‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 102 sur 172 · ÉPISODE DE JEAN DE DOURS A VERBERIE · texte numérisé non relu

ÉPISODE DE JEAN DE DOURS A VERBERIE

Valois ; il avait l’espoir qu’en le voyant ainsi déboucher sur l’autre rive, la garnison de Compïègne tenterait une sortie semblable à celle de Jeanne d’Arc, mais il n’en fut rien : le général anglais continua alors sa route, et « après avoir endommagé avec son artillerie les murailles de Crépy 1 » sans toutefois pouvoir les abattre, il marcha sur Saintines qui ne tarda pas à se rendre.

« A l’issue de cette expédition, raconte Carlier, le comte de Huntington prit le chemin de Verberie dans le dessein de passer quelques jours au château. Ce lieu et le château même ouverts de toutes parts, surtout du côté de Saintines, ne devoit naturellement lui opposer aucune résistance. L’étonnement du comte fut fort grand lorsqu’on lui annonça qu’un particulier du lieu, nommé Jean de Dours, avait fortifié le cimetière de la paroisse du château, et qu’il y demeuroit retranché avec un corps composé de gens de ce même lieu qu’il avoit armés et dressés aux opérations militaires. Le comte fut bientôt témoin de ce qu’on lui apprenoit. Il fit sommer le capitaine de quitter son poste et de se rendre avec ses gens. Dours fit réponse qu’il tiendrait tant qu’il pourroit et qu’il défendroit le domaine du Roi. Le comte fait livrer un assaut, Dours le soutient avec beaucoup de fierté et repousse les ennemis. Le comte fait venir promptement de Saintines quelques pièces d’artillerie afin de réduire ce capitaine opiniâtre. Le poste qui avait tenu contre un assaut ne put résister au feu du canon. Dours qui

r. La Collégiale de Saint-Thomas le martyr des Crépy. — ■ Sentis, 1884, p. 48.

242 la PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.

ne s’attendait pas à ce traitement, offrit de se rendre avec sa troupe ; on ne l’écouta point : ce que voyant, il se retira du cimetière dans la chapelle de Charlemagne avec ses gens. L’artillerie du comte était d’un calibre des plus forts qu’on eût encore vu. Il foudroya la partie septentrionale de la chapelle que Monstrelet nomme l’église de la ville, et mit à découvert toute la troupe des braves, qui enfin se rendirent à discrétion. Le général anglois fit pendre Jean de Doürs, en punition de sa témérité, et de son imprudence, d’exposer ses compatriotes à un danger évident *. » Quant à ses compagnons, ils furent faits prisonniers et rançonnés. « Et après, ajoute Monstrelet, s’en retourna ledit comte, a tout aulcunes proyes, (avec quelque butin), en son logis devant Compiengne. »

Cependant, malgré leur courage et leur ferme volonté de lutter jusqu’à la dernière extrémité, les habitants de cette ville ne voyaient pas sans une vive appréhension le danger qui les menaçait.

Déjà, bien avant la prise du boulevard du pont, ils avaient, on se le rappelle, envoyé le 26 mai, un messager à Jargeau, pour demander au roi de venir à leur secours, et le 5 juin (lundi de la Pentecôte), on avait fait, sur la délibération des gens d’église et des officiers du roi, une procession générale, torches allumées, pour le bien de la paix.

Deux jours après, le messager rapportait de Jargeau la réponse qu’on connaît. Mais cette réponse ne parait pas avoir calmé l’impatience des attournés , car

Page 1