‹ La prise de la Bastille, et les conséquences de cet événement dans les provinces jusqu'auxChapitre 6 sur 26 · ANGOUMOIS, AUNIS, SAINTONGE · texte numérisé non relu

ANGOUMOIS, AUNIS, SAINTONGE

Dans les campagnes de la Rochelle, le peuple notait occupé que de ses vengeances; d'horribles assassinats étaient commis sur les nobles. On incendiait, on égorgeait. L'abolition des droits féodaux votée dans la nuit du \ août, ne parvint pas à calmer l'effervescence.

A Baignes, la maison du directeur des aides est dévastée, ses effets et papiers sont brûlés. On porte à son fils, un enfant de dix ans, le couteau sous la gorge, en lui disant : « Il faut que tu périsses, afin qu'il n'y ait plus personne de ta race. » Pendant quatre heures, les commis sont à chaque minute sur le point d'être mis en pièces ; sauvés à force de supplications, par le seigneur qui voit les faux et les sabres levés sur sa propre tête, ils ne sont relâchés qu a condition d'abjurer leur emploi.

Le 28 juillet, à Angoulôme, vers trois heures do

l'après-midi, le tocsin sonne, la générale bat, on cric aux armes, on monte des canons sur les remparts : il faut mettre la ville en défense contre 15,000 bandits qui approchent, et du haut des murs, on découvre avec effroi sur la route un tourbillon de poussière. C'était le courrier qui passait, allant à Bordeaux.

Là-dessus, le nombre des bandits se réduit à 1.500, mais il est avéré qu'ils ravagent la campagne. A 9 heures du soir, il y a 20,000 hommes sous les armes, et ils y passent ainsi la nuit, écoutant toujours sans rien entendre. Vers trois heures du matin, nouvelle alarme, tocsin; on se forme en bataille, on est sûr que les brigands ont brûlé Ruffec, Verneuil, Larochefoucauld et autres lieux. Le lendemain, contre les bandits toujours absents, les campagnes arrivent pour prêter main forte. « A 9 heures, dit un témoin, « nous avions dans la ville 40,000 hommes que nous « remerciâmes. »

Puisque les bandits ne se montrent pas, c'est qu'ils sont cachés : cent hommes à cheval et quantité à pied vont fouiller la forêt de Braconne, et, à leur grande surprise, ne trouvent rien. Mais la terreur n'est pas calmée ; « pendant les jours qui suivent, on monte la garde continuellement, on forme des compagnies parmi les bourgeois, » et Bordeaux averti envoie un courrier pour offrir 20,000 et même 30,000 hommes. « Ce qu'il y a de surprenant », ajoute le narrateur, « c'est qu'à dix lieues aux environs, dans chaque paroisse, pareille émeute est arrivée, et à peu près à la « même heure. »

Le 29 juillet, une fausse alarme se répand dans

l'Angoumois et dans la Saintonge. On annonce l'arrivée de quarante mille brigands : cette nouvelle s'accrédite, malgré l'invraisemblance et l'exagération. Toutes les Paroisses veulent se mettre en état de défense, une multitude de paysans armés de faulx, de fourches, de piques et de fusils, tournent ces armes prises pour leur défense, contre les Seigneurs tant Nobles que Roturiers, et les commis des Aides. Us les forcent à renoncer, par-devant Notaire, à leurs droits et privilèges ; ils foulent même aux pieds les cordons et les croix. A Baigne, ville du petit Angoumois, 2,000 hommes pillent la Direction des Aides, brûlent, déchirent les meubles et les papiers de famille du Directeur, emprisonnent les Commis, prennent la recette, boivent le vin malgré tous les efforts du Comte de Montauzier, injurié, forcé aux plus grands sacrifices par cette troupe de ^furieux, et qui n'a sauvé sa vie qu'avec peine. Voilà du moins ce qu'on nous a écrit de Saintonge, et nous désirons que ce récit soit exagéré. « Le Seigneur du Marquisat d'Buxelles Coiwalin « réclame en faveur des habitansdu bourg de ce nom, « la gloire qui doit leur revenir du service signalé « qu'ils ont rendu à la province de Bourgogne. En « rendant justice à la Bourgeoisie de Gluny qui dé- « fendoit l'Abbaye, il prétend qu'une trentaine de « particuliers de Cormatin, l'ayant mis à leur tête, « ils ont tué 20 brigands, fait 60 prisonniers, et dis- « perse ces scélérats, qui le lendemain dévoient se « joindre avec 12 mille autres. »

M. Dupont. Histoire de la Rochelle, 556.

H. Taine. Origines...., I. 78. 91.

Mercure de France. Août. 1789. 167.

avait accueilli sa jeunesse avec des bontés dont une morgue, intempestive et récente avait complètement dégagé la reconnaissance et effacé le souvenir.

A peine de retour à Angers, M. Choudieu, en compagnie de l'avocat Pérard, des frères Delaunay, de l'orfèvre Viot, du musicien Bardou et de plusieurs autres, s'en vint pérorer au milieu de quelques groupes nombreux et bruyants qui s'étaient formés dans le faubourg Saint-Michel et sur la route de Paris. On y disait hautement que, pour se venger de sa défaite, la Cour avait pris le parti de lancer sur les provinces, comme sur une proie, des bandes de brigands et de malfaiteurs qui venaient pour mettre tout à feu et à sang et ne manqueraient pas de menacer tous les patriotes. On ajoutait que notre Anjou était dévolu à la compagnie du contrebandier Hamard, qu'il allait arriver dans la journée même, et qu'il était urgent do s'armer pour repousser cette odieuse et terrible agression.

Ces bruits mensongers, et méchamment propagés, eurent pour effet d'amener la formation d'une garde nationale ; elle fut constituée à Angers le 22 juillet 1789. M. Choudieu y fut compris en qualité de major des volontaires, et prit dès lors une part active à tout le service et à toutes les manœuvres, malgré les oocupations très graves et très ardentes qui lui survinrent.

A Gholet, l'alarme éclata le jour de la Madeleine, le 22 juillet 1789. Le prétexte dont on se servit fut l'arrivée des Anglais qui mettaient tout à feu et à sang sur leur passage.

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