CHAPITRE II
Siège de Soissons. — Traité d’Arras (1414). — Nouvelle invasion des Anglais. — Bataille d’Azincourt (1415). —
Les Bourguignons s’emparent à nouveau de Compiègne (1418).
En sortant de Compiègne, Charles VI se dirigea vers Soissons, qui tenait également pour le duc de Bourgogne. La résistance y fut plus énergique encore que devant Compiègne, et, le 20 mai 1414, la place fut enlevée d’assaut, après une lutte sanglante, où Enguerrand de Bournonville fut fait prisonnier, et en plain marché decole\ devant le peuple 1 . » « Ainsi et par ceste manière, dit Monstrelet, fut la noble cité de Soissons, grande de circuite, forte de lieu et de murs, murée de grosses tours et espesses, très plantureuse de tous biens, moult honorée et solennellement de plusieurs églises et corps sains, désolée et mise à ruineuse destruccion, dont ce fut pitié et dommage 2 . »
1 Chronique anonyme du règne de Charles VI. — Enguerrand de Bournonville, que les chroniqueurs du temps appelaient la Fleur des Chevaliers, e'tait issu d’une famille célébré du Boulonnais. (V. la Notice publiée par M. Am. Piette en 1 855.)
2 T. III, p. 11 .
De Soissons, l'armée se rendit d’abord à Bapaume, puis, devant la ville d’Arras qu'elle assiégea. C’est alors que, sous l'influence du duc d'Aquitaine, intervint, le 3 o août 1414, le traité d'Arras qui mettait provisoirement fin à la lutte entre Charles VI, ou plutôt entre le parti d'Armagnac et le duc de Bourgogne.
A la suite de ce traité, le roi sortit d’Arras, passa par Péronne, Noyon, Compïègne et Senlis, où il séjourna, lui et sa suite, pendant tout le mois de septembre ; puis il arriva, le I er octobre, à l’abbaye de Saint-Denis, et de là, se rendit à Paris.
Cependant, le roi d’Angleterre Henri V, qui n’abandonnait aucune des prétentions émises originairement par Edouard III *, préparait une nouvelle invasion en France. On sait comment il débarqua à Honfleur, et comment, le 25 octobre 1415, la fleur de la noblesse française fut décimée dans la néfaste bataille d’Azincourt.
Le duc Charles d’Orléans avait été fait prisonnier, mais son parti subsistait toujours, et continuait à avoir à sa tête le comte d’Armagnac, son beau-père. Bientôt le duc d’Aquitaine mourut le 18 décembre 1415, âgé de 18 ans et le titre de dauphin passa au quatrième fils de Charles VI, Jean, duc de Touraine, qui avait épousé la fille du comte de Hainaut; ce prince succomba lui-même à Compïègne le 5 avril 14 16,
1 Édouard III était mort en i3jj, ayant pour successeur Richard II qui régna jusqu’en 1399; à cette époque, il fut déposé par Henri IV qui mourut à son tour, en 141 3, laissant le trône à Henri V.