JEAN DE LUXEMBOURG VEND JEANNE AUX ANGLAIS
Aussi l’évêque de Beauvais vint-il lui-même au camp devant Compïègne, revendiquer son prétendu droit; là., il fit offrir six mille livres à Jean de Luxembourg et deux à trois cents livres pour le bâtard de Wandonne, en ajoutant que si ces derniers n’étaient pas satisfaits, le roi d’Angleterre, baillerait dix mille francs « selon le droit, usaige etcoustume de France », encore bien que la prise « dicelle femme ne soit pareille à la prise de Roy, princes et autres gens de grand état ».
Or, pendant que Jeanne d’Arc était au château de Beaurevoir, elle avait eu la bonne fortune de se concilier toutes les sympathies de la femme et de la tante du sire de Luxembourg, et ces deux généreuses âmes faisaient tous leurs efforts pour empêcher que la Pucelle ne fût livrée à ses plus cruels ennemis. Malheureusement, la dite tante vint à mourir au commencement de novembre, et quelques jours après, le 21 du même mois, malgré les supplications de sa femme, Jean de Luxembourg vendait Jeanne d’Arc à l’évêque Pierre Cauchon, moyennant dix mille livres offerts par le roi d’Angleterre. « La Normandie imposée extraordinairement solda le prix de ce honteux marché 1 » .
témoins lors de l’enquête faite en 1452 par le cardinal d’Estoutteville, en vue de la réhabilitation, on lisait à l’art. 5 . « Pierre Cauchon, évêque de Beauvais n’était pas juge compétent, et Jeanne, le mettant en cause sur ce point lui a maintes fois contesté ses titres »; mais aucune déposition ne porta spécialement sur cette incompétence.
(V. Procès de réhabilitation par Joseph Fabre, p. 278.)