‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 21 sur 172 · ENTRÉE DE CHARLES VI A COMPÏÈGNE LE 7 MAI I · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE CHARLES VI A COMPÏÈGNE LE 7 MAI I

n’avaient point usurpé la ville de Compïègne, mais qu’ils s’y étaient établis en vertu d'un ordre royal, dont il avait sur lui la copie, partant, que c'était à la demande de Monsieur le duc de Bourgogne, qu'il en avait été nommé le gardien et le défenseur, et que jusqu’à ce jour ils l’avaient Conservée au roi et à Monsieur le duc de Guienne (Aquitaine), sans y causer le moindre dommage. « Pourquoi donc, lui dit alors le chancelier de France, ne leur avez-vous point ouvert vos portes, quand ils vous l'ordonnaient? » Il répondit, sans s’émouvoir et sans hésiter, qu’il s'était conformé aux instructions du duc de Bourgogne, qui devait bientôt venir lui-même avec une brillante escorte leur offrir ses hommages, leur donner sur toutes choses des explications satisfaisantes, qu’en attendant, le dit duc priait le roi de l’avoir pour recommandé comme son bien-aimé cousin, et de se souvenir de tous les services qu’il lui avait rendus jadis. Ce langage déplut fort au roi qui les renvoya en les invitant à suivre une autre ligne de conduite 1 . »

Enfin au bout de quatre jours de pourparlers, au grand mécontentement des troupes qui voulaient l'assaut, et surtout des Gascons et des Allemands que le comte d' Armagnac avait amenés, et qui ne rêvaient que pillage, les assiégés « finirent par se jeter aux pieds du roi et lui demandèrent humblement et à mains jointes, pardon de leurs fautes. » Charles VI y consentit; il fit grâce à tous les habitants, et il fut convenu que le lundi 7 mai 1414,

1 Chronique du Religieux de Saint-Denis , T. V, p. 3o8.

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toute la garnison enfermée dans la ville, se rendrait avec armes et bagages au camp du roi, et qu'après avoir défilé devant ce prince, et lui avoir juré obéissance en toutes choses, elle s'éloignerait librement. Le même jour, le roi entrait dans sa bonne ville de Compïègne qui était « fort endommagée » et y séjournait aucun espace de temps 1 . Quant aux Bourguignons ils se dirigèrent vers l'Artois.

Le io mai, Charles VI quitta la ville, mais avant de partir, il s'était fait rendre compte de l'état des esprits des habitants et il avait appris que, pendant le siège, les bourgeois s'étaient toujours montrés disposés à faire amende honorable, tandis que le commun peuple, comme on l'appelait alors, s'y était opposé. Pour éviter le retour d'une pareille division, le roi signa à Compiègne, le jour même de son départ, des lettres-patentes par lesquelles il donnait pouvoir aux gouverneurs et attournés, d'appeler avec eux, douze des notables bourgeois de la ville, de s'assembler dans le lieu accoutumé, et de délibérer sur leurs affaires, sans être tenus de convoquer le commun peuple « à cause des dommages irréparables qui étoient naguère advenus au royaume par les assemblées des gens du commun peuple de Compiègne , qui n'ont pas eu ni n’ont sens, ne entendement 2 . »

Ainsi se termina ce premier siège de Compiègne qui ne dura pas moins de six semaines.

1 Monstrelet, T. III, p. 4.

2 A rch . de Compiègne. BB. 35 . — Ordonn. des rois de France. T. X, p. 21 1, et Pellassy de l’Ousle ( Hist . du Palais de Compiègne , p. 322 .)

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