‹ La prise de la Bastille, et les conséquences de cet événement dans lesChapitre 10 sur 27 · BRETAGNE · texte numérisé non relu

BRETAGNE

La ville de Nantes était depuis plusieurs jours violemment agitée, lorsque la nouvelle de l'insurrection de Paris et de la prise de la Bastille, parvenue extraordinairement, le 17 juillet, vint. porter l'exaltation à son comble* Un négociant de Paris, en rendant compte des événements à un négociant de Nantes, lui écrivait : « Il est impossible de se peindre la rage qui anime toutes les âmes. Il nous faut vingt têtes et nous les aurons. Vous avez juré, nos amis lesT^antais, d'appeler la vengeance; plus heureux que vous, nous l'exécuterons... On répète le mot du maréchal de Broglie : Il faut faucher Paris.

Spectacles, affaires, paiements, tout est suspendu.» D'autre part, on lisait dans une lettre de M. Giraud Duplessix : « De quoi n'est pas capable l'amour sacré de la liberté ! Des militaires ingénieurs nous affirment qu'une garnison de cent hommes aurait suffi pour

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défendre la Bastille contre une armée de 100,000 combattants, pendant six mois ; et au bout de trois heures, une poignée de citoyens l'a attaquée, escaladée et prise d'assaut. »

Ces lettres, imprimées à grand nombre, se répandaient dans la population nantaise, et, à cette époque de l'année où le sang fermente, dans ce mois des révolutions, l'exaspération populaire ne se contenait plus..*

Elle allait toujours en s'augmentant, sans qu'on prévît comment l'arrêter. Le maire et les échevins n'avaient plus aucune autorité morale : ils crurent que les officiers de la milice bourgeoise, qui avaient conservé leurs titres sans action, pourraient reprendre quelque influence sur la population. Ils les rassemblèrent : la réunion fut peu nombreuse, par suite de l'abandon où l'administration avait malheureusement laissé cette milice, la seule garde permanente de la cité; puis, il faut le dire aUssi, par ce fatal délaissement de la bourgeoisie, qui, sous le prétexte de plaintes, plus ou moins fondées, se refuse toujours à tout service, pour peu qu'il dérange ses habitudes ou ses plaisirs. Elle avait fait appel au peuple pour soutenir ses réclamations par le nombre, s'imaginant, dans sa folle crédulité, qu'elle maintiendrait le peuple dans cette opposition Idéale, qui se bornait à des paroles plus ou moins vives, à des remontrances plus ou moins acerbes dans des rassemblements solennels. Mais aux passions, qui, une fois réunies, avaient amplement dépassé le niveau bourgeois, se joignait la disette, et l'on était venu à regretter cette milice bourgeoise, qui seule pouvait laisser dans le désordre

la confiance d'une force morale et malérielle, si le désordre dépassait les bornes jusqu'où l'effervescence générale obligeait à le tolérer.

Les débris de la garde bourgeoise se rassemblèrent à la hâte, mais en bien petit nombre, et formant un noyau auquel se rattache la population, plutôt qu'une force réelle.

Le peuple demanda des munitions et des vivres. Aussitôt, quelques marins, auxquels se joignent plusieurs habitants, partent pour Paimbœuf avec l'intention d'arrêter des convois de grains. Cette tâche remplie, ils s'y emparent du magasin des poudres, saisissent les caisses publiques dont ils se font représenter les bordereaux qu'ils rapportent à la municipalité de Nantes, et se livrent à ces opérations à la vue et sous le canon d'une frégate du roi, qui se trouve en rade.

Les officiers de la frégate menacent d'user de la force.

Les Nantais, au nom de la liberté, font un appel aux habitants de Paimbœuf.

Ceux-ci s'arment au cri de Liberté î et la frégate est forcée à l'inaction. La nuit du 17 au 18 juillet ne s'était écoulée qu'au milieu des inquiétudes de toutes sorte. Le jour venu, de nouveaux récits de la prise de la Bastille raniment l'exaltation populaire. Plusieurs nobles sont insultés dans les rues. M. de Monti était poursuivi, la baïonnette aux reins et le sabre, lorsqu'un homme se jette au-devant de lui pour le préserver, et parvient à l'arracher à une mort certaine... Et quel était cet homme? Il devint l'un des membres les plus ardents du comité révolutionnaire : c'était Chaux, que nous retrouverons accusé de clémence par les

exaltés, proclamé comme ami des malheureux par des habitants d'Orvault, ayant pris chez lui deux orphelins vendéens pour les élever comme ses enfants!... Puis l'un des monstres dont l'histoire no prononce qu'avec horreur le nom... Où conduisent donc les passions des discordes civiles !

Le peuple parle d'aller escalader, par imitation, le château de Nantes, et l'avis à peine émis est adopté. On calculait déjà toutes les suites de ce mouvement populaire, quand un officier de la garde bourgeoise, M. Andrieux, se proposapour aller, avec sa compagnie, sommer M. de Goyon, qui commandait le château, de le livrer à la ville. Le peuple consentit à un délai, et M. Andrieux, à la tête de deux cents hommes seulement, se présenta devant le château en sommant M. de Goyon, au nom du peuple, de lui en livrer l'entrée.

Une résistance eût été fatale. M. dS Goyon vit le danger. Il céda donc à la sommation en se bornant à demander que le service fût fait par la bourgeoisie conjointement avec la garnison.

Ici se présente un de ces retours bizarres à la vieille nationalité bretonne qui venait' se confondre complètement dans l'unité française.

Les bourgeois de Nantes, dit la relation officielle de l'époque, en acceptant de se placer sous les ordres de M. de Goyon, consentirent, pour cette fois, à déroger aux privilèges qu'ils tenaient de Jean V, de ne recevoir d'ordre que de leurs officiers immédiats. Ils jurèrent de maintenir Tordre de la garantie des propriétés.

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En attendant, il fallait calmer reffervescence populaire ; car l'arrêter eût été impossible. On en eut une preuve assez remarquable.

On ne sait par quelle cause le bruit se répandit qu'un corps de dragons arrivait par la route de Montaigu pour mettre Nantes à la raison. A ce bruit, la population tout entière se rassemble en arme et se porte sur les ponts où cinquante hommes, la hache à la main, se préparent à couper le pont de Pirmil.

On attendait toutefois la cavalerie nantaise envoyée à la découverte. Elle revint sans avoir rien vu : c'était une fausse alerte.

Alors, M. le duc de Maillé se trouvait à Nantes pour inspecter le régiment de Rohan, en garnison dans cette ville. On craignait son influence sur ce régiment. Plusieurs habitants firent atteler des chevaux de poste à sa voiture, et, quand le postillon fut à cheval, on alla vers M. de Maillé, avec toutes les formules de politesse aristocratique, pour le prier de monter en voiture et de quitter la ville. Il fallut obéir avec la même politesse de forme.

Mais le désordre, on le voit, était à son comble, et la mairie, sollicitée par ceux-là mf^mes qui s'étaient soulevés contre elle, rassembla une seconde fois les officiers de la milice bourgeoise et divers citoyens notables.

Le maire exposa la situation, qui était fort alarmante, et voici quelles furent les délibérations prises:

« D'après les nouvelles fâcheuses reçues de la capitale, qui ont répandu l'alarme parmi les citoyens, et craignant les désordres qui peuvent résulter de Tinquiétudc générale qui agite les esprits, il est arrêté

que tous les bons citoyens monteront la garde en personne ; que la garde bourgeoise sera augmentée, et qu'à icelle seront adjoints tous les jeunes citoyeng qui se sont généreusement offerts pour concourir à la sûreté publique, sous les ordres de MM. les officiers de la milice bourgeoise.

« L'offre de M. Rivière, au nom d'une compagnie de citoyens, pour faire le guet à cheval, est acceptée à la condition qu'elle soit subordonnée aux ordres do la milice bourgeoise.

« La halle est accordée pour servir de corps de garde,

« Les diverses gardes bourgeoises, établies chez les receveurs des deniers publics, pour en prévenir la spoliation, sont approuvées.

« Quant aux inquiétudes relativement à la disette des grains et farines, inquiétudes d'autant plus fondées que les pluies continuelles mettent la récolte en danger, il sera écrit aux municipalités de Vannes et d'Auray pour demander des grains,

« A l'endroit, lecture ayant été donnée d'une lettre, écrite le 17 de ce mois, au sieur Videment, par le sénéchal de Paimbœuf, pour l'informer qu'il y avait dos grains et dos farines au bas de la rivière, descendus de Nantes et destinés pour le dehors, qu'il offrait de faire arrêter s'il avait des avis certains sur les besoins de Nantes, l'assemblée ne peut remercier M. le sénéchal de Paimbœuf, et charge M. Videment do lui en faire part; et ayant su qu'une compagnie de zélés patriotes et citoyens de cette ville, était partie le 17 juillet pour le bas de la rivière, aux fins de faire arrêter les grains et farine, et de les faire remonter à Nantes, l'assemblée a approuvé et arrêté que la com-

munauté de la ville se chargera desdits grains et farines, ainsi que de cinquante barils de farine d'un navire prêt à partir pour les colonies.

« A Tendroit se sont présentés sept à huit gentilshommes et, entre eux, M. le chevalier de Monti, portant la parole, a dit qu'ils se présentaient pour concourir à la sûreté publique et qu'ils ne doutaient point que ceux de leur ordre qui étaient absents et hors villes ne fussent de leurs sentiments ; et M. de la Tullaye, prenant la parole, a déclaré, tant en sa qualité de gentilhomme que comme procureur général de la chambre des comptes, qu'il était dans les mêmes dispositions, et qu'il était persuadé que sa compagnie avait la même façon de penser.

« Sur quoi l'assemblée leur a témoigné sa satisfaction, et les a priés de prendre séance, communication leur ayant été donnée des arrêtés ci-dessus.

« Il a été nommé, pour en faire la réclamation, un comité composé de MM. Richard de la Pervenchère, maire et colonel de la milice bourgeoise ; Meslé, échevin ; Claude Lory et Ghiron, officiers de milice bour^ geoise; Boutellier père; De la Ville; Kervégan; F. Mellinet père ; Chauvin et Videment, auxquels ont été adjoints MM. de la Tullaye et de Monti. »

Les commissaires nommés dans l'assemblée communale du 20 juillet, s'assemblèrent dans la même soirée. La séance fut assez grave moralement pour que nous la copiions encore dans le registre municipal.

« Lesdits commissaires ayant commencé leur travail, est venue une députation de la part des citoyens rassemhlésau corps-de-garde de la Halle et composée d'un dé-

lâchement de milice bourgeoise. MM.Desclos-Lepeley jeune et Forestier, ayant successivement pris la parole, ont déclaré, au nom desdits citoyens, à Messieurs de la noblesse, qu'ils avaient vu avec plaisir la démarche par eux faite dans le matin pour se joindre à la commune, mais ne pouvoir les admettre dans leur sein qu'après la décision de l'assemblée nationale, d'où leur serment les tient irrévocablement éloignés.

« A quoi MM. de la Tullaye et deMonti ont répondu et répété ce qu'ils avaient déclaré le matin à l'assemblée, et se sont retirés. »

Ce n'était pas tout, pour le comité d'administration, d'avoir pris l'autorité complète de la cité : déjà la milice se faisait justice elle-même en dehors de la ville. Les lois n'existaient plus, lorsque le 3 août, un détachement se porta au château du Pont-Hus et en ramena M. de Tremargat, qu'il constitua prisonnier au château de Nantes, pendant que trois cavaliers de maréchaussée faisaient une visite domiciliaire chez MM. de Saint-Pern et de Freslon.

Les habitants de Glisson, de Machecoul, du Pellcrin, de Paimbœuf, de Savenay, de Bourgneuf et de plusieurs autres paroisses assemblées à la hâte à la première nouvelle du danger commun, ont envoyé à Nantes des députés de leur part, pour offrir aux Nantais leurs cœurs et leurs bras. Le comit^e correspondance s'est empressé de remercier, au nom de la commune de Nantes, ces braves et généreux amis de ce témoignage de leur dévouement patriotique et de Jour ofi'rir une réciprocité de secours et de bons

offices dans toutes les circonstances où le danger menacerait leur arrondissement.

Une lettre de Guérande assure que des hommes de haut parage déguisés en bourgeois, ont passé au château de la Bretesche, appartenant à M. de Boisgelin, près Pontchâteau, et de là sont allés s'embarquer au port de Pennerf, sur un petit navire qui les transportera en pays étranger.

A Ancenis, à Toccasion de la prise de la Bastille (14 Juillet), qui consacrait la Révolution et à la suite de laquelle le roi confiait sa personne à l'Assemblée nationale, la ville fut illuminée en signe d'enthousiasme ; plusieurs compagnies de milice bourgeoise, prenant, comme celles de Paris, commandées par Lafayette, le nom de Garde nationale, furent organisées ; on porta la cocarde tricolore qui venait aussi d'être adoptée dans la capitale ; on établit un corps de garde dans la ville, au bas du Pontreau (rue de la gare) ; et comme mesure d'ordre, tous les voyageurs furent surveillés.

Le 30 juillet, des détachements furent envoyés dans différents châteaux pour en enlever les armes et pour s'assurer si on n'y faisait pas d'accaparements de grains. On rapporta de ces courses huit petits canons et quelques fusils; on s'empara, dans le château de Saint-Mars-la-Jaille, de deux guidons qui furent erfvoyés à l'Assemblée nationale pour être brûlés.

La chute de là Bastille détermina, à Rennes, une explosion en vain contenue depuis quelques jours.

Des bruits sourds avaient circulé sur les projets de la force armée, commandée par le comte Langeron. On affirmait qu'il faisait venir secrètement de nouvelles troupes.

Le matin du jeudi 16, les habitants courent au dépôt d*armes et s'en emparent ; une assemblée pour diriger leurs mouvements était organisée dans l'église du collège, les soldats viennent de leur propre mouvement s'y enfermer avec les citoyens ; bientôt on se précipite vers la salle de police, et l'on délivre ceux qui y étaient enfermés.

La municipalité se rend chez le comte Langeron, et demande l'éloignement des troupes qu'il a mandées. Il promet de faire droit à la requête des officiers municipaux. Ceux-ci se transportent à Téglise du collège, et rendent compte de leur démarche à l'assemblée, qui se sépare. Les soldats rentrent aux casernes.

Bientôt le bruit se répand que le comte Langeron a fait charger quatre pièces de canon dans la cour de l'hôtel Blossac, qu'il habite depuis vingt-quatre heures.

Ce fait imprudent n'est que trop vrai. Les citoyens se portent en foule à l'hôtel, s'emparent des canons, les conduisent au collège avec cinq barils de cartouches à balles, deux caissons de gargousses et quatre coffrets.

Les soldats s'unissent aux citoyens et restent assemblés en permanence toute la nuit dans l'église du collège.

Le lendemain, 17 juillet, la municipalité vient y siéger aussi vers onze heures du matin. Un courrier

arrive et apporte une relation de la séance du 15 juillet à l'Assemblée nationale.

Necker est rappelé ; Bailly, maire de Paris, La Fayette, général en chef de la Garde nationale. L'espérance renaît de toutes parts ; la joie éclate dans rassemblée.

On se rend chez le comte Langeron en masse et enseignes déployées. Il remet, sur la demande qu'on lui en fait, les guidons d'Orléans aux dragons de ce corps réunis à la milice citoyenne ; le maire lui communique les dépêches que Ton vient de recevoir, et lui demande le congé du sieur Belhôtel, qu'il accorde. Bn sortant de l'hôtel du commandant, la municipalité rennaise alluma un feu de joie sur la place Royale. Les soldats ne retournèrent plus aux casernes, mais logèrent chez l'habitant.

Le lendemain, 18 juillet, une députation de la municipalité se rendit chez le comte Langeron et lui demanda l'exécution de l'ordonnance du roi, qui défendait la punition militaire des coups de plat de sabre. Elle exigea en outre la réduction des appels à deux par jour, la délivrance des congés à époque fixe, et la suppression de la retenue de l'excédent de masse.

Pendant ce temps, l'Assemblée civile et militaire s'était formée de nouveau dans l'église du collège. On y prit la cocarde rouge et bleue, en attendant celle qui fut adoptée quelques jours après par l'Assemblée nationale. Les drapeaux de la milice citoyenne et de la garnison se croisaient sur l'autel avec ceux de la jeunesse de Rennes et de Saint-Malo, qui avait envoyé une députation. M. Sevestre s'était rendu à

l'Hôtel-de-Ville pour souscrire, au nom de la jeunesse et des citoyens, à tout ce qu'avait fait l'Assemblée nationale. Une lettre lui fut adressée par M. Duplessis de Grenédan, conseiller au parlement, et cette lettre fut lue à l'Assemblée du collège qui arrêta par acclamation de décerner à M. Duplessis un témoignage public de satisfaction. Gohier propose à cette occasion une fête patriotique pour effacer la tache du 26 janvier sur le champ Montmorin. La motion est accueillie avec faveur, et l'exécution fixée au lendemain.

En attendant, on se rend immédiatement à l'hôtel Duplessis. Après un discours du maire, M. Duplessis de Grenédan est conduit solennellement sur la place du Palais au centre de la garnison sous les armes. On lui pose une couronne de chêne sur la tête, au milieu des acclamations de la foule ; puis, placé entre le maire et le premier syndic, il est conduit à l'église du collège où il renouvelle de vive voix et avec une émotion profonde, sa profession de foi politique, au bruit des applaudissements qui éclatent de ' toutes parts. Gohier lui adresse des félicitations au nom de l'Assemblée, et il est conduit à l'hôtel de ville.

19 juillet, le jour suivant, fixé pour la fête, le vœu d'argent de 1634 était exposé dans l'église des Dominicains, et l'on adressait au ciel des prières publiques pour obtenir la fin des pluies qui menaçaient la moisson. Le temps s'éclaircit entre midi et une heure. On chanta un Te Deum à Saint-Melaine, qui commença dès lors à servir de cathédrale. Après la messe, les troupes se rendirent au champ Montmorin, où il y eut une parade. Le soir on les réunit de nou-

wm

veau sur la place Royale où Ton alluma un feu de joie en leur présence. Enfin une illumination générale compléta le programme ordinaire de la fête, qui eût ressemblé à toutes celles de nos jours, si elle n'avait eu cela de remarquable qu'on diminua en cette circonstance le prix du pain pour les pauvres, et qu'on l'augmenta pour les riches.

Pendant la fête, la nouvelle de la visite du roi à rhôtel de ville de Paris parvint à Rennes par le baron Scott qui arrivait de la capitale.

L'enthousiasme populaire augmenta de vivacité, et s'accrut encore les jours suivants par l'arrivée des députés que la Bretagne envoyait dans notre ville pour exprimer leur sympathie à l'éla-n patriotique dont elle donnait l'exemple, comme si elle eût été fidèle à son rôle de capitale bretonne.

La place n'était plus tenable pour le comte Langeron.

La jeunesse de Rennes s'empara de l'arsenal et des principaux postes de la ville. En vain le comte Langeron voulut-il faire marcher d'Artois, de Lorraine et d'Orléans. Lorsque les deux troupes furent en présence, elles crièrent de concert : vive la nation ! Huit cents soldats passèrent sous les drapeaux de la ville ; le reste rentra dans les casernes après avoir juré de ne jamais tremper ses mains dans le sang français. Effrayé, le comte Langeron mande deux nouveaux régiments, puis leur donne contre-ordre. Il veut prendre les couleurs nationales ; on lui refuse cet honneur. Il se résigna enfin à quitter notre ville, de crainte qu'une émeute ne l'y forçât tôt ou tard.

Le 21 Juillet, une députation de gentilshommes de

la ville de Fougères se présenta à rassemblée de la Communauté et déclara qu'ils étaient étrangers de fait et d'intention aux malheureux événements dont la ville de Rennes avait été le théâtre le 26 et le 27 Janvier et que le vœu de leur cœur était la réunion parfaite de tous les citoyens. Sur la demande de la Communauté, elle déclara même qu'ils regardaient comme indignes du nom de citoyens les auteurs de ces scènes sanglantes.

La Communauté accueillit cette déclaration, qui fut insérée sur ses registres et signée de tous les gentilshommes; mais trois jours après, elle reçut une communication de la Communauté de Rennes, qui lui reprochait la faiblesse de sa conduite, protestant que son intention formelle et définitive était d'exclure tous les gentilshommes du serment patriotique et rengageait à imiter son exemple.

Elle annula alors sa première délibération, arrêta qu'elle se conformerait en tout aux mesures prises par la Communauté de Rennes, et nomma, en conséquence, des commissaires chargés d'entretenir une correspondance suivie avec elle.

Pendant ce temps-là, la ville était fortement agitée par la fermentation des esprits, préoccupés non seulement de la grandeur des événements politiques, mais encore de l'inquiétude d'une famine que faisaient craindre la disette et la cherté des grains. Des troubles éclatèrent à plusieurs reprises, et le détachement des dragons d'Orléans, qui tenait garnison dans la ville, ayant reçu l'ordre de partir, la Communauté envoya deux député à Rennes, pour obtenir du commandant l'autorisation de le conserver.

La Communauté de Rennes détacha de suite une compagnie de cent hommes de la milice nationale, qu'elle envoya à Fougères pour porter secours aux habitants, et elle chargea en même temps huit députés, à la tête desquels était M. de la Motte- Fablet, maire de Rennes, de faire une enquête sur les événements dont la ville avait été le théâtre, et de rétablir la paix et lunion entre les citoyens.

Le lendemain de son arrivée (5 août), M. de la Motte-Fablet réunit la Communauté dans Téglise de Saint-Léonard, et reçut le serment patriotique des officiers municipaux et d'un grand nombre d'habitants. Il prononça, ainsi que M. Ponsard, l'un de ses collègues, un discours approprié à la circonstance, dans lequel ce dernier surtout essaya d'animer le zèle de l'administration en rejetant les désordres passés sur son insouciance.

Les troubles n'en continuèrent pas moins, et, quelques jours après, le corps municipal, jugeant la juridiction ordinaire insuffisante, s'attribua l'exercice de la police.

Le 20 juillet 1789 les autorités et les citoyens de Quimper se trouvant réunis dans une des salles de la vieille église de N.-D. du Gueodet, le maire étant présent, le Procureur du Roi, Herno du Treilly, prit la parole et résuma les événements qui venaient d'a^ voir lieu à Paris. Les citoyens qui ont envahi la salle firent plusieurs motions, et particulièrement celle de mettre en liberté huit détenus nouvellement arrêtés pour troubles survenus à Pont-Croix et Pont-l'Abbé, à l'occasion de quelques embarquements de grains.

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Celle molion ayanl été acceptée, se Irouva résolue par la nominalion de quatre commissaires, qui rentrèrent sans coup férir avec le prévôt Pompery, son assesseur Royou, l'avocat du Roi, Kerneïs, le greffier et les huit prévenus. Les salutations d'usage ayant eu lieu, et l'assesseur Royou ayanl prononcé un petit discours, la liberté fut aussitôt rendue à ces malheureux, mais non pas sans conditions : ils prêtèrent aussi le serment civique et promirent de se bien comporter à l'avenir. L'on va ensuite demander au comte de Landrezen, colonel, commandant des troupes de la garnison, l'élargissement des soldats détenus à la salle de discipline. Cette demande fut aussi couronnée de succès. On organisa quelques jours après un corps de volontaires nationaux qui dépêchèrent des députés sur Rennes, Nantes, Brest et Lorient, afin d'obtenir des armes et de se concerter pour le cas où la prise de la Bastille et ses suites nécessiteraient un mouvement sur Paris.

Le 27 août, toute la population de Quimper est en émoi à la nouvelle de l'arrivée du marquis et du comte de Kersalaun, anciens amis de la Chalotais ; on disait hautement qu'ils eussent à vider les lieux dans le plus bref délai. Une députation va prier M. de Kersalaun d'obéir au vœu du peuple. Il refuse et va se promener sur la place avec son fils et sa fille, et sans le secours de quelques personnes, ils auraient infailliblement été maltraités. On lui donne deux heures pour quitter la ville; nouveau refus. Les volontaires s'emparèrent alors violemment de M. de Kersalaun et de sa famille, et malgré leurs protestations les conduisirent sur la roule de Pont-l'Abbé.

L'Assemblée Nationale ayant décidé que ses anciens devoirs et droits de ti'aite continueraient à être perçus pour 1790, un des membres du Comité de Quiraper, marchand de vin, croit pouvoir s'autoriser des longs griefs de la province contre ces droits, et, écrivant aux marchands de vin des 44 villes de la province, il les engage à refuser l'impôt. Par suite de cette circulaire, des troubles eurent lieu dans plusieurs localités, et un grand nombre de débitants, suivant l'avis qui leur en était donné, refusèrent à acquitter les droits.

La fermentation se propageait dans la ville de Brest.

Les troupes, celles surtout de la marine, inspiraient des craintes. M. le comte d'Hector, commandant de la marine, les exprimait au Ministre, à qui il écrivait lettres sur lettres, sans obtenir de réponse. Il rendait justice à l'honnêteté des membres du Conseil, mais il ne dissimulait pas que derrière eux beaucoup d'indi" vidus poussaient au désordre et accusaient de tiédeur ceux qui n'en voulaient pas. Dans sa perplexité, il ne faisait rien sans consulter le Conseil, Cette déférence tournait contre lui. On ne doutait ni do sa loyauté ni de ses bons sentiments, mais on appréhendait qu'à l'occasion il ne sût pas déployer d'énergie, ou s'il en montrait, qu'elle n'atteignît ceux que le Conseil voulait y soustraire. Tels étaient les administrateurs de la marine qui, presque tous, avaient déserté les bureaux, les uns pour faire le service de la milice, les autres pour assister ou participer aux délibérations du Conseil général. Tels étaient encore les marins, les soldats, les ouvriers qui s'adressaient au Conseil

pour obtenir le redressement de griefs anciens ou nouveAUx ; pour être payés de leurs campagnes, de leur solde ; pour être dispensés de leur service qu'ils qualifient de corvée ; pour demander la réintégration de ceux que l'on avait congédiés.

Tous avaient un organe infatigable dans M, Siviniant, greffier de la prévôté de la marine. Avide de popularité, il ne se faisait faute pour l'obtenir ni d'actes ni de paroles. Ses actes accusaient plus de zèle que de prudence et son style difTus, emphatique, vulgaire, attestait l'absence de tout talent littéraire.

Le Conseil accueillait et appuyait auprès de l'Assemblée nationale toutes ces réclamations dont il lui était impossible d'apprécier la valeur, et, s'associantau vœu qui lui avait été exprimé, il avait exigé^que soixante hommes de la milice concourussent à la garde de l'arsenal, oii ils troublaient plus Tordre qu'ils ne l'y maintenaient.

Quand ils cessèrent ce service, le 6 août, ce fut à la condition que deux plantons pris parmi eux seraient placés à chacune des issues du port pour aider à faire connaître ceux des habitants que leurs affaires y appelaient, et que trois de leurs officiers auraient le droit d'aller les inspecter.

M. d'Hector n'avait donc plus que l'apparence de l'autorité lorsque, dans la soirée du 23 juillet, une députation du Conseil vint lui apporter la cocarde nouvelle. Il s'excusa de l'accepter, n'ayant pas d'ordres, mais il pria de la lui conserver, en ajoutant qu'il serait heureux de la porter. On insista en le prévenant qu'on reviendrait à la charge. Celui qui lui donnait cet avis, présenté sous forme de sommalion rien moins

que respectueuse, était un nommé Michel lloffin, alors huissier, mais précédemment fourrier dans le . corps royal de la marine. Cassé de ce grade, le 14 novembre 1785, par ordre de M. de Marigny, pour un motif du reste assez futile, ainsi que le reconnut ce chef de division, le 23 août 1789, il en avait conservé un ressentiment qui ne fut pas sans influence sur sa sommation à M. d'Hector, sommation qu'il avait faite aussi à M. de Marigny, après s'être assuré toutefois des moyens de contraindre « ces valets royaux à se dépouiller de la livrée de l'esclavage. » En effet, dans son mémoire justificatif du 4 vendémiaire, an III, où il s'exprime ainsi, il ajoute : « Déjà et avant eux les soldats de la garnison s'étaient décorés des couleurs libres, parce que déjà avec quelques autres patriotes j'avais couru les casernes pour y dogmatiser révolutionnairement les défenseurs de la patrie qui, par nos leçons civiques, ne tardèrent pas à se ranger sous la bannière de la liberté, et à montrer à leurs chefs orgueilleux le signe tricolore dont ils venaient de s'orner, emblème de leur bonheur futur.

Dans une pareille situation la perspective des déplorables conséquences d'un ajournement détermina M. d'Hector après la sortie de la députation à se rendre avec huit officiers à l'hôtel de ville où, d'après ses conseils, M. de Murinais, commandant des quatre évechés de la Basse-Bretagne,, le rejoignit bientôt. Tous s'y décorèrent de la cocarde, et furent ensuite reconduits chez eux aux cris répétés de vive le roi I

Cette démarche avait été très pénible pour M. d'Hector, mais il avait cédé à son vif désir de prévenir toute collision qui eût compromis la sûreté de l'arsenal.

Malgré son grand âge il se multipliait et se portait partout, de nuit comme de jour. Ses appréhensions, disons mieux, ses tourments, ne se révèlent que trop dans sa lettre du 27 juillet, exposé fidèle dô la situation.

« J'ai souvent fait envisager à la municipalité et aux habitants honnêtes combien le trésor qui existoit à Brest exigeoit qu'ils ne prissent pas l'impulsion des autres villes ; mais la jeunesse est vive, les gens qui n'ont rien à perdre ont un grand désir de gagner. Les têtes froides et sages ont beaucoup de peine dans ces temps de trouble à se faire entendre.

« Je dois des éloges à ces derniers ainsi qu'à toutes les personnes qui ont de l'autorité : elles ont parfaitement excusé ce que je leur ai objecté pour la conservation du port, combiné avec moi tout ce qui pouvoit l'assurer et souvent protesté qu'elles me seconderoient dans sa défense. Malheureusement cette saine partie et la jeunesse honnête n'avoient pas la prépondérance dans les nombreuses et tumultueuses assemblées qui régnent depuis douze ou treize jours, et où il se faisoit sans cesse les plus dangereuses et les plus incendiaires motions.

« Hier étoit un jour que je craignois infiniment, il étoit celui des réjouissances de la ville et de la réception du maire à la tête de la milice bourgeoise. M. le comte de Murinais et moi avions arrangé avec la ville tout ce qui pouvoit lui être agréable et maintenir le bon ordre.

« Nous avons assisté à toutes les cérémonies auxquelles nous avons été invité, allumé même le feu de joie. Je finis par engager M. le maire et plusieurs officiers

du corps de la ville et électeurs de venir à la comédie dans ma loge avec M. de Murinais et différents chefs du corps. Cette réunion a été fort applaudie par lé parterre et contribuera, je le pense, à réunir les esprits. J'ai pensé, Monseigneur, que ne recevant point d'ordre, ne pouvant, comme j'ai eu l'honneur de vous le marquer, compter que faiblement sut mes moyens, je devois céder aux circonstances pour ne point perdre avec éclat. Aucune partie de mon autorité n'est entamée. *Je commande aussi complètement que je l'ai jamais fait ; mais cette manière de conserver m'a été quelquefois bien pénible. J'ai évité qu'on s'en aperçût, et quand j'ai cédé, j'ai fait en sorte qu'on ne pût croire que c'étoit à la force. Yoilà, au vrai, l'état des choses. Vous sentirez facilement, Monseigneur, combien je suis impatient de savoir si ma conduite obtient votre approbation- Pour bien la juger il eût fallu être sur les lieux. J'aimerois mieux faire dix campagnes de guerre que d'entretenir dix jours d'une pareille paix. Pendant ces dix jours la surveillance dans le port a été poussée à un point extrême. J'y avois, hier, 12 officiers employés et tous les postes étoient doublés. MM. de la Porte Vezins, de Marigny et moi faisons des inspections continuelles. MM. les commandants d'escadre et tous les officiers m'ont bien secondé, et je leur dois de grands éloges. Je vais diminuer cet excès de surveillance, mais toujours conserver celle que je croirai nécessaire. Toutes les précautions que prend la ville pour se débarrasser des étrangers inconnus qui s*étoient accumulés ici depuis quelque temps diminuent mes craintes et me facilitent les moyens de prévenir et de parer les événements. »

M. d'Hector s'abusait; de nouvelles éiH*euves Tattendaient. Derrière le Conseil était une foule qui l'entraînait malgré lui. Hier encore elle n'étaitrien^aujourd'hui elle voulait être tout. Interprète de sa volonté, M. Siviniant saisit, le 28 juillet, une occasion de la manifester. Une scène tumultueuse avait eu lieu dans la journée et des malveillants l'avaient exploitée en faisant croire au régiment de Beauce, en garnison au château, qu'on devait faire sauter cette forteresse, au moyen de mines pratiquées sous le donjon et les casernes.

Le soir, à onze heures, M. Siviniant, accueillant avec une extrême légèreté le bruit que M. de Murinais devait, cette môme nuit, faire enlever furtivement les armes déposées dans l'arsenal militaire, s'adjoignit huit de ses collègues du Conseil général. — Le maire était du nombre — et tous les neuf, escortés d'une patrouille formée de soldats de la milice bourgeoise et de jeunes citoyens, se transportèrent au château où ils rencontrèrent M. Murinais,. venu lui-même pour calmer l'irritation des soldats. Cet officier général ne crut pas devoir décliner l'offre de concours que lui firent les membres du Conseil, et il les suivit en véritable comparse. M. de Siviniant et ses collègues haranguèrent les mutins, et ensuite, accompagnés de deux d'entre eux par eux appelés comme témoins, ils firent une perquisition exacte dans la salle d'armes et dans toutes les parties du château qui leur semblèrent pouvoir être suspectées.

Tout fut trouvé on ordre, et rien ne prêta à la confirmation de la ridicule rumeur qui avait motivé la visite. Mais il ne fallait pas paraître avoir fait tant de

bruit pour rien. Un procès-verbal fut donc rédigé et rendu public, « afin, y est-il dit, de raffermir ia tranquillité publique.» M. de Murinais le signa, mais il fit précéder sa signature de cette réserve : « Arrêté à la porte du château par la garde de la milice bourgeoise de la ville de Brest et obligé de rentrer avec elle au château pour chercher à y apaiser et calmer les troubles qui paraissaient agiter les troupes, nous avons concouru ensemble à les rassurer par les perquisitions les plus exactes, etc. » Obligé de dévorer l'affront que lui avait fait subir cette usurpation de son autorité, M. de Murinais en conçut un ressentiment naturellement accru par ce qui se passa le 4 août et pendant les jours qui le précédèrent.

Le comité établi par les communes de Dinan requit, le 6 Août, le colonel commandant de la milice nationale, de fournir un détachement composé d'un officier, de deux soldats de la milice nationale et de soldats du régiment de Penthièvre pour se transporter au château de la Belière et à celui de la Touche Porée situés dans la paroisse de Pleudihen, à l'effet de vérifier si véritablement il existoit des amas considérables de grains, comme la voix publique l'annonçoit depuis longtemps.

Le détachement se rendit d'abord au château de la Belière. Madame de Pontcieux, qui en est propriétaire, déféra avec empressement à la demande qui lui fut faite de permettre la visite de ses greniers ; elle dit qu'elle en était très satisfaite, parce que le public reviendroit de son erreur et n'auroit plus contre elle, d'intentions malévoles.

Il étoit un peu plus de quatre heures lorsque le détachement quitta le château de la Belière ; il se rendit à Pleudihen, où sur la réquisition de plusieurs particuliers, il fît une opération relative à sa mission.

Yers neuf heures on arrive à la Touche Pore, l'on cerne le château après avoir tiré un coup de fusil sur un chien et l'on somme le propriétaire, M. de la Ville Huchet, d'ouvrir ses portes. Il répond à l'agression de cette bande de malfaiteurs par un coup de fusil qui tue l'un deux, nommé Labbé. Les assiégeants se sauvent après avoir riposté et rentrent à Dinan où ils font un récit fantaisiste des événements qui venaient de se passer.

L'officier fit aussitôt son rapport au Commandant et ce dernier en rendit compte au comité à huit heures du matin, en lui observant que toute la ville, déjà instruite, demandoit vengeance. D'après cette déclaration, le comité donna Tordre pour qu'un détachement de cent citoyens mihtaires et de cent militaires citoyens, commandés parleurs chefs respectifs, se fussent rendus au château de la Touche-Porée, à l'effet de s'emparer des coupables et les amener à Dinan ; à ce détachement se joignirent plus de six cents personnes tant de la ville et des campagnes voisines, que du Régiment de Penthièvre ; il fut impossible de les empêcher de suivre ; on avoit assuré dès le matin dans la ville, que le château de la Touche-Porée était rempli de gens armés et défendu par de l'artillerie. Les chefs du détachement avoient fait des dispositions convenables pour empêcher le désordre ; mais aussitôt que le corps ensanglanté du sieur Labbé resté à la

e^ LES ÉMEUTES

même place où il avoit été tué la veille, fut aperçu, la fureur s'empara des esprits et dès lors on résolut d'incendier le château ; les chefs et beaucoup de citoyens voulurent s'y opposer ; toutes représentations, tous ordres furent inutiles, il devint bientôt la proie des flammes.

Les garnisons très nombreuses do Lorient et du Port-Louis ont généreusement offert leurs services à leurs concitoyens, pour la défense de la cause commune ; mais, en s'associant aux préparatifs de la milice bourgoise, elles se sont chargées seules de la défense et de la protection des ports, des chantiers, et magasins du Roi et de la compagnie des Indes, dans ces deux villes, afin de prévenir les malheurs que des gens sans aveu, mêlés confusément avec les citoyens honnêtes et précipitamment armés, pourraient occasionner.

Les soldats du régiment de Royal-Picardie déposent au greffe de la municipalité de Guingamp une déclaration par laquelle ils s'engagent à ne pas servir contre leurs concitoyens.

Le sieur de Rosily a reçu à son château de Goentanfao la visite des jeunes citoyens do Pontivy, qui l'ont très civilement prié de rendre à ses vassaux les armes qu'il leur avait arrachées; les canons de Goentanfao ont été traînés à Pontivy.

M. de Tronjolly, procureur du Roi au présidial de Rennes, a mis un réquisitoire contre le sieur de la

Rosière, commandant à Sainl-Malo, et contre M. de Gatuelan, premier président du Parlement, tous deux véhémentement suspects d'avoir aidé aux préparatifs dirigés contre la ville de Rennes. Ils ont disparu.

M. Duplessis Botherel, procureur sj^ndic des Etats, et M. le chevalier de Bédée ont été arrêtés à Cancalc, au moment où ils s'embarquaient pour Jersey. Le secrétaire de M. de Botherel a été arrêté à Rennes avec deux paquets de lettres pour son maître. Six voitures,pIeines de fugitifs, ont été également arrêtées par les patrouilles de Saint-Malo. On a la certitude que plusieurs chaloupes frétées exprès en ont transporté un grand nombre à Jersey.

Un homme appelé de Serrent a été arrêté à Vitré : Il était porteur du projet formé d'incendier Saint- Malo ; la correspondance du Gouverneur de cette ville avec nos ennemis est interceptée.

La jeunesse de Saint-Malo, indignée bien plus qu'effrayée des lâches complots des ennemis du peuple, résolut de venir partager les périls des représentants de la nation, et de contribuer à leur triomphe ou de périr avec eux. Elle devait former deux divisions. Tune à pied, l'autre à cheval, suivies des chariots et de provisions de guerre et de bouche, nécessaires pour cette expédition.

Le projet était de s'emparer sur-le-champ du fort de la cité et de celui du Ghâteau-Neuf, pour en enlever les pièces de campagne, caissons, fusils, etc., et l'on allait l'effectuer lorsque quelques jeunes gens

observèrent qu'on attendait le soir môme un courrier de Paris et qu'il pourrait apporter des nouvelles les plus heureuses.

L'événement justifia leurs conjectures.

C. Mellinet. La Commune et la Milice de Nantes^ VI. 30. E. Maillard. Histoire cTAnGenis et de ses barons. 110. Journal de la Correspondance de Nantes, I. 153, 170, 182, 194, 218.

H. Taine. Ongines....y 1. 72.

Bûchez et Roux. Histoire parlementaire.., y 11. 139. Ducrest de Villeneuve. Histoire de Rennes. 439. L. Maupillé. Notice... sur Fougères. 126.

Moniteur universel, 1789. Réimpression, I. 235. A. Duchatellier. Histoire de la Révolution en Bretagne, 1. 159. Dultelin de la Correspondance de Bretagne, I. 484. P. Levot. Histoire de Brest, III. 188.

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