DÉGÂTS CAUSÉS PAR LE SIEGE
De leur côté, les attournés visitèrent tous les quartiers de la ville et constatèrent les dégâts importants qu’y avait causés le bombardement des Anglo- Bourguignons. Un grand nombre d’habitations n’existaient plus.
C’était surtout dans le quartier du couvent des Jacobins que les boulets ennemis avaient fait fureur. Outre ce couvent très endommagé, presque toutes les maisons de la rue des Chevaux (aujourd’hui de Pierre d’Ailly) étaient démolies; plusieurs de celles de la rue du Pont et de la rue des Gourneaux, notamment la grange du Lendit , qui appartenait à Guillaume de Flavy, n'avaient pas eu un meilleur sort. Sur la place du Change , les hôtels de la Rose, des Rats, de la Belle dame et les logettes des changeurs avaient aussi beaucoup souffert. Il en était de même de quantité de bâtiments situés dans les rues de Saint-Antoine, du Coq-Ba{ille ( clos Basile), des Domeliers, de Pierrefonds, aux Charons (ancienne rue du Paon), de Soissons, Amisart (Saint- Jacques) où se trouvait l' hôtel d’Offémont ; et au Tour du Clos dans lequel l’habitation de Robert le Féron « qui estoit une très notable maison fut arse et détruite. » Partout ce n’était que ruine et désolation ; mais chacun se consolait en pensant qu’il avait échappé à la domination étrangère.
Quand on se fut ainsi rendu compte des conséquences matérielles du siège, à tous les points de vue, on songea à en informer Charles VII qui était à Chinon. Ce fut encore le brave attourné Pierre Crin qui se chargea de la mission. Il monta à cheval, et,
274 LA PWSE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.
escorté de Pierre le Maire et de Jean Hélart dit Petiot, il quitta Compiègne le 22 novembre 1430 pour aller vers le roi, afin de « lui dire et exposer que le siège qui longuement avoit esté devant la ville estoit levé, et aussi lui remonstrer les fraiz et despens que la dicte ville avoit eu à l’occasion du dit siège à ce qu’il pourvoit à y celle. » Ce voyage fut des plus accidentés. En effet, à peine les trois cavaliers avaient-ils atteint la route entre Crépy et Senlis, qu’ils furent destroussés et faits prisonniers par une bande de routiers ennemis qui les conduisirent dans les environs du château d’Oissery ; mais là, heureusement pour eux, la .guette (la sentinelle) de Boissy (Boissy-le-Châtel) les aperçut et donna l’alarme. La garnison du fort sortit aussitôt et délivra les pauvres voyageurs qui, dans la bagarre, perdirent les lettres dont ils étaient porteurs, ainsi que leur argent. Force leur fut donc de reprendre le chemin de Compiègne, où Pierre Crin et Hélart arrivèrent le 26 novembre. Quant à Le Maire il était resté à Senlis. Les attournés tinrent compte à Pierre Crin des quelques écus dont il avait été dépouillé, et lui remirent deux aunes de drap destinés à la sentinelle de Boissy, puis il repartit le I er décembre suivant et arriva le 12 du même mois à Chinon, où il retrouva son compagnon Le Maire. Tous deux alors se présentèrent le jour même devant le roi, lui racontèrent dans quelles circonstances le siège de Compiègne avait été levé, et lui recommandèrent leur ville. Charles VII parut enchanté de cette nouvelle, et leur déclara « qu’il avoit bien la dite ville pour recommandée ». Profitant de ces excellentes dispositions, Pierre Crin sollicita