‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 36 sur 172 · RENFORTS ENVOYÉS AU SIÈGE DE SAINTINES · texte numérisé non relu

RENFORTS ENVOYÉS AU SIÈGE DE SAINTINES

et « moult nuisant à la Ville de Compiègne 1 », requierait les gouverneurs, de lui envoyer « le plus de gens de déffence qu’ils pourroient avec canons et poudres ». Le bailli de Senlis et le prévôt des marchands de Paris adressèrent également des lettres dans le même sens. Aussitôt on délibéra dans la maison de ville, et il fut décidé qu’on enverrait huit hommes de défense, autrement dits, compagnons de guerre, se trouvant sous les ordres de Messire Lancelot deFrancières, plus, deux charpentiers et deux mariniers, lesquels emmèneraient avec eux le gros canon, douze boulets, trente livres de poudre et des tampons. La petite troupe commandée par Régnault du Rû, prévôt de la Ville, se mit en marche le mardi 8 décembre 1422, à sept heures du soir, et se rendit par eau jusqu’à Verberie. Là elle apprit que le Bâtard, qui tenait le siège depuis un jour et deux nuits, se disposait déjà à partir. Aussitôt, elle se rendit auprès de lui ; le Seigneur de Thien se montra très satisfait de ce que venait de faire la ville de Compiègne, et déclara qu’il ne pouvait rester plus longtemps devant la place, mais que dans un bref délai, il y reviendrait « à belle compagnie ». Les Compiégnois s’en retournèrent alors comme ils étaient vehus, et rentrèrent le jeudi 10 décembre au matin avec le gros canon 2 .

Leur absence n’avait donc duré que deux nuits et

1 Saintines, village du canton de Crépy, est à 1 5 kilomètres de Compiègne. On voit encore le donjon de l’ancien château.

2 « Païé pour amener le gros canon de la ville, de la rivière

en la maison de la ville au retour de Saintines IV s. p. »

( Archiv . de Compiègne , CC. 10, f° 70, v°.)

une journée à raison desquelles ils reçurent une indemnité relativement importante 4 .

Quelques mois plus tard, pareille demande de renfort était adressée de la part de Jean Falstolf, grand maître d’hôtel du duc de Bedford 2 . Ce capitaine anglais assiégeait alors le château de Passy-en-Valois s, et, comme le Bâtard de Thien, il réclamait le plus de gens de guerre possibles, avec un certain nombre d’ouvriers. En même temps, Gérard Raoulin, capitaine de Pierrefonds « qui se disait commis de par le dit Mons. le grant maistre, à contraindre gens et manouvriers pour venir au dit siège », écrivait également aux gouverneurs de Compiègne d’avoir à en-

1 « Baillié et païé par la main de Andrieu Le Boucher à Régnault du Rû, prévost de la ville quifust esleu chief,XXIII s. p. à Garnot Baruel, XX s. p.; à Jehan de Molineau, XX s. p.; à Jehari Pâiebien, XX s. p. ; à Jehan de Mainevaulle, XX s. p. ; à Jehan Bricet, XX s. p. ; à Robin Thibaud canonier XXIV s. p. ; à Guillaume de Montigny, XX s. p.; tous gens de de deffence; à Jehan Hequiel et Guerbain Loste, charpentiers; à Saubinet, Manclos et Raoul Le Senssier, marinniers servantz pour conduire et mener le bâtel et le canon, à chascun des diz charpentiers et marriniers, XX s. p. Item en chair acheptée pour la provision du bâtel (XVI s. p.), lesquelles parties font ensemble XIII 1 . XIII s. p. »

( Archiv . de Compiègne . CC. io, f° 40.)

2 John Falstolf ou Falstalf était né vers 1377, à Caister- Castle, dans le Norfolkshire : il mourut le 1 5 octobre 1459, après avoir pris part à un grand nombre d’actions qui eurent lieu sous la régence du duc de Bedford dont il avait les bonnes grâces.

3 Passy-en-Valois, près de La Ferté Milon. V. dans le Bulletin de la Société archéologique de Soissons (T. VIII, 2 e sérié, p. 3 o 5 ), les détails donnés par M. l'abbé Poquet sur l’ancien château de Passy ou Pacy.

SIÈGE DU CHATEAU DE PACY (PASSY-EN-VALOIS). y 3

voyer de suite, « toutes excusations cessantes », trente maçons, charpentiers, laboureurs et manouvriers.

Mais les attournés , après une longue délibération, à laquelle prirent part plusieurs bourgeois et habitants, décidèrent « qu’on envoyroit excuser la ville devers Falstolf, afin d’estre deschargiée d’envoïer les dites gens, attendu sa grant enceinte et le peu peuple qui estoit en icelle 1 », et désignèrent pour prendre part au siège de Passy-en-Valois, Messire Lancelot de Francières avec les six compagnons de guerre à cheval : Jehan Waudin, dit Gresle ; Jehan Patin, dit Finance ; Jehan Paillavoine; Pierre Baillet; Josset Bloquel et Colin Lechangeur. Et, chose singulière ! au lieu de charger uniquement Lancelot de Francières d’expliquer à Falstolf les motifs qui les empêchaient de satisfaire entièrement à sa demande, ils envoyèrent auprès du capitaine anglais, un messager nommé Pierre Baillet, qui devait lui remettre une lettre à cet effet. La petite troupe quitta Compiègne le samedi 17 juillet 1423, mais elle revint le lendemain à minuit. Or, voici ce qui s’était passé. Aussitôt arrivé, Lancelot de Francières s’était rendu auprès de Falstolf et lui avait « monstré l’estât et la grant garde de la ville, et le peuple qui y estoit ». Le grand maître alors, « se tint pour bien content et donna congié au dit Messire Lancelot et sa Compagnie, de retourner jusqu’à ce qu’il la manderoit ». La Ville en fut pour IX livres XII sols qu’elle dût leur payer, mais il n’en fut pas de même à l’égard du messager Baillet. En effet, lorsque ce dernier pré-

* ( Archiv . de Compiègne. CC. 10, f° 42.)

senta quelques jours plus tard au Capitaine la lettre des gouverneurs, Falstolf se mit dans une véritable colère d’Anglais :

« Toutes les autres villes, s’écria-t-il, m’ont donné satisfaction; il n’y a que celle de Compïègne qui ne vient pas convenablement à mon aide. Eh bien ! tant pis pour elle, j’y pourvoirai à ses dépens. » Ceci dit, Baillet s’esquiva au plus vite, et revint à Compïègne toucher XX sols pour son voyage *.

Peu de temps après, nouvelle demande de la part de l’Anglais, « de gens armés et habillés pour aller à l’ost (armée), devant Pacy, pour ce que l’on disoit les ennemis estre sur les champs en grant nombre ; » nouvelle délibération des gouverneurs, bourgeois et habitants de Çompiègne qui, voyant que la ville « n’en poroit estre excuséé ni deschargiée », conclurent et ordonnèrent de renvoyer à Passy, Lancelot de Francières

1 « A Pierre Baillet, messager de piet pour un voyaige par lui fait en la derraine sepmaine de juillet 1423, de Compiengne à Pacy, porter une lectre close de par la dite ville à messire Jean Falstolf qui lors tenoit le siège devant le chastel du dit Pacy, touchant les excuses de la dite ville, afin d’être deschargiée d’envoyer charpentiers, massons, et manouvriers au dit siège, dont le dit grant maistre avoit escript à la dite ville, nonobstant toutes excusations, et que messire Lancelot de Francières, lieutenant de Mons. le capitaine de Compiengne y eust esté en personne paravant, accompagné de six compaignons de guerre, de par la dite ville, avec autres gentishommes qui estoient en sa compaignie, laquelle lectres le dit Baillet présenta au dit grant maistre, lequel lui respondit que toutes les autres villes lui avoient fait ayde, fors la dite ville de Compiengne et en fust mal content et n’en voulust donner autre response, fors qu’il y pourvoyroit aux

dommages de la ville XX s. p. »

(. Archiv . de Çompiègne , CC. 10, f° 44.)

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