C’est par erreur que M. Douët D’Arcq, qui a publié pour
De son côté, Jean de Luxembourg, comte de Ligny, vint loger à Margny auprès de Baudot de Noyelles qui probablement avait encouru le reproche de s’être laissé surprendre par Jeanne d’Arc.
Une fois cette double installation faite, les Bourguignons commencèrent, sur la rive droite de l’Oise, la construction a d’une bastille de fagots et de terre, moult haulte et moult large », pouvant leur permettre de battre en brèche le pont de la ville ainsi que le boulevard qui en formait la tête et devenait leur principal objectif. Cette bastille faisait face au boulevard et en était, suivant Monstrelet, à environ une traite d’arc, ce qui équivaut aujourd’hui à peu près à cent cinquante mètres 4 .
En même temps que pour se garantir « des engiens de la ville dont ilsestoient servis très largement 2 », les
la Société de l’histoire de France la Chronique de Monstrelet, présente ces bâtiments comme étant Y abbaye de la Victoire. Il est certain, au contraire, qu’ils appartenaient à l’abbaye de Saint-Corneille. Peut être Yabbaye de la Victoire , dont on voit encore les restes auprès de Senlis, possédait-elle aussi quelques terres ou bâtiments à Venettc, mais ce n’était assurément pas à l’endroit où logea le duc de Bourgogne.
1. Celte bastille, qui était élevée parallèlement à l’Oise, occupait une grande partie du jardin actuel de la propriété Evette, au Petit-Margny. Son fossé du côté Nord-Ouest, qu'il est facile de reconnaître encore, sert de limite entre Compiègne et Margny.
2. Georges Chastellain raconte que parmi ceux qui dirigeaient l’artillerie compiégnoise, se trouvait un cordelier natif de Valenciennes, du nom de Noiroufle. C’était, dit-il, « un haut grant homme noir, atout (avec) un laid murtrier visage et une felle veue et un grant long nez et portoit un rude grosse faconde et semblant espoventable entre tous les autres d’église et de religion. » Il était tous les jours aux remparts avec une
CONSTRUCTION D*UNE BAStlLLË DEVANT LE PONT.
soldats du duc de Bourgogne se ménagèrent de place en place, ce qu’on appellait des taudis , sorte de huttes en terre renforcées de madriers, à l’aide desquelles « se faisoit nuit et jour, continuellement guet de gens d’armes. » Puis de la bastille à ce taudis, on creusa « de grandes fosses par où les gens de guerre aloient seurement à leur guet. »
De leur côté, les Compiégnois faisaient tous leurs efforts pour contrarier ces travaux; la population d’ailleurs était pleine d’ardeur et prête à s’imposer les plus grands sacrifices plutôt que de subir à nouveau le joug de l’étranger. La milice bourgeoise, composée d’archers et d’arbalétriers, se partageait la garde des remparts et ne reculait devant aucune fatigue pour mieux assurer le service de la défense; les attournés 4 ,
couleuvrine dont seul il se servait et c’était le plus habile tireur qu’on eût jamais vu. Il se vantait lui-même d’avoir, pendant la durée du siège, tué trois cents hommes avec cette couleuvrine.
Chastellain ajoute que, plus tard, il le vit chanter la messe. Alors, dit-il, « me recordoye de la multitude des murtres horribles qu’il avoit fait en commune renommée, et que avecque ce je regardoye la forme et physionomie de luy qui estoit de mesme aux faits qu’on luy attribuoit, souvent me suis espovanté en moy-mesmes de la hideur et m’en sont les cheveux dressés contre-mont. »
[Chronique de Georges Chastellain , T. II, p. 53 .)
i. C’étaient, on se le rappelle, Thomas Quillet, Thibault Bourgeois, Pierre Crin et Gérard le Riche. On ne saurait trop proclamer les noms de ces courageux citoyens; eux aussi, ont bien mérité de la postérité à raison des services qu’ils ont rendus pendant le siège de 1430.
On trouve dans les Registres de la Ville la mention des gages qu’ils recevaient comme Gouverneurs de la Ville :
« A honneste homme et sage Thomas Quillet, l'un des
228 la PRISE DE JEANNE d’aRC DEVANT COMPÏÈGNE.
constitués en permanence, comme l'ont fait depuis toutes les municipalités, en semblables circonstances, se multipliaient pour répondre aux nécessités du moment ; les gens d’église eux-mêmes étaient requis pour prendre part au service de la place.
Quant à Guillaume de Flavy, il fit preuve en sa qualité de capitaine de la ville, d’une vigilance et d’une énergie peu communes. C’était, nous devons le reconnaître, un homme de guerre, habile et vigoureusement trempé, mais ombrageux et sans moralité ; sa vie privée et sa conduite à l’égard de Jeanne d’Arc en sont une preuve manifeste.
Il disposait d’une garnison commandée par des chefs dont les noms seuls inspiraient une véritable confiance. Parmi eux figurait en première ligne Barthélemy Barrette, qui faisait partie de la troupe venue de Crépy et dont l’unique souci était de contribuer à la délivrance de celle, sous les ordres de laquelle il avait été fier de servir. Guillaume de Flavy eut le bon esprit de le retenir dans ses rangs, après la funeste sortie du 23 mai, et, dès le 26 du même mois, une convention passée avec les attournés attachait Barrette à la défense de la ville, moyennant, pour lui et les siens, une solde de quatre livres parisis, indépendamment de quatre sacs de blé, deux muids de vin et quatre vaches, le tout payé d’avance, chaque semaine. De plus il avait
goudverneurs pour ses gaiges desservis ou dit office pour un an finissant à la Saint Jehan-Baptiste Fan mil im c et trente x 1. p. »
Mêmes mentions pour « Thibaut Bourgeois, Jehan Demy, Pierre Crin et Gérard Le Riche. »
(Archiv. de Compiègne , CC. i3, f° 46.)