mort!

LA NOURRICE

Soulevez-le! Le sang l'étouffé!

UN SEIGNEUR

Il est mort !

LE ROI

Oh! oh! oh! Je n'avais plus pleuré depuis le déluge! Mais maintenant je suis dans l'enfer jusqu'aux yeux ! Mais regardez leurs yeux ! Ils vont sauter sur moi comme des grenouilles!

ANGUS

Il est fou.

LE ROI

Non, non, mais j'ai perdu courage!... Ah! c'est à faire pleurer les pavés de l'enfer!...

ANGUS

Emmenez-le, il ne peut plus voir cela!...

Non, non, laissez-moi ; — je n'ose plus rester seul... où donc est labelle reine Anne? — Anne!... — Anne!... — Elle est toute tordue!... — Je ne l'aime plus du tout!... Mon Dieu! qu'on a l'air pauvre quand on est mort!... Je ne voudrais plus l'embrasser maintenant!... Mettez quelque chose sur elle.

LA NOURRICE

Et sur Maleine aussi... Maleine ! Maleine... oh! oh! oh!

LE ROI

Je n'embrasserai plus personne dans ma vie, depuis que j'ai vu tout ceci!... Où donc est notre pauvre petite Maleine ?

Il prend la main de Maleine.

Ah ! elle est froide comme un ver de terre ! — Elle descendait comme un ange dans mes bras... Mais c'est le vent qui l'a tuée!

ANGUS

Emmenons-le! pour Dieu, emmenons-le!

LA NOURRICE

Oui! oui!

UN SEIGNEUR

Attendons un instant!

LE ROI

Avez-vous des plumes noires? Il faudrait des plumes noires pour savoir si la reine vit en-

« ACTE CINaUltME - — 241

core... C'était une belle femme, vous savez! — Entendez-vous mes dents?

Le petit jour entre dans la chambre.

TOUS

Quoi?

LE ROI

Entendez-vous mes dents?

LA NOURRICE

Ce sont les cloches, Seigneur...

LE ROI

Mais, c'est mon cœur alors!... Ah! je les aimais bien tous les trois, voyez-vous! — Je voudrais boire un peu...

LA NOURRICE, apportant un verre d'eau.

Voici de l'eau.

LE ROI

Merci.

Il boit avidement.

LA NOURRICE

Ne buvez pas ainsi... Vous êtes en sueur.

J'ai si soif!

LA NOURRICE

Venez, mon pauvre Seigneur! Je vais essuyer votre front.

LE ROI

Oui. — Aïe! vous m'avez fait mal! Je suis tombé dans le corridor... j'ai eu peur!

LA NOURRICE

Venez, venez. Allons-nous-en.

LE ROI

Ils vont avoir froid sur les dalles... — Elle a crié « Maman! w et puis, -« oh! oh! oh! >»^ — C'est dommage, n'est-ce pas? Une pauvre petite fille... mais c'est le vent... Oh! n'ouvrez jamais les fenêtres! — Il faut que ce soit le vent... Il y avait des vautours aveugles dans le vent cette nuit ! — Mais ne laissez pas traîner ses petites mains sur les dalles... Vous allez marcher sur ses mains! — Oh! oh! prenez garde !

LA NOURRICE

Venez, venez. Il faut se mettre au lit. Il est temps. Venez, venez.

LE ROI

Oui, oui, oui, il fait trop chaud ici. Éteignez les lumières; nous allons au jardin; il fera frais sur la pelouse, après la pluie! J'ai besoin d'un peu de repos... Oh! voilà le soleil!

Le soleil entre dans la chambre.

Venez, venez; nous allons au jardin.

LE ROI

Mais il faut enfermer le petit Allan! Je ne veux plus qu'il vienne m'épouvanter!

LA NOURRICE

Oui, oui, nous l'enfermerons. Venez, venez.

LE ROI

Avez-vous la clef?

LA NOURRICE

Oui, venez.

LE ROI

Oui, aidez-moi... J'ai un peu de peine à marcher... Je suis un pauvre petit vieux... Les jambes ne vont plus... Mais la tête est solide...

S'appuyant sur la Nourrice.

Je ne vous fais pas mal?

LA NOURRICE

Non, non, appuyez hardiment.

LE ROI

Il ne faut pas m'en vouloir, n'est-ce pas? Moi qui suis le plus vieux, j'ai du mal à mourir... Voilà! voilà! à présent c'est fini! Je suis heureux que ce soit fini; car j'avais tout le monde sur le cœur.

LA NOURRICE

Venez, mon pauvre Seigneur.

LE ROI

Mon Dieu ! mon Dieu ! elle attend à présent sur les quais de l'enfer !

LA NOURRICE

Venez ! venez !

LE ROI

Y a-t-il quelqu'un ici qui ait peur de la malédiction des morts?

ANGUS

Oui, Sire, moi...

LE ROI

Eh bien! fermez les yeux alors et allons-nousen !

LA NOURRICE

Oui, oui, venez, venez.

LE ROI

Je viens, je viens! Oh! oh! comme je vais être seul maintenant!... — Et me voilà dans le malheur jusqu'aux oreilles! — A soixante-dixsept ans! Où donc êtes-vous?

Ici, ici.

LE ROI

Vous ne m'en voudrez pas? — Nous allons déjeuner; y aura-t-il de la salade? — Je voudrais un peu de salade...

LA NOURRICE

Oui, oui, il y en aura.

LE ROI

Je ne sais pas pourquoi, je suis un peu triste aujourd'hui. — Mon Dieu! mon Dieu! que les morts ont donc l'air malheureux!...

Il sort avec la Nourrice.

Encore une nuit pareille et nous serons tout blancs!

Ils sortent tous,

à l'exception des Sept Béguines, qui entonnent

le '< Miserere ». en transportant les cadavres sur le lit.

Les cloches se taisent. On entend les rossignols

au dehors. Un coq saute sur l'appui

de la fenêtre et chante.

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