PRIÈRES POUR LA DÉLIVRANCE DE JEANNE D’ARC
fait quelque service, ils ne l’ont pas fait par mon commandement. Cependant, s’ils ont prié pour moi, m’est avis que -ce n’est point mal faire. » Quelle réponse simple et touchante !
En fut-il de même à Compïègne ? Nous voudrions pouvoir l’affirmer ; mais, quoiqu’il nous en coûte, notre impartialité nous force à dire que, jusqu’ici, nous n’avons rien rencontré de semblable. Le registre des délibérations , il est vrai, nous l’avons déjà dit, a disparu ; peut-être contenait-il quelques détails sur la catastrophe; nous le souhaitons. Quant à celui des Comptes de la Ville , c’est en vain que nous l’avons feuilleté ; il ne nous a révélé aucun envoi de messages se faisant l’écho de la douleur des habitants ; aucunes prières célébrées à Saint-Corneille ; pas même le moindre vœu pour la délivrance de la pauvre captive. Et pourtant, trois jours après sa prise, le 26 mai 1430, les Attournés expédiaient des lettres à Jargeau pour demander des secours à Charles VII ; mais il n’y était nullement question de Jeanne d’Arc.
Espérons toutefois que nos ancêtres ne se sont point rendus coupables d’une pareille ingratitude vis-à-vis de celle qui s’était sacrifiée pour eux; que leur douleur a été, au moins, aussi vivement ressenti© qu’à Tours et à Orléans, et que s’ils ne lui ont pas donné une expansion aussi manifeste, c’est que Guillaume de Flavy était là pour en comprimer l’élan.
Quant à Jeanne d’Arc, son infortune, loin de lui faire oublier Compïègne, ravivait davantage encore sa sollicitude pour les habitants de cette ville. On sait comment, alors quelle avait été transférée du château
de Beaulieu 1 , dans celui de Beaurevoir 2 , elle entendit dire un jour « que ceux de Compiengne tous jusques à l’âge de sept ans dévoient estre mis à feu et à sang ; » et comment, après s’être écriée : « Dieu laissera-t-il mourir ces bonnes gens de Compïègne qui ont été et sont si loyaux à leur seigneur ! » elle chercha à s’évader et tomba presque morte au pied de la tour où elle était enfermée.
1. Beaulieu-les-Fontaines, du canton de Lassigny (Oise) à 35 kil. de Compïègne.
2. Beaurevoir, canton du Catelet (Aisne), arrondissement de Saint-Quentin.
Notre honorable collègue de la Société historique de Compiègne , M. Peyrecave a vu soumettre en 1875, au Comité des travaux historiques , un mémoire dans lequel il s’attachait à démontrer que Jeanne d’Arc avait séjourné quelque temps dans le château de Beauvoir qui dépendait d’Elincourt-Saint-Marguerite et dont on a retrouvé les fondations vers 1860. Ce mémoire a été reproduit dans l’intéressante Notice historique et archéologique sur Élincourt-Sainte-Marguerite que l’auteur a publiée l’année dernière. La thèse de M. Peyrecave a été combattue par M. Georges Lecocq. {Étude historique sur le séjour de Jeanne d' Arc à Elincourt-Sainte-Marguerite. Amiens, 1879). Aujourd’hui il est constant que le château de Beaurevoir où Jeanne d’Arc a été enfermée, et d’où elle a cherché à s’évader, est bien celui dont M. Ch. Gomart a donné la description et le plan dans ses Études Saint-Quentinoises, (T. III, p. 177) lequel château appartenait à Jean de Luxembourg et était situé à Beaurevoir (Aisne).
V. à propos de cette question : Rapport de M. LasCoux sur le mémoire de M. Peyrecave. {Rev. des sociétés savantes , vi e série, T. II, p. 38 1) . — Communication au Comité archéologique de Noyon par Mg r Lecot. {Bull, de ce comité, T. I, p. 74). D’après cette communication le séjour de Jeanne d’Arc dans l’ancien château de Beauvoir aurait été de très courte durée, tout au plus d’une nuit, alors qu’on la conduisait de Margny à Beaulieu.
V. aussi: Société histor.de Compiègne. {Excursions archéologiques 1869-1874, p. 64, et Bulletin , T, IV, p. 8 et 22.)