CHAPITRE PREMIER
Mort de Charles le Bel et de Charles V, rois de France. — Prétentions d’Édouard III, roi d’Angleterre. — Minorité de Charles VI. Situation générale. — Rivalité des ducs d’Orléans et de Bourgogne. Occupation de Compiègne par Jean sans Peur (1413).
Siège de la ville par Charles VI (1414).
Il est peu de villes en France qui aient autant souffert que celle de Compiègne au xv c siècle.
Sa proximité de Paris, sa position stratégique, les souvenirs qui se rattachaient au séjour des rois dans son enceinte, tout justifiait ce que François I er pensait d’elle quand, plus tard (7 juillet 1 525), il l’appelait : « clef de France et chambre roïalle, faisant frontière du pays de Picardie », et tout contribuait à la signaler aux ardentes compétitions des partis qui déchiraient notre malheureux pays.
Aussi, pour bien comprendre les événements dont
cette antique cité fut le théâtre sous les règnes de Charles VI et de Charles VII, alors qu'à huit reprises différentes elle changea de maître, il est indispensable de jeter un coup d’œil rapide sur ce qui s'est passé en France à la fin duxiv 0 siècle.
Chacun sait comment la mort du roi Charles IV dit le Bel, décédé en i 328 sans postérité mâle, devint le point de départ de cette longue et douloureuse période qui ensanglanta la France, sous le nom de Guerre de Cent ans.
En dépit de la loi Salique, Édouard III, roi d’Angleterre 1 , petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle, et neveu des trois derniers rois Louis X, Philippe V et Charles IV, disputait la couronne de France à son cousin Philippe de Valois.
Cette rivalité entre l’Angleterre et la France mit cette dernière à deux doigts de sa perte et enfanta successivement de i 328 à i38o : la bataille de Cassel (i 328) ; — le combat naval de l’Écluse (1340); — la première invasion de la Normandie par Édouard III, invasion suivie de ladésastreuse journée de Crécy (26 août 1346) 2 ; — le siège de Calais (1347); — la guerre
1 Édouard III, de la dynastie normande, était né en 1 3 1 2. Son père, Édouard II, qui avait épousé Isabelle de France, fut mis à mort en 1327, à la suite d’une rébellion à laquelle, dit-on, la reine avait pris part elle-même. Édouard III n’avait donc que quinze ans quand il monta sur le trône.
2 Le Père Daniel raconte dans son Histoire de France que, peu de temps avant la bataille de Crécy, un bourgeois de Compïègne, ayant eu l’insolence de dire publiquement qu’Édouard III avait plus de droits sur la couronne de France que Philippe de Valois, fut condamné à mort. « Ce châtiment aussi juste que nécessaire, ajoute l’historien, en inspirant de la