‹ La prise de la Bastille, et les conséquences de cet événement dans les provinces jusqu'auxChapitre 4 sur 26 · V. Le serment des Officiers sera : « Nous jurons de · texte numérisé non relu

V. Le serment des Officiers sera : « Nous jurons de

« rester fidèles à la Nation, au Roi et à la Loi, et de « ne jamais employer ceux qui seront à nos ordres, « contre les Citoyens, si nous n'en sommes requis par « les Officiers civils ou les Officiers municipaux. »

VI. Le serment des soldats sera : « Nous jurons de « ne jamais abandonner nos Drapeaux, d'être fidèles à « la Nation, au Roi, et à la Loi, et de nous conformer « aux règles de la discipline militaire. »

Mande et ordonne Sa Majesté aux Officiers généraux et autres, ayant autorité sur ces Troupes, ainsi qu'à tous ceux qu'il appartiendra, de tenir la main à l'exécution de la présente Ordonnance.

Lettre du Roi aux Officiers et aux Soldats de son armée

Braves Guerriers, les nouvelles obligations que je vous impose, de concert avec l'Assemblée Nationale, ne vous feront sûrement aucune peine ; vos premiers devoirs sont ceux de citoyens, et ces devoirs seront toujours conformes à l'obéissance que vous me devez, puisque je ne veux jamais employer ma puissance qu'à la protection des Lois et à la défense des intérêts de la Nation. Les Officiers qui commandent mes Troupes, quoique certains de toute ma confiance, verront avec plaisir, ainsi que moi, qu'il n'y a aucune incertitude sur le moment où le concours de la force militaire est nécessaire au maintien de l'ordre public.

Le plus grand service que je puis attendre en cet instant de mon Armée, c'est de se réunir avec zèle à tous les bons Citoyens, ,pour repousser les brigands qui, non-contens de jeter le désordre dans mon

royaume, essayent de pervertir l'esprit de mes bons et fidèles Sujets, pour venir à bout de les associer .à leurs violences ou à leurs perfides desseins.

L'honneur doit faire sans doute une partie essentielle de la récompense des guerriers, et tel est le sentiment que mes troupes ont toujours montré ; mais je n'ai pas moins désiré d'améliorer le sort des Soldats. J'ai commencé à le faire dès Tannée dernière, malgré la situation de mes finances, et j'espère que le rétablissement de l'ordre me fournira dans peu de temps le moyen de remplir entièrement mes vœux. Je vois avec une véritable satisfaction que tous les Députés à l'Assemblée Nationale partagent ce sentiment.

J'ai donné ordre au Ministre de la Guerre, de s'occuper de toutes les parties de la discipline militaire, qui peuvent exiger des changemens raisonnables, et de concilier, autant qu'il est possible, le vœu des Troupes avec le bien du service.

Je désire sincèrement de prouver aux Officiers et aux Soldats de mon Armée, que j'attache un grand prix à leur affection ; je ne crains point de la leur demander au nom des sentimens que j'ai toujours eus pour eux, et au nom, s'il le faut, de mes Ancêtres, que les vôtres, depuis tant de siècles et au milieu de tous les dangers, n'ont jamais cessé d'environner. Comptez donc sur ma bienveillance, comme je compterai toujours sur votre fidélité. LOUIS.

Ordonnance du Roi, du i4 Août, portant amnistie en faveur des Soldats, Cavaliers, Hussards, Dragons et Chasseurs qui ont quitté leurs Corps sans permission, depuis le premier Juin dernier.

Sa Majesté prenant en considération les circonstances qui ont porté quelques Soldats, Cavaliers, Hussards, Dragons et Chasseurs de ses Troupes, à quitter leurs Corps sans permission, depuis le premier juin dernier, Elle veut bien les autoriser à les rejoindre, en leur assurant l'entier oubli du passé, et leur rétablissement à leur rang dans les Compagnies dont ils faisoient partie, comme s'ils ne s'en étoient pas absentés, à condition toutefois que chacun d'eux y sera rentré le premier octobre de cette année :

Sa Majesté confirmant d'ailleurs toute permission qu'Elle auroit précédemment accordée, nommément à M. le Marquis de la Fayette, par sa Lettre du 21 juillet dernier, et n'entendant par la présente Ordonnance, rien changer aux arrangemens qu'Elle auroit déjà autorisés,

Mande et ordonne Sa Majesté aux Officiers généraux et autres, ayant autorité sur ses Troupes, ainsi qu'à tous ceux qu'il appartiendra de tenir la main à l'exécution de la présente Ordonnance.

Rapport du ministre des finances lu à V Assemblée

nationale, le 27 août,

...Je dois, en rappelant les désordres multipliés dont vous avez connoissance, fixer votre principale atten-

tion sur l'impôt du sel. Il n'y a pas un moment à perdre pour prendre à cet égard une délibération provisoire. La contrebande dans plusieurs provinces se fait à main armée, et les défenseurs des revenus du fisc, hors d'état d'y opposer une résistance suffisante, se sont la plupart dispersés. Le peuple, dans d'autres endroits, a contraint les gardiens des greniers publics, à lui distribuer le sel au prix qu'il a fixé lui-même. Il faut s'étonner que, dans la plus grande partie du Royaume, Tordre établi par les lois n'ait pas encore été renversé ; mais chaque jour l'exemple gagne, e* vous savez, Messieurs, ce qui vient de se passer à Versailles même, autour de vous et sous les yeux du Roi. Il importe que vous considériez sans retard, sans aucun délai, ce qu'il convient de faire dans de pareilles circonstances, et je vais vous soumettre en abrégé les réflexions que la situation présente des affaires m'a suggérées

Séance du 27 août Discours de Bureau de Puzy.

...« Aussi voyons-nous, dans ce moment, les Lois oubliées ou méprisées ; l'autorité publique et les Tribunaux méconnus ou impuissans ; les sources qui alimentoient le Trésor National détournées ou taries; le Peuple livré aux excès de la licence qu'il prend pour la liberté ; les troupes sans frein et sans discipline, appelant leur désordre du patriotisme, mena-

cent la Nation de la dissolution totale de l'armée. Tous les liens qui attachoient l'Etat au Prince, la Cité au Gouvernement, les Citoyens aux Citoyens, sont ou relâchés, ou détendus, ou brisés. Enfin, les Représentans du Peuple François, au milieu des ruines de notre institution politique, contemplant avec étonnement l'immensité et la confusion de ses débris, n'Ont point encore préparé, n'ont pas même amassé tous les matériaux qui doivent succéder à ce monceau de décombres, et la Nation, à peine échappée aux fureurs du despotisme, est menacée dépérir dans les convultions de l'anarchie. »

« En crayonnant ce tableau, je n'ai pas, Messieurs, je ne puis avoir la coupable intention de répandre un jour défavorable ou douteux sur la sagesse des mesures que vous avez prises. Ce que vous avez fait, vous l'avez dû sans doute. Il est des circonstances que la prudence humaine ne sauroit prévoir, mais qu'elle doit saisir ; et quand de vieux et déplorables préjugés, qui trop long-temps firent la honte et le malheur de la France, sont venus deux-mêmes s'offrir à: la destruction que vous en méditiez, vous ne pouviez permettre qu'ils échappassent sans craindre de vous rendre coupables. »

« De nouveaux malheurs ont été l'effet de cette révolution à jamais mémorable ; le Peuple n'a plus mis de bornes à ses prétentions. Le souvenir de son ancienne oppression l'avoit rendu cruel et féroce ; à peine calmé, la prompte justice qu'il a obtenue de vous, et qu'il n'osoit espérer, l'exalte et le rend injuste; et le sentiment trop apprécié de ses propres forces, va peut-être le rendre séditieux. »

« Au milieu des nouveaux orages qu'annonce celle effervescence, comment les Représentans de la Nation trouveront-ils le calme nécessaire pour méditer la Constitution et les Lois qui doivent régir un grand Peuple, et assurer son bonheur ? Comment interroger des provinces agitées, consternées, désolées par la sédition et par les ravages ? Gomment connoîlre leurs maux, leurs vœux, leurs localités, leurs besoins? Gomment y faire recevoir, y faire respecter les Lois nouvelles qui doivent remplacer celles qui déjà n'existent plus ? »

Lettrç du Roi aux Archevêques et Evoques de son

royaume,

A Versailles, ce 2 septembre 1789.

Messieurs,

Vous connoissez les troubles qui désolent mon Royaume ; vous savez que dans plusieurs Provinces, des brigands et des gens sans aveu s'y sont répandus, et que, non contents de se livrer eux-mêmes à toutes s ortes d'excès, ils sont parvenus à soulever l'esprit des Habitans des Campagnes; et portant l'audace jusqu'à contrefaire mes ordres, jusqu'à répandre de faux Arrêts de mon Conseil, ils ont persuadé qu'on exécuteroit ma volonté, ou qu'on répondroît à mes intentions en attaquant lçs Châteaux, et en y détruisant les archives et les divers titres de propriétés. C'est ainsi qu'au nom du Souverain, le Protecteur-né

de la justice, et au nom d'un Monarque qui, je puis le dire, s'en est montré le constant défenseur pendant son règne, on n'a pas craint d'exciter le peuple à des excès, que les p lus tyranniques oppresseurs auroient craint d'avouer. Enfin, pour augmenter la confusion et réunir tous les malheurs, une contrebande soutenue à main armée, détruit avec un progrès effrayant les revenus de l'Etat, et tarit les ressources destinées, ou au payement des dettes les plus légitimes, ou à la solde des troupes de terre et de mer, ou aux diverses dépenses qu'exige la sûreté publique.

Ce n'est pas tout encore; un nouveau genre de calamité a pénétré mon âme de la plus sensible affliction : mon peuple, renommé par la douceur de ses mœurs et de son caractère ; mon peuple, dans quelques endroits, heureusement en petit nombre, s'est permis d'être l'arbitre et l'exécuteur de condamnations que les dépositaires des lois, après s'être livrés au plus mûr examen, ne déterminent jamais sans une secrette émotion.

Tant de maux, tant d'afflictions ont oppressé mon âme ; et après avoir employé, de concert avec l'Assemblée nationale, tous les moyens qui restent en mon pouvoir p our arrêter le cours de ces désordres ; averti par l'expérience des bornes de la sagesse humaine, je veux implorer publiquement le secours de la divine Providence, espérant que les vœux de tout un peuple toucheront un Dieu de bonté, et attireront sur ce Royaume les bénédictions dont il a tant de besoin. La beauté des moissons dans la plus grande partie du Royaume, ce bienfait devenu si nécessaire et si précieux, semble annoncer que la protection du

ciel ne nous est pas encore entièrement retirée, et nous aurons ainsi des actiois de grâces à joindre à nos prières. Accompagnez ces prières des exhortations les plus pressantes ; faites sentir au peuple, faites sentir à tous ijaes sujets, que la prospérité de l'Etat, que le bonheur des Particuliers, dépendent essentiellement de l'exacte observation des lois. La violence ne peut jouir qu'un moment de ses succès et de ses prospérités criminelles ; on s'élève bientôt de toutes parts contre elle, et les hommes qui rompent le pacte social, ce fondement de la tranquillité publique, en reçoivent tôt ou tard la peine inévitable. Nulle part les fortunes ne sont égales, et elles ne peuvent pas l'être ; mais quand les riches vivent sans défiance au milieu de ceux qui le sont moins, leur superflu se reverse nécessairement sur l'industrie, le commerce et l'agriculture ; et comme leurs jouissances sont bornées par les lois immuables de la Providence, souvent ils sont moins heureux que ceux dont la vie, occupée par le travail, se trouve à l'abri du tumulte des passions. Mais ce que vous devez surtout rappeler à mes sujets, c'est qu'en rassemblant autour de moi les Représentants de la Nation, j'ai eu principalement à cœur d'adoucir le sort du peuple par toutes les dispositions qui me paroitroient pouvoir se concilier avec les devoirs de la justice. Déjà, par un même esprit, les Prélats, les Seigneurs, les Gentilshommes, les hommes riches de tout état, se disputent à l'envi les moyens de rendre le peuple plus heureux, et pour atteindre à ce but, il offrent des sacrifices qu'on n'auroit pas eu le droit d'exiger d'eux. Exhortez donc tous mes sujets à attendre avec tran-

quillité le succès de ces dispositions patriotiques ; éloignez-les, détournez-les d'en troubler le cours par des insurrections propres à décourager tous les gens de bien. Que le peuple se confie à ma protection et à mon amour : quand tout le monde l'abandonneroit, je veillerois sur lui ; mais jamais dans aucun temps il n'y a eu en sa faveur un concours plus général dévolontés et d'affections de la part de tous les ordres. de la société. Exhortez-le donc, au nom de la Religion, à être reconnoissant, et à montrer ce sentiment par son obéissance aux lois de la justice : avertissez,, instruisez ce bon peuple des pièges des méchans, afin qu'il rejette loin de lui, comme des ennemis de la patrie, tous ceux qui voudroient l'induire à des actes de violence, tous ceux qui voudroient le détourner de payer sa part des charges publiques, et le priver ainsi de l'honorable qualité de Citoyen de l'Etat.

Les divers impôts qui composent les revenus publics seront examinés dans le cours de l'Assemblée nationale ; ceux qui paroîtront trop onéreux, seront remplacés par d'autres, et tous seront adoucis successivement par le ménagement et la régularité des perceptions. Mais jusqu'à l'époque prochaine, où les affaires seront arrangées, tous mes sujets ont un égal intérêt au maintien de l'ordre : car la confusion entraine la confusion, et souvent alors la sagesse des hommes est impuissante pour remédier à la grandeur des maux, et pour arrêter le progrès des inimitiés et des défiances mutuelles. Je ferai pour le rétablissement de l'ordre dans ses finances, tous les abandons personnels qui seront jugés nécessaires ou convenables ; car non pas seulement aux dépens de la pompe

ou des plaisirs du trône, qui depuis quelque temps se sont changés pour moi en amertumes, mais par de plus grands sacrifices, je voudrois pouvoir rendre à mes sujets le repos et le bonheur. Venez donc à mon aidé, venez au secours de l'Etat par vos exhortations et par vos prières ; je vous y invite avec confiance, et je compte sur votre zèle et sur votre obéissance.

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