CHAPITRE PREMIER
Versailles, le 14 juillet. Le Roi à l'Assemblée, 15 juillet. Deuil et misère de Paris. Députation de l'Assemblée à la ville de Paris, 15 juillet. La fausse paix. Le Roi va à Paris, 17 juillet. Première émigration : Artois, Condé, Polignac, etc. Isolement du Roi.
L'Assemblée passa toute la journée du 14 entre deux craintes, les violences delà cour, les violences de Paris, les chances d'une insurrection, peut-être malheureuse, qui tuerait la liberté. On écoutait tous les bruits, on mettait l'oreille à terre, on croyait reconnaître le retentissement d'une canonnade lointaine. Ce mouvement pouvait être le dernier; plusieurs voulaient qu'on posât à la hâte les bases de la constitution, que l'Assemblée, si elle devait être dispersée, détruite, laissât d'elle ce testament, cette lumière pour guider la résistance.
La cour organisait l'attaque; peu de choses manquaient pour l'exécution. A deux heures, l'intendant Berthier en ordonnait encore les détails à lÉ-
256 HISTOIRE DE LA UËVOLUTION FIlANgAISE.
cole-Militaire. Son beau-père, Foulon, sous-ministre de la guerre, achevait à Versailles les préparatifs. Paris devait, à la nuit, être attaqué de sept côtés à la foisV On discutait en conseil la liste des députés qui seraient enlevés le soir; on proscrivait celui-ci, on exemptait celui-là; M. de Breteuil défendait l'innocence de Bailly. La Reine cependant et madame de Polignac allaient à l'Orangerie animer les troupes, faire donner du vin aux soldats, qui dansaient et formaient des rondes. Pour compléter l'enivrement, la belle des belles emmenait chez elle les officiers, les troublait de liqueurs, de ses douces paroles et de ses regards... Ces aveugles une fois lancés, la nuit aurait été sanglante... On surprit leurs lettres, où ils écrivaient : « Nous marchons à l'ennemi... » Quel ennemi? La loi et la France.
Voilà cependant un tourbillon de poussière sui l'avenue de Paris, c'est un gros de cavaliers, c'est le prince de Lambesc, avec tous ses officiers, qui fuit lepeuple de Paris... Mais il trouve celui de Versailles; si l'on n'eût craint de blesser les autres, on aurait tiré sur lui.
M. de Noailles arrive : « La Bastille est prise. » M. de Wimpfen arrive : a Le gouverneur est tué, il l'a vu, il a failli être traité comme lui. » Deux envoyés des électeurs viennent enfin, exposent à l'Assemblée l'état affreux de Paris. On s'indigne, on invoque contre la cour et les ministres la vengeance de Dieu et des hommes... « Des têtes! dit Mirabeau; il nous faut M. de Broglie% »