JEANNE D’ARC SUIVAIT LA VOLONTÉ DES CAPITAINES
que je serais prise avant la Saint-Jean, et qu’ainsi fallait qu’il fût fait ; et que je ne m’en ébahisse point, mais prisse tout en gré et que Dieu m'aiderait.
« — Vos voix vous avaient-elles commandé de faire cette saillie de Compiègne et signifié en quelque manière, que vous seriez prise si vous y alliez ?
« — Si j’eusse su l’heure, et que je dusse être prise, je n’y fusse point allée volontiers. Pourtant, j’aurais fait selon le commandement de mes voix, quoi qu’il eut dû m’en advenir.
oc — Mais, quand vous sortîtes de Compiègne, n’eûtes-vous pas voix ou révélation de partir et faire cette saillie ?
oc — Ce jour-là, je ne fut point avisée de ma prise, ni je n’eus autre commandement de sortir (de la part de ses voixj. Mais toujours il m’avait été dit qu’il fallait que je fusse prisonnière. »
Or, si l’on rapproche ces diverses réponses de celle où elle a avoué que depuis ce même siège de Melun, elle s'en rapportait le plus possible du fait de guerre à la volonté des capitaines, on est amené à conclure qu’elle a dû également se conformer à leur avis pour la sortie du 23 mai. N’oublions pas d’ailleurs que déjà après son échec devant Paris, alors qu’elle voulait aller guerroyer en Normandie, elle dut, par ordre de la Trémoille, se rendre au siège de la Charité ; ce qui n’a point échappé à M. Du Fresne de Beaucourt, quand il écrit :
oc Après sa tentative infructueuse devant Paris, nous voyons la Pucelle exprimer l’intention de rester à Saint-Denis et y laisser ses armes. Dans son interro-
l88 LA PRISE DE JEANNE D’ARC DEVANT COMPÏÈGNE.
gatoire du 1 3 mars, elle dit qu’elle n’alla pas devant La Charité par le conseil de ses Voix qui s’étaient tues, mais à la requête des gens de guerre et même du roi ; à Pont-1’ Évêque ses Voix gardent le même silence....; elle ne joue qu’un rôle passif’, elle ne dirige plus, elle se résigne à suivre *.»
Ceci dit, voyons comment s’est effectuée cette funeste sortie.
On se rappelle les positions occupées par les Anglo-Bourguignons sur la rive droite de l’Oise : Le duc de Luxembourg, à Clairoix; Baudot de Noyelles, à Margny; de Montgommery, à Venette, et le duc de Bourgogne, à Coudun. Les trois premiers de ces villages étaient séparés l’un de l’autre par de vastes prairies dont une partie, comme on l’a déjà vu, appartenait à la ville de Compïègne. Du pont de cette ville au château de Margny, on avait ménagé, à cause des fréquentes inondations, une large voie garnie de pavés, qui portait le nom de Chaussée de Margny . Or, le programme des assiégés était, suivant Monstrelet « de combatre et ruer jus le logis de messire Baudo de Noyelle, qui estoit à Margny, au bout de la cauchie (chaussée) », puis de se rabattre sur Clairoix.
Ce plan était-il aussi bien conçu que l’ont pensé quelques historiens? Il est permis d’en douter. En effet, s'il ne se fût agi que d’une simple reconnaissance, on admettrait facilement, qu’avec la troupe qu’elle commandait, Jeanne d’Arc eut pu, sans trop
i. Le règne de Charles VII d’après M. Henri Martin. — Paris, 1 856, p. 74 .