‹ La prise de la Bastille, et les conséquences de cet événement dans lesChapitre 12 sur 27 · DAUPHINÉ · texte numérisé non relu

DAUPHINÉ

Le 27 juillet, Talarme est donnée à Bourgoin par l'homme d'affaires de la comtesse de Valins, dont le château est à deux lieues de là. Cet homme accourt tout effrayé, annonçant que 10,000 soldats savoyards ont pénétré en France marquant leur passage par le meurtre et la dévastation. A ce récit, le peuple de Bourgoin se soulève, sonne le tocsin, s'arme ; l'épouvante se répand dans les villages des environs; les paysans accourent. Une lettre de M. de Murinais, seigneur des environs de la Tour-du-Pin, confirme la nouvelle ; l'alarme redouble, la population de toute la contrée se met en état de résistance. Après le premier mouvement d'effroi, on veut vérifier, mesurer le péril. Des courriers sont expédiés. Tout est calme sur la frontière ; la prétendue invasion est un conte forgé à plaisir, ou un fantôme de l'imagination. Quoi qu'il en soit, tout d'un coup, d'autres pensées, d'au-

très rumeurs circulent dans ces rassemblements d'habitants de la campagne, qui n'avaient d'abord montré d'ardeur que pour combattre les ennemis de la patrie. Des murmures éclatent ; ils annoncent le projet d'incendier plusieurs maisons de la ville. Le sous-lieutenant de la maréchaussée veut haranguer les séditieux ; ils le saisissent, le contraignent de se mettre à leur tête, et le rendent spectateur du pillage et de l'incendie de deux châteaux voisins.

Cette troupe effrénée criait qu'elle savait bien ce qu'elle avait à faire ; que tous les châteaux devaient être brûlés ; que celui du roi seul devait rester. On ajoutait môme que ces paysans allaient contre les châteaux comme à une corvée qui leur était commandée. « Il faut nous presser, disaient-ils, nous n'avons permission de brûler que pendant trois jours. Jamais nous n'aurons le temps de tout faire. »

Le 28, la ville de Bourgoin fut envahie par une autre troupe de brigands, qui manifestaient la volonté d'incendier le château ; on lés détourna de ce projet ; mais il fallut leur remettre les papiers que cet édifice contenait, et qui furent livrés aux flammes.

A ce signal, ces scènes de la Jacquerie se répètent de toutes parts. Les troupes de paysans ameutés, quelquefois déguisés et masqués, inondent la campagne, attaquent, pillent et incendient les châteaux, brûlent les archives et chartriers contenant les titres féodaux

La bourgeoisie de Lyon concourut avec beaucoup d'ardeur à étouffer l'incendie qui s'était allumé à ses portes. De nombreux détachements de sa milice et de ses volontaires se joignirent aux troupes de ligne

employées à protéger les propriétés. Ils parcoururent toute la province et eurent plusieurs engagements avec les brigands^ dont ils tuèrent quelques-uns et

dont ils prirent un grand nombre

La répression des troubles du Dauphiné fut sui\ie d'une vindicte très rigoureuse. Des commissions prévôtales, à Grenoble et à Vienne, condamnèrent au dernier supplice un assez grand nombre de ces malheureux, qui furent exécutés sans grâce. Mais on commença à murmurer lorsque, après les premières rigueurs, les poursuites, les emprisonnements et les sentences ne s'arrêtèrent pas. La frayeur s'empara des habitants des campagnes ; un grand nombre prit la fuite ; d'autres recherchaient l'asile des forêts ou des mçntagnes inaccessibles. Ceux qui avaient été arrêtés, obéissant peut-être à des instigations secrètes, crurent se mettre à l'abri des condamnations en inculpant des citoyens appartenant à d'autres classes. Leurs dépositions déterminèrent des prises de corps contre plusieurs bourgeois.

La commission des états du Dauphiné écrit le 31 juillet que « M"^® Tabbesse de Saint-Pierre de Lyon, une autre religieuse, M. de Perrotin, M. deBellegarde, M. le marquis de la Tour-du-Pin et le chevalier de Moidieu, ont été arrêtés à Ghampier par le peuple armé, conduits à la côte Saint-André, enfermés à l'Hôtel de ville, d'où ils réclament des secours à Grenoble, »> et pour les délivrer, le comité de Grenoble est obligé d'envoyer des commissaires.

" Cremieu, août 1789.

Nous devons la tranquillité dont nous jouissons dans

le Dauphiné à la bravoure et à Tactivité des cent vingt volontaires que le comité des Electeurs de Lyon nous a envoyés. Plusieurs châteaux avoient déjà été incendiés, d'autres étoient menacés, lorsque cette compagnie a paru ; elle s'est séparée en trois divisions pour envelopper les brigands. La première qui s'est portée à Salette, après avoir essuyé leur feu, en a arrêté quinze. Plusieurs d'entre eux étoient munis de poison. — Vingt-un de ces vagabonds ont été pris par la seconde division dans le château de Varenas, dont les flammes consumoient encore les débris. Ils étoient chargés d'effets volés. Enfin, c'est à' l'apparition de la troisième division que notre ville a dû son salut. Les moteurs des troubles profitoient déjà des ravages des vagabonds pour enflammer la ville et porter le peuple à la sédition. Cette dernière division a, dans ses différentes patrouilles, arrêté vingt-huit brigands ; tous ont été transférés à Lyon, les prisons de Grcmicu n'étant pas capables de les contenir. On ne peut donner trop d'éloges à l'activité des volontaires et à l'intelligence de leurs chefs, MM. Chevalier, Coindre et le Roux qui ont dirigé ces expéditions, ils ont sauvé la vie à plusieurs citoyens et ont empêché le pillage de beaucoup de châteaux. Un seul volontaire a été blessé, et les trois chefs, avares de sang, n'en ont répandu que le moins possible. On estime que soixante brigands environ ont été tués.

Le peuple de Valence, soupçonnant les troupes qui gardaient le grand établissement d'artillerie, demande au maréchal de camp, M. de Voisins, de lui confier la garde de la citadelle qu'il commandait ; celui-ci eut

Timprudence de refuser et de faire amener du canon de la citadelle au débouché de la ville pour contenir le peuple. Les canonniers refusèrent de tirer, et M. de Voisins fut tué avec deux autres officiers. Les bureaux de douane sont renversés. Le parlement de Douai fit exécuter douze chefs des attroupements séditieux.

La ville de Vienne, pour n'être pas incendiée, se vit obligée d'ouvrir ses prisons à tous les brigands qui y étaient détenus. Les incendiaires montraient une pancarte qui portait ces mots : Le Roi ordonne de brûler tous les châteaux, il ne veut que le sien.

J. Morin. Histoire de Lyon depuis la Révolution de 4*789, I. 66.

Journal de la Coi^espondance de Nantes, I. 296.

H. Taine. Origines.... ^ I. 102.

Mémoires de Dumouriez, II. 58.

Montjoie. Histoire de la Conjuration.... Orléans, II. 105.

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