‹ La prise de la BastilleChapitre 35 sur 73 · Ferrièros, I · texte numérisé non relu

Ferrièros, I

LA FAUSSE I»AIX. tlôT

Une dépulation de l'Assemblée va trouver le Roi, 8l n'en lire que deux paroles équivoques : il envoie des officiers pour prendre le commandement de la milice bourgeoise... Il ordonne aux troupes du Champ-de-Mars de se replier... — Mouvement très bien entendu pour ralta(|ue générale.

indignation de l'Assemblée, clameur, envoi d'une seconde députation... & Le cœur du Roi est déchiré, mais il ne peut rien de plus. »

LouisXVl, dont on a si souvent déploré la faiblesse, avait ici les apparences d'une fermeté déplorable.

IJerthier était venu près de lui; il était dans son cabinet, l'affermissait ^ lui disait que le mal était peu de chose. Dans le trouble où était Paris, il y avait encore des chances pour la grande attaque du soir. Cependant, on sut bientôt que la ville était sur ses gardes. Elle avait déjà placé des canons sur Montmartre, qui couvraient La Villette, tenaient en respect Saint-Denis.

Parmi les rapports contradictoires, le Roi ne donna nul ordre, et, fidèle à ses habitudes, alla se coucher de bonne heure. Le duc de Liancourt qui, parle droit de sa charge, entrait toujours, même de nuit, ne put le voir périr ainsi, dans son apathie ctsonignorance.il entra, il l'éveilla. Il aimait le Roi et il voulait le sauver. II lui dit son danger, la grandeur du mouvement, son irrésistible force, qu'il devait l'accepter, devancer le duc d'Orléans, se rapprocher de l'Assemblée... Louis XVI, mal éveillé (et qiii ne s'éveilla jamais) : « Mais quoi? c'est donc une révolte? — Sire, c'est une révolution. »

t. llappoit d'accusation, Hist pari., IV, 83.

Le Roi ne cachait rien à la Reine; on sut tout chez le comte d'Artois. Ses serviteurs eurent grand'peur; la royauté pouvait se sauvera leurs dépens. Un d'eux, qui connaissait le prince, le prit par son côté sensible, par la peur, lui dit qu'il était proscrit au Palais-Royal, comme Flesselles et De Launey, qu'il pouvait calmer les esprits, en s'unissant au Roi dans la démarche populaire qu'imposait la nécessité. Le même homme, qui était député, courut à l'Assemblée (il était minuit), y trouva le bonhomme Railly qui n'osait aller coucher, et lui demanda, de la part du prince, un discours que le Roi pût prononcer le lendemain.

Il y avait quelqu'un, à Versailles, affligé autant que personne. Je parle du duc d'Orléans. Le 12 juillet, son buste avait été porté triomphalement, puis brutalement cassé. Et tout avait fini là, personne ne s'en était ému. Le 13, quelques-uns parlèrent de lieutenance générale, mais ce peuple était comme sourd, il n'entendait pas ou ne voulait pas entendre. Le 14, au matin, madame de Genlis fit la démarche, audacieuse, incroyable, d'envoyer sa Paméla avec un rouge laquais, tout au milieu de l'émeute*. Quelqu'un dit : a Que n'est-ce la Reine ! » Et ce mot tomba encore... Toutes les petites intrigues furent comme noyées dans ce mouvement immense; tout misérable intérêt périt dans l'élan de ce jour sacré.

Le pauvre duc d'Orléans alla le matin du 15 au château, au conseil. Mais il resta à la porte. Il attendit, puis écrivit, non pas pour demander la

Page 1