‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 90 sur 172 · Procès de Jeanne d’Arc, T. IV, p · texte numérisé non relu

Procès de Jeanne d’Arc, T. IV, p

2. Le mot nuit, au moyen-âge signifiait veille d’une fête. Monstrelet a donc voulu dire la veille de l'Ascension. (V. le Dictionnaire de l’ancien langage français , par Lacurne Sainte- Palaye, v° nuit.]

c’est LE 3 MAI 1430 QUE JEANNE d’aRC FUT PRISE. 217

la veille. Cette explication est, suivant nous, d’autant mieux acceptable que pour l’Église, les fêtes religieuses commencent réellement la veille du jour où elles sont indiquées par le calendrier, et que dès lors l’avant-veille peut jusqu’à un certain point, se comprendre pour une vigile.

Quant à nous, en présence de la lettre du duc de Bourgogne aux habitants de Saint-Quentin, et de la mention faite le jeudi 25 mai, par le greffier du Parlement de ce qui s’était passé le mardi précédent, il y a lieu de croire que Perceval de Cagny qui, du reste, s’est borné à consigner les souvenirs du duc d’Alençon, a dû commettre une erreur, ainsi que Monstrelet qui, bien qu’à la suite du duc de Bourgogne, n’a écrit sa chronique que quinze ans après.

Aussi, ne pensons-nous pas comme Vallet de Viriville (T. II, p. i 52 ), que la date indiquée dans la lettre du duc de Bourgogne soit le résultat de la précipitation avec laquelle cette lettre aurait été écrite. Au mois de mai, les journées sont très longues, et toute la correspondance a pu être expédiée le soir même.

A l’appui de ce raisonnement, on peut mettre également en avant les lignes ci-après, du chroniqueur anglais William Wyrcester : « Hoc anno, xxiii die mai, quœdam mulier, vocata Pucelle de Dieu, capta est ab Anglis apud villam de Compayne 1 . »

Enfin, il y a une dernière considération qui ne nous touche pas moins: c’est que, si Jeanne d’Arc avait fait sa sortie la veille au soir de l’Ascension,

i . Procès de Jeanne d’Arc, T. IV, p. 475.

2l8 la PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.

c’est-à-dire à un moment qui participait du caractère de cette grande fête religieuse, on n’eût pas manqué de le lui reprocher, comme on Ta fait dans son interrogatoire du 14 mars 1431, à propos de l’attaque de Paris qu’elle avait tentée le 8 septembre 1429, jour de la Nativité de la Vierge. Or, quand il a été question de la sortie de Compiègne, on n’a formulé contre elle aucun grief de ce genre.

Nous tenons donc pour constant que la prise de la Pucelle a eu lieu le mardi 23 mai 1430 et non le mercredi 24 1 .

A la nouvelle de cet évènement auquel bien des gens se refusèrent à croire, même beaucoup plus tard 2 , des manifestations de toute nature se produisi-

1. M. Lottin, l’auteur de Recherches sur la ville d'Orléans va beaucoup plus loin.

« Les historiens de France, dit-il, semblent s’être copiés l’un l’autre en écrivant que Jeanne d’Arc a été prise le 27 mai 1430, et ne pas avoir connu les ordonnances d’Henri VI roi d’Angleterre relatives à la Pucelle. Ces pièces donnent la preuve que cette héroïne fut prise en mars 1430 , c’est-à-dire deux mois avant l’époque indiquée par eux. »

Et à l’appui de cette critique il cite deux ordonnances, Tune du i er mars 1430, relative au procès et l’autre du 3 septembre 1430 fixant la rançon moyennant laquelle Jeanne d’Arc serait livrée parle duc de Luxembourg.

M. Lottin a commis lui-même une erreur. D’abord la première des ordonnances est du 3 janvier 1430 et non du i CP mars ; mais à cette époque, comme l’année commençait à Pâques, il s’ensuit que d’après notre calendrier, il faut lire : le 3 janvier i43i. Dès lors tout s’explique.

2. Bertrandon de La Broquière premier écuyer-tranchant du duc de Bourgogne raconte que se trouvant en voyage à Constantinople en 1433, on lui demanda s’il était vrai que la Pucelle eût été prise, car il semblait aux grecs « que c’estoit une chose impossible ». [Procès de Jeanne d ' 1 Arc, T. IV, p. 532 .)

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