A LA MÉMOIRE
DE
JEANNE D’ARC
AVANT-PROPOS
Depuis une vingtaine d’années , sous l’influence d’idées religieuses , et en même temps de sentiments patriotiques réveillés principalement par les terribles évènements de 1870, le nom de Jeanne d’Arc est sur toutes les lèvres.
Sans parler de la ville d’Orléans qui, à dater du 8 mai 142g , lui a voué une reconnaissance éternelle, dont elle ne s’est jamais départie , toutes les localités auxquelles se rattache le souvenir de l’héroïne: Paris , Rouen, Compiègne , Neufchâteau, Domrémy, et d’autres encore , lui ont élevé des statues ; et, en ce moment même , Reims , la ville du sacre de Charles VII, lui en prépare une digne d’elle. De plus , chaque jour, une publication nouvelle vient augmenter les milliers d’écrits consacrés à sa mémoire .
1 . M. Lanéry d’Arc, avocat à la Cour d'appel d'Aix , qui a l'insigne honneur d’appartenir, par sa mère, à la famille d'Arc, a publié l'année dernière à la librairie Léon Techener , une Bibliographie des ouvrages relatifs à Jeanne d'Arc, contenant plus de dou\e cents articles. C'est le travail, de ce genre , le plus complet que nous connaissions. Il serait à désirer qu'il eût comme pendant, un Répertoire iconographique de même nature.
AVANT-PROPOS
Moi aussi , qui suis un fervent dévot de Jeanne la Lorraine 1 * * 4 , j’ai subi cet entraînement qui honore tout à la fois celle qui en est l'objet, et la nation qui s’y associe dans d’aussi larges proportions.
La prise de Jeanne d’ Arc est un des plus douloureux épisodes de la guerre de Cent Ans, et les circonstances dans lesquelles elle s’est produite restent encore enveloppées d’une ombre quelque peu mystérieuse.
Or le siège de Compiègne, en 1430 , se lie d’une façon si étroite à cette catastrophe, nationale, qu’il m’a paru intéressant d’en relever les phases diverses et de le rattacher à ceux qui l’ont précédé sous le règne de Charles VI. De cette façon, on pourra juger facilement l’ensemble des évènements , et en apprécier plus justement les causes.
Au point de vue de l'histoire générale, je n’apporte malheureusement rien qui ne soit déjà connu. Tout a été dit, et bien dit, sur cette époque néfaste; mais les documents de toute nature puisés dans les Archives de la ville de Compiègne, m’ont permis de rectifier certains détails à propos desquels les Chroniqueurs anciens et certains écrivains modernes ont commis de nombreuses erreurs. Fidèle d’ailleurs à ma devise : « Semper et ubique veritas, » je n’ai voulu avancer aucun fait matériel sans en administrer la preuve ; quant à mes appréciations
1 . C’est ainsi que se qualifiait Gambetta , dans un discours
qu'il prononça en 1878, au Cirque Américain , à la suite d’une
conférence de M.Spuller. (F. Procès de réhabilitation de Jeanne
d’ Arc, par J. Fabre, T. II, p. 244.)
AVANT-PROPOS
personnelles, elles sont le résultat de la conviction profonde qui m’anime, mais je n’entends aucunement les imposer à qui que ce soit.
Dans un article récemment publié par la Grande Revue*, M. Paul Marin, après avoir rendu hommage au génie militaire de Jeanne d’Arc, notamment à l’occasion du siège de Paris (8 septembre 142g J, s’exprime ainsi: « Nos archives contiennent certainement encore des documents inédits sur cette période extraordinaire de notre histoire nationale. C’est un devoir de les mettre en lumière ; la vérité devient plus éclatante. »
C’est ce devoir, que , pour ma part, j’ai essayé d’accomplir.
Aussi bien, outre l’intérêt qui s’attache au nom seul de Jeanne d’Arc, j’ai saisi l'occasion de rendre également hommage à la mémoire des 'braves Compiégnois de 1430 qui ont si vaillamment lutté contre la domination Anglaise , et subi, pendant cinq mois entiers, les plus dures privations. A ce point de vue , les pièces inédites, dont je reproduis le texte , révèlent un côté de la vie publique au quinzième siècle , et caractérisent ainsi les mœurs du temps, ce qui ne sera pas sans profit, j’en ai le ferme espoir, pour ceux qui se livrent à l’étude des questions économiques, administratives et militaires au Moyen Age.
L'exécution du programme que je m’étais ainsi tracé, n’était pas sans présenter certaines difficultés ; le dépouillement de nombreux registres dont l’écriture
1. La Grande Revue, Paris et Saint-Pétersbourg. ( Numéro du 2 5 janvier 188g.)
AVANT-PROPOS
est souvent indéchiffrable , et la lecture de vieilles chroniques , m’imposaient, entre autres choses, une besogne aussi longue que fatigante, devant laquelle j’eusse probablement reculé, si je ne m’étais senti guidé et soutenu dans mes recherches par l’obligeance bien connue de MM. l’abbé Morel, A. de Marsy et Méressc, mes savants collègues de la Société historique de Compiègne ; je les prie donc d’agréer ici l’expression de ma bien vive reconnaissance.
J’adresse également tous mes remerciements aux artistes distingués qui ont bien voulu me prêter l’appui de leur talent, et qui, par l’exactitude et la finesse de leurs plans et dessins, ont rendu mon texte bien plus facile à comprendre.
En s’associant ainsi, avec autant de désintéressement, à cette œuvre toute patriotique, chacun d’eux a justifié une fois de plus ce qu’a dit de Jeanne d’Arc M. Du Fresne de Beaucourt, quand, en i856, il la présentait comme « une figure entourée de la double auréole de la gloire et du martyre, et devant laquelle il n’est pas de Français, il n’est même pas d’homme qui ne s’incline dans une respectueuse admiration ».
Compiègne , i er Mai 188g.
DE
JEANNE D’ARC
DEVANT COMPÏÈGNE