ASSEMBLEE NATIONALE
fixés sur leurs bancs. Tiois seulement se hasardèrent, puis sept, enlin (jix-huit en tout. Grande risée à la cour sui la belle conquête que faisait le. Tiers.
L'Assemblée devait ou périr ou avancer, faire un second pas. Elle devait envisager hardiment la situation simple, terrible, que nous indiquions tout à l'heure, le droit en face du privilège, le droit de la nation concentré dans l'assemblée... Et il ne suffisait pas de voir cela, il fallait le faire voir et le promuliiuer, donner à l'assemblée son vrai nom : Assemblée nationale.
Dans sa fameuse brochure que toutlemondesavait par cœur, Sieyès avait dit cemotremarquable qui ne tomba pas en vain: « Le Tiers seul, dira-t-on,nepeut pas former les Étals généraux... Eh! tant mieux, il composera une Assemblée nationale. »
Prendre ce titre, s'intituler ainsi la nation, réaliser le dogme révolutionnaire posé par Sieyès : Le Tiers, c'est le tout, c'était un pas trop hardi pour le franchir tout d'abord. Il fallait y préparer les esprits, s'acheminer vers ce but peu à peu et par degrés.
D'abord le mot à' Assemblée nationale ne se dit point dans l'assemblée même, mais à Paris entre les élecleurs qui avaient élu Sieyès et ne craignaient pas de parler sa langue.
Le 15 mai, M. Boissy d'Anglas, obscur alors et sans influence, prononça le mot, mais pour l'éloigner, l'ajourner, avertissant la Chambre qu'elle devait se garder de toute précipitation, s'affranchir du moindre reproche àQ légèreté... Avant que le mouvement commençât, il voulait déjà enraver.
L'Assemblée s'en Uni au nom de Communes, qui, dans son humble significalion, mal définie, la débarrassait pourtant de ce petit nom spécial, inexact, de Tiers. Yives réclamations de la part de la Noblesse.
Le 15 juin, Sieyès, avec audace et prudence, demanda que les Communes s'intitulassent : Assemblée des représentants connus et vérifiés de la nation française. Il semblait n'énoncer qu'un fait impossible à contester, les députés des Communes avaient soumis leurs pouvoirs à une vérification publique, faite solennellement dans la grande salle ouverte et devant la foule. Les deux autres ordres avaient vérifié entre eux, à huis clos. Le simple mot de députés l'éri/ies réduisait les autres au nom de députés ■présumés; ces derniers pouvaient-ils empêcher les autres d'agir? les absents pouvaient-ils paralyser les présents? Sieyès rappelait que ceux-ci repmeH^aieîii déjà les quatre-vingt-seize centièmes (au moins) de la nation.
On connaissait trop bien Sieyès pour douter que cette proposition ne fût un degré pour amener à une autre, plus hardie, plus décisive. Mirabeau lui reprocha tout d'abord « de lancer l'assemblée dans la carrière, sans lui montrer le but auquel il voulait la conduire. »
Et en effet, au second jour de la bataille, la lumière se fit. Deux députés servirent de précurseurs à Sieyès. M. Legrand proposa que l'Assemblée se constituât en assemblée générale; qu'elle ne se tînt arrêtée par rien de ce qui sortirait de V indivisibilité d'une assemblée nationale, M. Galand demanda que, le Clergé et la Noblesse étant simplement deux