‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 135 sur 172 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Accusations dirigées contre Guillaume de Flavy après la prise de Jeanne d’Arc. — Origine de ce capitaine.

Sa liaison avec La Trémoille et Régnault de Chartres. — Son mariage avec Blanche d’Aurebruche.

Son caractère et ses mœurs. — Sa conduite vis-à-vis de Jeanne d’Arc le 23 mai 1430.

Jeanne d’Arc a-t-elle été trahie et vendue par Guillaume de Flavy ?

Telle est la première question que nous avons à résoudre.

Aussitôt qu’on eut appris le résultat de la fatale sortie du 23 mai 1430, le mot de trahison circula dans toutes les bouches. On se rappelait que Jeanne avait annoncé qu’elle serait trahie et on voyait dans sa prise la confirmation de cette sorte de prédiction.

Les uns prétendirent que Guillaume de Flavy avait fait marché pour livrer la Pucelle ; les autres, et c’est la version qui s’est propagée jusqu’à nous de la part de certains historiens, soutinrent qu’il avait ordonné de baisser le pont-levis de l’avant-porte du pont pour empêcher Jeanne de rentrer, et qu’il avait ainsi facilité sa capture.

Nous nous sommes attaché plus haut à établir

288 LA PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏEGNE.

que la déclaration faite par Jeanne d’Arc elle-même dans son interrogatoire du io mars 143 1 , et surtout l’examen attentif de lieux, ne permettaient pas d’accueillir cette conclusion : mais nous avons ajouté, qu’à nos yeux, l’ancien capitaine de Compiègne n’en restait pas moins coupable, en ce sens, qu’il n’avait pas fait tout ce qu’il devait pour éviter ce déplorable évènement, et que, somme toute, sa pensée avait été d’éloigner Jeanne d’Arc n'importe à quel prix.

Il nous reste à justifier cette proposition.

Tout d’abord, voyons ce qu'était ou plutôt ce qu’avait été Guillaume de Flavy antérieurement à cette époque.

Il naquit, dit-on, à Compiègne vers 1398, d’une famille noble. « De par son père, qui était seigneur de Flavy et de Bazentin », il était, selon un document du xv e siècle 1 , « de ceux de Vaulcourtet d’autres grans seigneurs et, de par sa mère (Blanche de Nesle), il n’y avoit gaire en Picardie nobles homs que ne lui appartiengne de lignage 2 ».

Il avait cinq frères : r Jean qui épousa Jeanne d’Antoing ; 2° Charles, seigneur de Ronquerolles, qui devint capitaine de Choisyen 1459; 3 ° Louis qui, ainsi qu’on l’a vu plus haut, fut tué au siège de Compiègne ; 4 0 Hector, seigneur de Montauban 3 , cheva-

1. V. Bulletin de la Société de l’Histoire de France , 1861, p. i 7 3.

2. D’après les généalogistes les armes de la maison de Flavy étaient d’hermines à la croix de gueulle, chargée de cinq coquilles (ou quintefeuilles) d’or.

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