‹ La prise de la BastilleChapitre 46 sur 73 · HUIT DU 4 AOUT · texte numérisé non relu

HUIT DU 4 AOUT

Il ne s'a[^issait point d'une rélilion de droits, comme en Angleterre, d'un appel au droit écrit, aux chartes constcstces, aux libertés, vraies ou lausses, du Moyen âge.

Il ne s'agissait pas, comme en Amérique, d'aller chercher, d'État en État, les principes que cluK^un d'eux reconnaissait, de les résumer, généraliser, et d'en construire, a posteriori, la formule totale qu'accepterait la fédération.

Il s'agissait de donner d'en haut, en vertu d'une autorité souveraine, impériale, pontificale, le credo du nouvel âge. Quelle autorité? La Raison, discutée par tout un siècle de philosophes, de profonds penseurs, acceptée de tous les esprits et pénétrant dans les mœurs, arrêtée enfin, formulée par les logiciens de l'Assemblée constituante... Il s'agissaitd'imposer comme autorité à la raison ce que la raison avait trouvé au fond du libre examen.

C'était la philosophie du siècle, son législateur, son Moïse, qui descendait de la montagne, portant au front les rayons lumineux, et les tables dans ses mains...

On a beaucoup discuté pour et contre la Déclaration des droits, et disputé dans le vide.

D'abord, nous n'avons rien à dire aux Bentham, auxDumont, aux utilitaires, aux empiriques, qui ne connaissent de loi que la loi écrite, qui ne savent point que le droit n'est droit qu'autant qu'il est conforme au droit, à la raison absolue. Simples procureurs, rien de plus, sous l'habit de philosophes, quelle raison ont-ils eu de mépriser les praticiens? Gomme eux, ils écrivent la loi sur papier et parchemin ; nous, nous voulions graver la nôtre sur la pierre du droit

éternel, sur le roc qui porte le monde : l'invariable justice et l'indestructible équité.

Pour répondre à nos ennemis, qu'il nous suffise d'eux-mêmes et de leurs contradictions. Ils raillent la Déclaration, et ils s'y soumettent; ils lui font la guerre trente ans, en promettant à leurs peuples les libertés qu'elle consacre. Vainqueurs en 1814, le premier mot qu'ils adressent à la France, ils l'empruntent à la grande formule qu'elle a posée'... Vainqueurs? Non, vaincus plutôt, et vaincus dans leur propre cœur puisque leur acte le plus personnel, le traité de la Sainte-Alliance, reproduit le droit qu'ils ont blaspbémé.

La Déclaration des droits atteste l'Être suprême, garant de la morale humaine. Elle respire le sentiment du devoir. Le devoir, non exprimé, n'y est pas moins présent partout ; partout vous y sentez sa gravité austère. Quelques mots empruntés à la longue de Condillac n'empêchent pas de reconnaître dans Tensemble le vrai génie de la Révolution, gravité romaine, esprit stoïcien.

C'est du droit qu'il fallait parler, dans un tel moment^ c'est le droit qu'il fallait attester, revendiquer pour le peuple. On avait cru jusque-là qu'il n'avait que des devoirs.

Quelque haut et général que soit un tel acte, et fait pour durer toujours, peut-on bien lui demander

1. Emprunt bien volontaire, puisqu'il est fait, par tous les rois de l'Europe, à la tête de huit cent mille soldats. Ils reconnaissent quo chaque peuple a droit de choisir son gouvernement. Voyez Alexandre de Lameth, p. 121.

2. De droit et de liberté seulement : rien de plus d'abord dan.s cette charte d'affranchissement. Je m'explique davantage dans l^ introduction et dans les autres volumes.

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