‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 101 sur 172 · CONSTRUCTION D’UNE SECONDE BASTILLE · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION D’UNE SECONDE BASTILLE

Jusque-là, comme on vient de le voir, les ennemis n’occupaient que la rive droite de l’Oise, et les Compiégnois pouvaient assez facilement se ravitailler par la rive gauche, mais les choses vont bientôt changer de face et la position de la ville va devenir de plus en plus critique.

Ainsi, une fois maître du boulevard, le duc de Bourgogne songea à s’assurer de certaines positions sur la rive gauche de l’Oise, afin d’interrompre les communications avec la ville et au besoin, d’attaquer Compiègne sur plusieurs points à la fois.

Ce n’est pas, en effet, un des côtés les moins curieux de l’histoire du siège de 1430, que de voir un commandant en chef qui disposait d’un effectif d’au moins quatre mille hommes, rester pendant deux mois consécutifs en face de la ville pour s’emparer d’un simple bastion, alors que si, dès le début des hostilités, il avait divisé son armée en deux parties, et que l’une d’elles se fut installée sur la rive gauche, la place, inquiétée en deux endroits à la fois., n’aurait pu se ravitailler ni recevoir de renforts, et aurait infailliblement succombé ; mais on était loin au xv e siècle de posséder la science stratégique de nos jours, et les engins de guerre n’en étaient encore qu’à l’enfance de l’art.

Dès que le passage de l’Oise fut assuré par le pont

quel saint vouer qui reconforter le pust, quant ils virent leurs ennemis si aigres et si fclles (perfides) et la puissance qui estoit devant eux si fière et si redoutable, sinon qu’en vertu de leur courrage pensoient à endurer le plus longuement que pourroient en attendre que quelque secours leur pourroit venir de la partie du roy. »

Chronique de Georges Chastellain, T. II, p. 65.

i 4 0 LA PRISE DE JEANNE ü’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.

de Venette, le duc de Bourgogne donna des ordres pour la construction d’une vaste bastille sur la rive gauche de la rivière, « devant la maîtresse porte (celle de Pierrefonds) au le\ devers la forêt. » Il comptait ainsi « mectre la ville en grand destroit de famine et d’autres povretés ». Cette bastille, en effet, devait intercepter tout à la fois la route de Crépy, celle de Pierrefonds et une troisième conduisant vers Paris, le tout faisant un débouché important pour Compïègne. Elle fut installée dans le faubourg Saint- Lazare qu’on désignait alors sous le nom de Saint-Ladre , à cause de la maladrerie ou léproserie qui avait été créée à Compiégne 1 sous Louis-le-Gros.

Les fossés de cette bastille coupaient la voie et s’étendaient à droite et à gauche dans les terrains de l’ancienne propriété de Cayrol (n° 7 de la rue Saint- Lazare) et dans les chantiers qui y font face. Sa distance des remparts était, au dire de Monstrelet, « d’ung traict et demi d’arc en tirant vers la porte Pierrefonds, » c’est-à-dire à environ deux cent cinquante mètres du rempart.

Pendant qu’on travaillait ainsi à investir la place, le comte de Huntington à la tête d’un fort détachement franchissait l’Oise pour se diriger vers Crépy-en-

1 . Au moyen-âge, saint Lazare le mendiant dont parle saint Luc (ch. xvi), était désigné sous le nom de saint Ladre (lépreux) et c’est sous sa protection qu’étaient placées les maladreries ou léproseries.

On voit encore à Compïègne, au n" 25 de la rue Saint- Lazare (ancien faubourg) les restes d’une chapelle appelée jadis la Madeleine et qui avait remplacé, dit-on, celle de la Maladrerie. Elle sert aujourd’hui d’atelier de menuiserie.

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