‹ La prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne et l'histoire des sièges de la même ville sous Charles VI et Charles VII: d'après des documents inéditsChapitre 94 sur 172 · LE SOUVENIR DE LA PUCELLE PERPÉTUÉ A COMPIÊGNÉ · texte numérisé non relu

LE SOUVENIR DE LA PUCELLE PERPÉTUÉ A COMPIÊGNÉ

« Quand je fus tombée du haut de la tour, racontat-elle dit dans son interrogatoire du 14 mars 1431, je fus deux ou trois jours sans vouloir manger ; et même je fus tellement grevée , pour ce saut (gravata ex illo saltu in tantum), qu’il m’était impossible de manger ni boire. Toutefois, je fus réconfortée par Sainte- Catherine, qui me dit : « Confesse-toi et demande pardon à Dieu d’avoir fait ce saut. Sans faute ceux de Compïègne auront secours avant la Saint-Martin d’hiver » (et quod sine defectu illi de Compendio haberent succursum infra festum hiemale Beati Martini). « Dès lors je me mis à revenir, et commençai à manger. Tôt après, je fus guérie*. »

Si elle n’eût pas survécu à cette terrible chute, tout était fini : son incarcération au château de Beaurevoir devenait l’épilogue de cette sanglante trilogie ; mais Dieu ne l’a pas voulu, et, comme l’a écrit Michelet, dans ce style magique qui le distingue, « il fallait qu’elle souffrît. Si elle n’eût pas eu l’épreuve et la purification suprême, il serait resté sur cette sainte figure des ombres douteuses, parmi ses rayons ; elle n’eût pas été dans la mémoire des hommes la Pucelle d’Orléans*. »

1 . Procès de condamnation de Jeanne d'A rc par J oseph F abre, p. i56.

2 . Au commencement du XVI e siècle, les atlournés placèrent dans une des niches de l’Hôtel-de-Ville nouvellement construit, une statue de Jeanne d’Arc, que le temps avait fait disparaître, mais qui vient d’être re'tablie re'cemment.

A supposer que depuis cette époque le souvenir de la Pucelle ait été quelque peu négligé à Compiègne, ainsi que partout ailleurs (à l’exception d’Orléans), il vient d’y être

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de la part de notre génération, l’objet de manifestations aussi éclatantes que sympathiques.

Déjà, ainsi qu’on l’a vu plus haut (p. i 3 ), le Conseil municipal Compiégnois avait le io mars 1 858 , donné le nom de Jeanne à la rue du Vieux -Pont, qu’elle avait parcourue pour la dernière fois le 23 mai 1430. Mais jugeant avec raison que ce n’était pas suffisant, l’administration actuelle a, le 10 octobre 1880, en présence de M. Sadi Carnot qui était ministre des travaux publics, et, aux acclamations d’une foule immense accourue de toutes parts, fait élever sur la place de l’Hôtel-de- Ville, en face de ce beau monument, la statue en bronze qui représente l’héroïne marchant au secours de ses bons amys de Compiègne . Le même jour, du haut de la chaire de l’Église Saint- Jacques, Mg r Lecot, évêque de Dijon, alors curé de la paroisse de Saint-Antoine à Compiègne, payait à son tour un large tribut d’admiration à la mémoire de Jeanne d’Arc, en lui consacrant un panégyrique éloquent dont les termes aussi touchants que chaleureux ont transporté l’auditoire tout entier.

Enfin, il y a deux ans, la Société historique de Compiègne , sur notre proposition, a fait poser dans la ville deux plaques en marbre rappelant les séjours de Jeanne à Compiègne, en 1429 à Y Hôtel du Bœuf et en 1430 dans la rue de V Étoile , et elle vient de décider, dans la séance du 2 1 février dernier, qu’une troisième plaque de même nature et d’égale dimension, serait placée à l’endroit même où la Pucelle a été prise. De cette façon, tous ceux qui passeront devant ce patriotique souvenir, pourront s’écrier, comme l’honorable Maire de Compiègne en 1880 : a Honneur à celle qui, au prix de sa vie, a défendu nos vieux remparts contre l’ennemi envahisseur !

« Salut à l’immortelle libératrice de la France au quinzième siècle ! » (Voir Y Écho de l'Oise et le Progrès de VOise des 12 et 1 3 octobre 1880.)

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