PROGRAMME DE LA SORTIE DU 23 MAI
s’exposer, se rendre suffisamment compte de la situation des ennemis, et même les troubler dans les travaux qu’ils pouvaient entreprendre ; mais aller plus loin et rêver une défaite complète de leur part, c’eût été une témérité que l’esprit se refuse à admettre. Aussi bien, comme l’écrit si judicieusement M. Villiaumé : « Il n’est pas vraisemblable que la Pucelle, douée du génie de la tactique, ait songé avec cinq cents hommes, à s’emparer en plein jour de deux camps garnis de cinq mille, et d’attaquer ensuite la réserve de Coudun, qui se montait à trois mille ; à moins qu’on ne suppose qu’elle eût en un instant tué ou enchaîné les cinq mille hommes campés à Margny et à Clairoix, puisque les quatre camps ennemis pouvaient en une heure se grouper sur leur centre. Il suffit d’examiner les lieux pour s’en convaincre 1 ; ou elle voulait donc simplement faire une reconnaissance, jusque là négligée par Flavy, ou culbuter par surprise le camp de Margny, afin d’aguerrir sa troupe, et d’intimider l’ennemi au début du siège. Quant à attendre le gros des forces de Clairoix et de la vallée d’Aronde, le projet eût été tellement ridicule qu’on ne peut le supposer, même chez un capitaine d’ineptie notoire 1 . »
Peut-être cependant pourrait-on objecter, en faveur de Jeanne d’Arc que déjà elle avait tenté, lors du siège d’Orléans, des actes bien autrement audacieux, et qu’elle en était toujours sortie victorieuse.
En tout cas, marcher droit sur Margny en sem-